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Des chants, des cris de joie, des fumigènes… la fête était complète, mercredi 11 mars au soir, aux abords du Parc des Princes. Le Paris-Saint-Germain y jouait à huis clos son huitième de finale retour de la Ligue des champions contre le Borussia Dortmund, et la victoire finale (2-0), mettant un terme à des années de désillusions européennes, était la plus belle des consolations.
Pourtant, on peut tout à fait aimer le football et avoir trouvé embarrassantes, voire franchement déplacées, les scènes de liesse qui ont entouré, à l’extérieur du stade, cette qualification. Ces images font leur effet, mais vu d’Italie, l’impression est tout autre, à l’heure où le coronavirus a fait tomber une véritable chape de plomb sur le pays. Car en quelques jours, c’est un abîme qui s’est créé, dans les perceptions du risque, entre les deux pays.
Mardi, les joueurs de l’Atalanta Bergame avaient, eux aussi, remporté leur match contre le FC Valence, obtenant une qualification historique pour les quarts de finale de la plus prestigieuse des coupes européennes, dès leur première participation. Mais au soir de cet exploit, l’état-major du club a aussitôt appelé les supporteurs… à rester chez eux et ne surtout pas se rassembler pour fêter la victoire. Malgré la liesse, la consigne a été respectée. Plus tôt, les 1 200 tifosi de la Curva Nord, qui avaient dû renoncer au déplacement à Valence, ont offert le montant du remboursement de leur billet (50 euros par personne, 60 000 euros au total) aux hôpitaux de la ville.
Messages contradictoires
Il faut dire qu’au soir du jeudi 12 mars la province de Bergame comptait 2 136 malades pour 1 million d’habitants, soit plus que la France entière. Dès lors – comment s’en étonner –, les comportements s’adaptent, et la fête monstre qui aurait eu lieu en toute autre circonstance devient tout à coup inenvisageable. Le même jour, le cap des 1 000 morts a été franchi sur l’ensemble de l’Italie.
« Macron a fait un beau discours, mais ce soir encore les Parisiens sont allés au théâtre »
Depuis plusieurs jours, l’essayiste italien Giuliano Da Empoli, ancien conseiller de Matteo Renzi et grand amoureux de la culture française, envoie depuis Paris, sur les réseaux sociaux, des photographies des files d’attente à l’entrée du Théâtre de l’Odéon. « Macron a fait un beau discours, mais ce soir encore les Parisiens sont allés au théâtre », a-t-il publié dans la soirée de jeudi sur Twitter, accompagnant ses mots d’une image de file d’attente devenue proprement inimaginable en Italie. Quelques heures plus tôt, il avait tweeté, de façon un peu sarcastique, une célèbre phrase de Blaise Pascal : « Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. »
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