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Dans le long et tortueux chemin menant vers la reconnaissance des crimes de la dictature brésilienne (1964-1985), c’est une décision qui fait date : mercredi 23 septembre, le constructeur automobile allemand Volkswagen a signé un accord prévoyant l’indemnisation des anciens ouvriers de ses usines de Sao Paulo enlevés, torturés ou assassinés durant la période la plus sombre du régime militaire.
La décision est inédite : pour la première fois au Brésil, une entreprise privée admet avoir collaboré avec la junte. « Avec cet accord, Volkswagen souhaite établir toute la vérité sur les violations des droits de l’homme commises à cette époque, a expliqué le constructeur dans un communiqué, ajoutant que « pour Volkswagen, il est important d’assumer sa responsabilité dans ce chapitre négatif de l’histoire du Brésil et d’encourager la transparence ».
Arrêtés, emprisonnés et parfois torturés
Dans le cadre de l’accord, négocié avec le parquet brésilien, « VW » s’engage donc à débourser 36 millions de reais (5,5 millions d’euros) à titre de compensation : 16,8 millions seront directement versés à un peu plus de soixante salariés de l’entreprise ainsi qu’à leurs familles. Le reste du montant viendra financer des projets honorant la mémoire des victimes et la promotion de recherches universitaires sur les crimes commis par la dictature. En contrepartie, les trois enquêtes visant Volkswagen seront classées et archivées.
L’événement lève le voile sur la sombre histoire de la firme allemande au Brésil. Volkswagen est accusé par ses anciens employés d’avoir activement soutenu la junte au pouvoir, allant jusqu’à espionner ses propres salariés. Les ouvriers considérés comme « subversifs », sympathisant communistes ou gauchisants, étaient alors dénoncés aux services de sécurité du régime, arrêtés, emprisonnés et parfois torturés dans l’enceinte même de l’usine de Sao Bernardo do Campo, à Sao Paulo. En échange de ses loyaux « services », Volkswagen bénéficiait des largesses économiques du régime, comme l’assouplissement du droit du travail.
L’histoire est connue depuis des années : la décision du 23 septembre est la conclusion d’une âpre bataille, menée par les anciens salariés et leurs familles. Tout a commencé en 2014, lors du rendu des travaux de la Commission nationale de la vérité (CNV), instaurée par la présidente de gauche Dilma Rousseff. Cette dernière établit qu’au moins 434 Brésiliens ont disparu et 20 000 ont été victimes de torture lors de la période de la dictature, pointant la responsabilité de plus de 120 entreprises accusées d’avoir collaboré avec le régime. Parmi elles, plusieurs multinationales, dont Pfizer, Johnson & Johnson, Esso, Pirelli… et Volkswagen.
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