Vladislav Sourkov, l’éminence grise de Poutine, quitte le Kremlin

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L’éminence grise de Vladimir Poutine (à droite, alors premier ministre), Vladislav Sourkov, le 13 février 2012 à Kourgan.
L’éminence grise de Vladimir Poutine (à droite, alors premier ministre), Vladislav Sourkov, le 13 février 2012 à Kourgan. ALEXEI NIKOLSKY / AFP

Plus que son départ, dans l’air depuis plusieurs semaines, c’est le moment choisi pour l’annoncer qui interroge. Vladislav Sourkov, conseiller historique de Vladimir Poutine, qui supervisait le dossier ukrainien au sein de l’administration présidentielle russe, a quitté ses fonctions, mardi 18 février, au soir d’affrontements dans le Donbass parmi les plus durs de ces dernières années.

Faut-il y voir une volonté du Kremlin de dire son mécontentement face aux violences des rebelles prorusses de la région et son envie d’adopter une ligne plus souple dans la crise ukrainienne ? C’est en tout cas ce que veut croire Kiev, où le profil de son successeur, Dmitri Kozak, est perçu comme plus conciliant, quand Sourkov était réputé appartenir au camp des faucons.

En vingt ans de carrière, Vladislav Sourkov aura profondément marqué de son empreinte la vie politique russe, bien au-delà du dossier ukrainien. A 55 ans, il aura probablement encore l’occasion de le faire, mais son destin s’écrit désormais hors des murs du Kremlin. Son départ, en même temps que l’arrivée auprès du président russe d’un nombre croissant de responsables quadragénaires, marque la fin d’une époque.

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Vladislav Sourkov restera probablement dans l’histoire comme l’homme des premiers mandats de Vladimir Poutine, ceux de la consolidation du pouvoir présidentiel sur fond de boom économique. C’est lui qui offrit au poutinisme naissant sa ligne directrice, le concept de « démocratie souveraine » qui allait guider l’action du président pendant au moins huit ans. Comprendre : une démocratie dans laquelle le contrôle importe plus que le débat, et dans laquelle les actions des fonctionnaires comme celles des représentants de la société civile doivent être encadrées dans une stricte « verticale du pouvoir ».

Pour donner du souffle à ce système et lui éviter de sombrer dans l’apathie, Sourkov alla jusqu’à inventer de toutes pièces une opposition, avec la création d’un parti nationaliste, Patrie, et un parti de « centre gauche », Russie juste, qui existent jusqu’à présent. Il en sera de même de Nachi, un mouvement de jeunesse pro-Poutine conçu aussi comme une arme face à une éventuelle révolution de couleur.

Caméléon

Eminence grise plus qu’idéologue, Sourkov s’impose comme le maître d’un monde dans lequel la politique est affaire de « technologies » et le despotisme sait se faire glamour. Un monde post-moderne qui annonce l’ère de la post-vérité, où la télévision assure le spectacle. « Le pays est une dictature le matin, une démocratie à midi, une oligarchie au dîner… Et Sourkov est toujours au centre de la scène, sponsorisant des skinheads un jour, soutenant des défenseurs des droits de l’homme le lendemain », écrit le journaliste Peter Pomerantsev dans son livre Rien n’est vrai mais tout est possible (éditions Saint-Simon, 2015).

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