Plantation Monroe aux Etats-Unis, le lourd héritage des descendants d’esclaves

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ATT Edition: cette prod N'EST PAS POUR M.

A statue of President James Monroe at Highland, his former plantation in Virginia.Credit

Miranda Barnes pour M Le magazine du Monde

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Publié aujourd’hui à 13h14

Toute leur vie, les Monroe ont su. Vaguement. Sans se le dire vraiment. Mais, de génération en génération, ils savaient. Ces familles de Noirs américains, installés dans les environs de Char­lottesville (Virginie), se doutaient que leur patronyme n’était pas sans lien avec celui d’un des Américains les plus illustres de l’histoire : James, cinquième président des États-Unis, père de la doctrine du même nom, propriétaire terrien et, donc, dans cette Virginie du début du XIXe siècle, esclavagiste.

Depuis toujours, George Monroe, 67 ans, son fils qui porte le même prénom, 46 ans, leur cousine Ada, 80 ans, et une partie de leur parentèle imaginaient bien que le domaine de Highland, nom de l’ancienne plantation du président, abritait une partie de l’histoire de leur famille, tout autant que celle du compagnon de route de Thomas Jefferson.

Un passé qui ne passe pas

On est loin ici des champs de coton du sud du pays, des rives humides du Mississippi irriguant d’immenses propriétés entrées dans l’imaginaire collectif comme les symboles de l’esclavage. Les pâturages verdoyants, les fermes bordées de barrières blanches immaculées évoquent plutôt la Normandie ou l’Auvergne. Il n’empêche : l’histoire des États-Unis, elle, est bien là. Ce coin de Virginie est un concentré des tensions américaines, une terre meurtrie par les batailles de la guerre de Sécession (1861-1865). À quelques kilomètres de Highland, Charlottesville est devenue, en août 2017, l’épicentre du suprémacisme blanc et de ses vents mauvais. À l’issue d’un rassemblement de l’extrême droite, nostalgique des Etats du Sud, une contre-manifestante y a été tuée dans une attaque à la voiture-bélier.

« Toute ma vie, je n’ai pu prononcer le mot plantation. Cela remuait trop de choses terribles. Pourquoi aurait-on voulu visiter un lieu où nos ancêtres ont été torturés ? » George Monroe père

Face à ce passé qui ne passe pas, aucun Monroe, jusqu’à récemment, n’avait voulu franchir les quelques kilomètres de routes de campagne bucolique menant à la propriété de l’ancien président, cernée de champs soignés. George Monroe père n’aurait pour rien au monde longé la magnifique allée de frênes menant à la statue imposante du grand homme, à proximité de la maison de bois blanc, ouverte au public dès les années 1930 et transformée en musée depuis plus de quarante ans. À quoi bon ? Il serait imman­qua­blement tombé sur le quartier des esclaves, une série de maisonnettes proprettes et rénovées, témoignages romantiquement revisités d’une ­réalité autrement plus cruelle. « Toute ma vie, je n’ai pu prononcer le mot plantation », explique ce fonctionnaire à la retraite, rencontré sur les lieux avec des membres de sa famille et la conservatrice du musée, Sara Bon-Harper. « Pour nous, cela remuait trop de choses terribles. Pourquoi aurait-on voulu visiter un lieu où nos ancêtres ont été torturés ? », interroge le Virginien à l’accent chaloupé. Soucieux de précision, il choisit ses mots posément, mais son ton, calme, dissimule mal un fond de colère.

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