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Quand Yves Mersch achèvera son mandat à la Banque centrale européenne, le 14 décembre, une partie de la mémoire de l’euro s’en ira avec lui. A 71 ans, l’homme est membre du Conseil des gouverneurs de l’institution de Francfort depuis sa création, il y a vingt-deux ans, d’abord en tant que gouverneur de la banque du Luxembourg, puis en devenant l’un des six membres du directoire, en 2012. « J’ai l’Europe dans la peau », confie-t-il au Monde, en s’excusant presque, lui qui faisait déjà partie des négociateurs du traité de Maastricht, dans les années 1980.
Cette vie professionnelle consacrée à l’Union européenne (UE) est presque génétique. Il y a quelques années, le Luxembourgeois s’est découvert un lien de parenté avec Robert Schuman, l’un des pères fondateurs de la construction européenne. Il a même connu la maison natale de celui-ci (elle abrite aujourd’hui la Fondation Robert-Schuman) : sa sœur y a vécu dans les années 1970 et 1980.
De cet engagement chevillé au corps, M. Mersch retire l’approbation unanime du sérail européen, ainsi qu’une réputation de « faucon modéré », défenseur de l’orthodoxie monétaire et budgétaire. « C’est un homme très compétent, sage, cultivé, note Jean-Claude Trichet, président de la BCE entre 2003 et 2011, qui l’a bien connu. Un Européen profondément convaincu, possédant une double culture, française et germanique. »
« Il est le profil type du Luxembourgeois impliqué dans la construction communautaire : assurant aux Allemands qu’il comprend les Français, assurant aux Français qu’il comprend les Allemands, et contribuant de fait à la construction du compromis entre les deux pays », raconte un ancien fonctionnaire européen.
Yves Mersch revendique ce rôle de trait d’union. Lui qui a souvent douté de l’interventionnisme de la BCE, qu’il trouvait trop agressif, n’a jamais exprimé de divergences quand l’heure de la décision a sonné au Conseil des gouverneurs. « A la BCE, institution jeune, nous avons toujours privilégié la décision par consensus, sur un mode fédéral. C’est très efficace », vante-t-il. Ce rôle de créateur de consensus a toutefois pu se traduire par une certaine discrétion. « Au fil des ans, il n’a jamais porté de proposition de politique monétaire forte », relève un fin connaisseur de l’institution, le qualifiant de « timoré ».
« Même les partis les plus eurosceptiques se sont ravisés »
Quel bilan tire-t-il de ces décennies de travail en faveur de la monnaie unique ? « Je suis très satisfait du résultat. D’abord, [l’euro] est une monnaie plébiscitée par plus de 75 % des Européens. Même les partis politiques les plus eurosceptiques se sont ravisés, car les citoyens ne veulent pas se défaire de cet acquis. C’est ensuite une monnaie appréciée par les entreprises et recherchée par les marchés financiers. »
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