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Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, en visite depuis jeudi 4 février en Russie, a estimé vendredi que les « relations [entre Bruxelles et Moscou] [étaient] sévèrement tendues » à cause de l’affaire Alexeï Navalny.
M. Borrell a prononcé ces mots lors d’une rencontre avec le ministre des affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, évoquant le sort de M. Navalny, opposant au pouvoir, empoisonné en août 2020, rentré en janvier en Russie après plusieurs mois de convalescence et condamné, mardi, à trois ans et demi d’emprisonnement. « L’affaire Navalany est un plus bas » dans les relations entre l’Union européenne (UE) et la Russie, a ajouté M. Borrell.
Sans évoquer le nom de l’opposant, M. Lavrov s’est, lui, dit prêt à « discuter de n’importe quel sujet », tout en rendant l’UE responsable des tensions existantes. « Notre principal problème est l’absence de normalité dans les relations Russie-UE (…). C’est une situation malsaine qui ne sert personne », a-t-il dit, souhaitant une discussion « franche et détaillée » avec M. Borrell.
Accusations d’« ingérence »
La Russie a d’ores et déjà qualifié d’« ingérence » les critiques européennes dénonçant les poursuites contre M. Navalny et la répression brutale des manifestations de soutien à l’opposant ces derniers jours. Plus de 10 000 personnes ont été arrêtées à travers le pays depuis le 23 janvier.
L’UE avait aussi dénoncé l’empoisonnement de l’opposant en août. Face au refus d’enquêter de Moscou, les Européens ont adopté des sanctions ciblées contre de hauts responsables russes, mais le Kremlin n’a jamais admis que M. Navalny ait fait l’objet d’une tentative d’assassinat ni reconnu les résultats des analyses de laboratoires européens identifiant le poison, préférant évoquer un complot occidental.
La mission de M. Borrell met en tout cas fin au gel des contacts diplomatiques avec la Russie au niveau européen depuis 2017. D’autres dossiers étaient sur la table, notamment les différends concernant l’Ukraine, la Syrie ou encore la Libye. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, avait assuré que Moscou souhaitait « discuter franchement [des] désaccords ».
Nouveau procès contre Alexeï Navalny
La visite de M. Borrell intervient également alors que M. Navalny est jugé à nouveau vendredi. Il est accusé d’avoir diffusé des informations « mensongères » et « injurieuses » au sujet d’un ancien combattant de la seconde guerre mondiale. Le vétéran avait défendu dans un clip de campagne, l’été dernier, un référendum ayant renforcé les pouvoirs de Vladimir Poutine. Vidéo dénoncée par M. Navalny, qui avait qualifié les intervenants du clip de « honte de la nation » et de « traîtres ».
M. Navalny risque une lourde amende, voire une peine de prison ferme. L’ancien combattant participe au procès, qui s’est ouvert vendredi à Moscou, par visioconférence. Quant à M. Navalny, il est présent à l’audience, accusant les proches du plaignant d’instrumentaliser le vieil homme pour se « faire de l’argent sur son dos » et dénonçant une accusation politique.
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