L’étrange arrestation d’un ancien journaliste russe accusé de haute trahison

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Le journaliste Ivan Safronov, à Moscou, le 10 janvier 2016.

L’affaire est particulièrement mystérieuse et a toutes les chances de le rester. Conformément à la tradition dans les affaires d’espionnage, le FSB (les services de renseignements russes) se montre d’une discrétion absolue. Tout juste les départements de sécurité ont-ils diffusé une déclaration succincte : Ivan Safronov est soupçonné d’avoir « collecté et transmis des secrets d’Etat sur la coopération militaire et technique, la défense et la sécurité de la Russie » à « un service de renseignement d’un des pays de l’OTAN ».

Pour le reste, l’affaire est placée sous silence. Et si elle devait aller jusqu’au procès, celui-ci se tiendrait dans un strict huis clos, l’accusation n’ayant pas même obligation de dévoiler les éléments sur lesquels elle s’appuie.

Autant dire que cette brève déclaration ne fait que renforcer la sidération qui s’est emparée de la communauté journalistique depuis l’arrestation, mardi 7 juillet, d’Ivan Safronov, qui fut pendant plusieurs années un journaliste respecté, avant de devenir le conseiller presse du directeur de l’agence spatiale Roskosmos.

C’est d’ailleurs Roskosmos qui a annoncé la première l’arrestation du jeune homme de 30 ans, tout en assurant que l’enquête, ouverte pour le chef de « trahison d’Etat », « ne concerne pas son travail actuel » auprès de Dmitri Rogozine, emblématique patron de l’agence. Celui-ci assure même n’avoir jamais douté de « l’honnêteté » de son collaborateur, recruté au mois de mai.

Le mystère ne fait que s’épaissir lorsque le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, assure lors d’un briefing, dans la matinée, que l’affaire n’a pas non plus à voir avec le travail de journaliste auparavant exercé par Safronov. Dans la foulée, une autre journaliste, Taisia Bekboulatova, proche d’Ivan Safronov, est interpellée avec le statut de témoin.

Professionnalisme et loyauté

Du côté des journalistes qui connaissent Ivan Safronov ou qui ont travaillé avec lui, la consternation est totale. Sur les réseaux sociaux, les témoignages se succèdent pour vanter le professionnalisme du jeune homme, sa loyauté vis-à-vis de ses collègues. Plusieurs de ses collègues se sont rassemblés à la mi-journée devant le siège du FSB, sur la place Loubianka, conduisant à une dizaine d’arrestations.

Le journal Kommersant, son employeur durant dix ans, a aussi fait part de ses doutes :

« Ce n’est pas pour rien que l’on parle d’Ivan comme de l’un des meilleurs journalistes du pays. Nous connaissons non seulement son professionnalisme, mais aussi son caractère. Ivan est un patriote russe, qui écrivait sur l’armée et le secteur de l’espace parce qu’il s’inquiétait sincèrement de leur devenir. L’accusation de trahison d’Etat, dans son cas, sonne particulièrement absurde. »

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