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CAMILLE MILLERAND POUR « LE MONDE »
FactuelEntre 15 % et 20 % des migrants à la rue sont des réfugiés. A Paris, un centre expérimental accompagne certains d’entre eux vers l’insertion.
Haroon aime le bleu. Il en a distillé partout dans l’appartement propret de 24 m2 qu’il occupe depuis près de trois mois à Bagnolet (Seine-Saint-Denis). Le tissu des rideaux aux fenêtres est bleu, comme celui du canapé et l’imprimé du tapis. Sur le meuble télé, un petit drapeau afghan côtoie une maquette de vieux gréement dont les voiles sont bleues. Aux murs, le Klein d’un rosier répond au turquoise d’une plage paradisiaque reproduite sur une toile et, au-dessus d’un lit une place, Haroon a dessiné au pochoir une série de losanges aux teintes marines. Depuis qu’il a un logement social, le réfugié afghan de 22 ans revit. « Ici, c’est magnifique », dit-il.
Arrivé en France en septembre 2016, Haroon a vécu à la rue à Paris puis Bordeaux, mais surtout dans des chambres d’hôtel en Ile-de-France. « Franchement, j’étais mal psychologiquement », reconnaît le jeune homme. Il y a quelques mois, le Groupement d’intérêt public-Habitat et interventions sociales, un outil du préfet de la région pour accompagner le relogement des publics défavorisés, lui a permis d’intégrer un T1, qu’il paye 287 euros par mois. Après avoir toujours partagé les chambres des hôtels Formule 1 qu’il occupait, Haroon a enfin son intimité. Quand il ne s’est longtemps nourri que des kebabs et des pizzas des échoppes environnantes, il peut désormais cuisiner. Il y a deux jours, il s’est même inscrit dans une salle de sport. « Je suis tranquille », confie-t-il, l’air apaisé.
De son parcours d’intégration, Haroon pense que le plus difficile a été d’acquérir la langue. Il se souvient que lorsqu’il avait eu un souci avec sa carte de retrait de l’allocation de demandeur d’asile, il « n’arrivai[t] même pas à expliquer [son] problème ». « La dame de l’OFII [Office français d’immigration et d’intégration] qui m’a reçu m’a dit : “D’abord, apprends la langue et reviens ensuite.” C’était comme me dire “dégage”. »
Maintenant, Haroon s’exprime dans un français presque fluide. Les cours de l’OFII, qu’il a pu suivre à partir du moment où il a obtenu le statut de réfugié, l’ont aidé. Comme le fait de côtoyer des collègues et des clients qui parlent français. Depuis un an et demi, le jeune homme travaille à temps plein dans un supermarché du 8e arrondissement de Paris. Il aimerait à terme exercer un « vrai métier » mais la formation de couvreur qu’il a suivie chez les Compagnons du devoir n’a pas débouché sur un emploi.
Parcours d’intégration long et complexe
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