Une paille et un gobelet pour Stan Swamy, vieux jésuite indien incarcéré

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LETTRE DE NEW DELHI

Rassemblement pour demander la libération du prêtre jésuite Stan Swamy, à Bangalore, en Inde, le 12 novembre.

Stan Swamy est un prêtre jésuite indien, connu pour son engagement en faveur des Adivasis du Jharkhand, où il s’est installé depuis 1991. Ces tribus indigènes – tout en bas de la hiérarchie des castes – qui vivent dans les forêts sont déplacées et menacées par des projets d’extraction ou de barrage, car le sous-sol de cet Etat de l’est de l’Inde recèle quantité de minéraux précieux : uranium, bauxite, or, argent, graphite, charbon et cuivre.

Depuis des années, le prêtre se bat pour faire libérer des jeunes qui militent pour la défense de leur territoire et de leur mode de vie et qui sont soupçonnés d’être des naxalites, des rebelles maoïstes interdits en Inde.

Agé de 83 ans, Stan Swamy a connu le même sort. Il a été arrêté le 8 octobre 2020 à Ranchi, puis envoyé dans une prison à Bombay. L’Agence nationale d’investigation, compétente dans les affaires de terrorisme, l’accuse d’être en lien avec des rebelles maoïstes et d’avoir participé en 2018 à une réunion ayant entraîné des violences à Koregaon.

Mouvement de solidarité

Ce petit village situé dans le Maharashtra, dans le district de Pune, fut le théâtre en 1818 d’une bataille légendaire entre l’armée britannique composée principalement de soldats dalits, la plus basse caste indienne, et l’armée des Peshwas, représentants des hautes castes. Cet affrontement mit fin à l’Empire marathe qui régnait alors dans cette région. Chaque année, les Dalits commémorent l’évènement, considéré comme la première victoire des opprimés contre les castes supérieures. Mais le 1er janvier 2018, à l’occasion du bicentenaire, de violents affrontements opposèrent Dalits et extrémistes hindous, venus à Koregaon avec des drapeaux safran, la couleur des nationalistes. Une personne était morte.

De sa prison et devant la justice, Stan Swamy, atteint de la maladie de Parkinson, a demandé une paille afin de pouvoir s’abreuver dignement, car sa pathologie, qui entraîne de forts tremblements des mains, l’empêche de tenir correctement un verre. Lorsqu’il a été arrêté le 8 octobre à Ranchi, il avait dans son sac, a-t-il affirmé, gobelet et paille, qui lui auraient été soustraits, ce que conteste l’Agence nationale d’investigation.

Sa demande, examinée par un tribunal le 6 novembre, a entraîné un mouvement de solidarité sur les réseaux sociaux dans le pays pour fournir à Stan Swamy un gobelet et une paille, ainsi que des couvertures. « Inondons la prison avec des pailles et des gobelets », a lancé sur Facebook un résident de Bombay, Deepak Venkateshan. « Faisons savoir au monde que nous sommes encore une nation humaine. Nous avons peut-être choisi les mauvais dirigeants, mais il reste encore de l’humanité en nous. ».

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