une transition à hauts risques

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Editorial du « Monde ». Avec la mort subite et violente du président tchadien Idriss Déby Itno, la France a perdu son meilleur allié dans la guerre à hauts risques qu’elle mène depuis 2013 contre les groupes djihadistes au Sahel, et au Mali en particulier. Sous son commandement, nulle autre armée de la région hormis la sienne n’a pu se projeter sur un théâtre d’action extérieure. Dernièrement, à la demande d’Emmanuel Macron, il venait encore de déployer 1 200 soldats dans la zone des « trois frontières » (Mali, Burkina Faso, Niger), fief de l’organisation Etat islamique au Grand Sahara.

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Dans un hommage appuyé, l’Elysée a regretté la perte d’un « ami courageux (…), un grand soldat qui a œuvré sans relâche pour la sécurité du pays et la stabilité de la région durant trois décennies ». Paris sait le prix qu’il en coûte. Combien de fois l’armée française, qui l’avait aidé à prendre le pouvoir en 1990, a-t-elle sauvé la mise à celui qui s’était fait élever au rang de maréchal ? Pas plus tard qu’en 2019, date de la dernière intervention de l’armée de l’ancienne puissance coloniale, les chasseurs français avaient détruit pour le compte du chef de l’Etat tchadien une colonne rebelle et menaçante descendue de Libye.

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Au nom de cette fraternité des armes, les présidents français, de François Mitterrand à Emmanuel Macron, ne se sont jamais montrés très regardants vis-à-vis de cet allié pourtant encombrant sur le plan démocratique. Son exercice du pouvoir contredisait allègrement les principes affichés avec constance à l’Elysée, qui promettait des rapports apurés avec les anciennes colonies d’Afrique. Paris s’est toujours accommodé de ces contradictions, au nom de la sécurité régionale.

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Si des voix s’élèvent aujourd’hui à N’Djamena pour demander le retour à l’ordre constitutionnel ou l’organisation d’un dialogue national inclusif, c’est bien parce que, ces dernières années, le régime, soutenu par Paris, s’était refermé sur lui-même. La dernière élection présidentielle, le 11 avril, remportée dès le premier tour avec 80 % des voix par Idriss Déby, pour un sixième mandat, n’était qu’une mascarade démocratique de plus. Après trente ans de pouvoir, le défunt autocrate laisse un champ de ruines institutionnel, duquel n’a pu émerger après sa mort qu’un comité militaire de transition dirigé par l’un de ses fils.

Vœu pieux

Certes, Mahamat Idriss Déby, général de 37 ans, et ses quatorze acolytes étoilés promettent d’organiser dans dix-huit mois des élections « libres et transparentes ». Comment les croire, lorsque les premières mesures consistent à dissoudre le Parlement et le gouvernement, de suspendre la Constitution et de fermer les frontières ?

Il n’est pas sûr que la France se montre insistante pour leur rappeler leurs promesses initiales. Paris redoute surtout le scénario d’un règlement de comptes entre des clans, qui provoquerait un engrenage difficilement contrôlable. Estimant qu’aujourd’hui personne n’a la solidité de l’ancien président pour maintenir un équilibre entre régions et entre communautés, l’Elysée a eu beau jeu d’appeler à ce que la transition militaire se déroule dans des conditions pacifiques, dans le dialogue et en s’appuyant sur les institutions civiles. N’est-ce pas un vœu pieux ? En 1990, lors de son accession au pouvoir, Idriss Déby père avait promis des lendemains démocratiques radieux. Ils avaient fait long feu, sans que les présidents français successifs y trouvent à redire. L’histoire risque de se répéter.

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Le Monde

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