« Macron et Lagarde à front renversé »

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La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, à Francfort, le 12 mars.
La présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, à Francfort, le 12 mars. Kai Pfaffenbach / REUTERS

Pertes et profits. Mario Draghi, le précédent président de la Banque centrale européenne avait parfois l’âme bucolique. En 2012, au cœur de la crise monétaire qui secouait l’Europe, il avait comparé l’euro à un bourdon. Vu sa physionomie, un corps massif et de toutes petites ailes, il ne devrait pas voler… et pourtant il vole. Un être étrange qui défie les lois de la pesanteur. Et c’est pour défendre cette incongruité qu’est la monnaie unique européenne qu’il avait affirmé que son institution était prête « à faire tout ce qu’il faut pour préserver l’euro, et croyez-moi, ce sera suffisant ». Les marchés qui aiment qu’on leur raconte de belles histoires ont immédiatement capté le message et stoppé la spéculation. Le banquier italien avait sauvé l’euro.

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12 mars 2020, le discours est tout autre. Pas d’allégorie champêtre. La nouvelle présidente de la BCE, Christine Lagarde, assure que dans la crise actuelle, son institution n’est pas en première ligne, que c’est aux Etats d’agir et qu’elle se contentera de soutenir les banques prêteuses. Pas de baisse de taux annoncée non plus. Les marchés ont détesté et plongé l’Europe dans la pire journée boursière de son histoire. Mme Lagarde n’avait pourtant pas tort. D’ailleurs comme en miroir, un peu plus tard dans la soirée, c’est le président français, Emannuel Macron, qui a endossé l’habit draghien en lançant que « tout sera mis en œuvre pour protéger nos salariés et pour protéger nos entreprises, quoi qu’il en coûte ».

Gel de l’activité

Macron et Lagarde jouent donc à front renversé. Ce n’est pas étonnant. En 2011 et 2012, la crise venait de la finance, et menaçait de dévaster l’économie. Aujourd’hui, c’est l’inverse. La crise du coronavirus pousse les Etats à geler l’économie pour limiter la propagation du virus. Avec en tête le souvenir de l’épidémie de grippe espagnole fin 1918 où l’Europe, au sortir de la guerre, a tout fait pour minimiser la catastrophe avant qu’elle ne s’impose (50 millions de morts dans le monde dont 2,3 millions en Europe). Mais ce progrès dans l’appréhension de ce drame humain touche d’un coup tous les ressorts de l’économie, celui de l’offre avec l’arrêt de la production et celui de la demande avec une consommation stoppée net.

Ce gel de l’activité remonte brutalement vers la finance. D’abord par l’effondrement de la valeur des entreprises les plus touchées. Puis la correction se fait panique au fur et à mesure que les pays occidentaux entrent dans la guerre contre le virus. Et maintenant, c’est la partie la plus profonde de la sphère financière qui est attaquée. Le taux des obligations des pays les plus fragiles, comme l’Italie, repart vers les sommets transmettant le virus de la crise au cœur des budgets étatiques. C’est évidemment la limite du « quoi qu’il en coûte macronien ». Les dettes des Etats vont s’envoler, ce qui ne sera supportable que si les taux restent bas. Le facteur critique sera donc celui du temps de sortie de crise. Chacun retient son souffle et espère qu’en dépit des vents contraires, le bourdon continuera à défier la pesanteur.

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