Val Curtis, la scientifique que l’hôpital public britannique n’a pas pu sauver

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La professeure britannique Val Curtis, décédée le 19 octobre d’un cancer, avait elle-même alerté les médias, en juin et en juillet, sur les failles du sytème hospitalier de son pays.

Val Curtis, 62 ans, s’est éteinte le 19 octobre, terrassée par le cancer. Cette comportementaliste britannique de renommée internationale, professeure à la très prestigieuse London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM), s’était distinguée pour ses recherches sur l’importance de l’hygiène dans la lutte contre les maladies infectieuses.

« Je ferai partie des morts supplémentaires du cancer cette année », affirmait-elle dans une tribune en juillet, pointant les failles du NHS.

Visage doux mais convictions en acier, Val avait consacré trente ans de sa vie à expliquer, sans relâche, à quel point le lavage des mains ou l’accès à des toilettes pouvaient sauver des vies. Ces dernières années, elle avait notamment participé à un énorme projet de construction de latrines en Inde (85 millions en cinq ans). Jusqu’à la fin, malgré la maladie, cette tenace et brillante scientifique a continué à conseiller les gouvernements – indien et britannique – sur ces sujets d’une brûlante actualité.

La « reine de l’hygiène »

« Sa ­carrière combinait des recherches de qualité mondiale et une authentique passion pour l’amélioration de l’­hygiène publique. Elle était un géant dans son domaine et un modèle. Elle va ­énormément manquer à ses nombreux amis et collègues de la LSHTM », a déclaré Peter Piot, le directeur de la prestigieuse institution, dans un émouvant message de condoléances posté sur le site de l’école.

Le 16 juillet, trois mois avant sa disparition, la « reine de l’­hygiène », comme la qualifie la chaîne BBC Radio 4, avait publié une tribune bouleversante dans les pages du Guardian. « Je ferai partie des morts supplémentaires du cancer cette année », affirmait-elle, pointant sans détour les failles du National Health Service (NHS), l’hôpital public britannique, « si affaibli par dix années d’austérité qu’il m’a complètement fait défaut ».

Soixante-deux jours d’anxiété

Pudique, mais déchirante – « je n’arrive toujours pas à me faire à l’idée que je suis en train de mourir », Val Curtis racontait dix-huit mois d’attente et d’angoisse. Fin 2018, ­alertée par des pertes sanguines répétées, elle consulte son médecin généraliste, décroche le dernier rendez-vous disponible avec l’oncologue avant Noël. Il suspecte un cancer du vagin, recommande un traitement d’urgence. Entre le diagnostic et le début de son traitement, Mme Curtis doit endurer soixante-deux jours d’anxiété, tant la liste d’attente est longue.

A l’été 2019, très bonne nouvelle : on lui dit qu’elle est en rémission. Malheureusement, dès septembre, d’autres symptômes apparaissent. Mais Val Curtis doit encore attendre quatre précieuses semaines avant de décrocher un rendez-vous, quatre autres pour des examens complémentaires. Les examens sont mauvais, une opération lourde est prévue. La scientifique doit encore patienter six semaines : dans l’­intervalle, le cancer s’est tellement répandu que l’opération s’avère impossible.

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