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Après l’Allemagne et la France, est-ce au tour de la Pologne de servir de scène de crime pour l’élimination de réfugiés tchétchènes opposants à Ramzan Kadyrov ? C’est ce qu’affirme Toumso Abdourakhmanov, installé dans le pays depuis 2017, qui dit avoir été agressé chez lui.
Dans la nuit de mercredi 26 à jeudi 27 février, le jeune homme de 33 ans, connu pour être un virulent blogueur anti-Kadyrov, a diffusé sur YouTube une vidéo le montrant quelques minutes après cette agression, torse nu et essoufflé, tenant à la main un marteau utilisé par l’assaillant. Ce dernier, gisant dans une mare de sang, explique avec difficulté venir « de Moscou » et précise : « Ils tiennent ma mère. »
Egalement blessé, Toumso Abdourakhmanov se serait ensuite rendu dans un hôpital placé sous protection policière, mais jeudi soir, la police polonaise expliquait seulement « être en train de vérifier les informations fournies par les médias étrangers ». En Tchétchénie même, selon le site Kavkaz.Reali, une dizaine d’hommes auraient été arrêtés pour avoir « liké » (aimé) la vidéo en question.
Menaces de mort publiques
Employé d’une entreprise de télécommunications de Grozny, M. Abdourakhmanov avait été arrêté et accusé de terrorisme en 2015, à l’instar de nombreux hommes en Tchétchénie, dont certains ont été ensuite les victimes d’exécutions arbitraires. Il a fui en Géorgie puis en Pologne. Là, il a commencé ses chroniques vidéo dénonçant le régime Kadyrov, réunissant une large audience dans la communauté des exilés tchétchènes d’Europe et de Russie.
Les autorités polonaises ont accordé l’asile à sa femme et à ses trois enfants, mais elles ont refusé sa demande à lui pour des raisons – non explicitées – de « sécurité nationale ». Après avoir accueilli dans les années 1990 des dizaines de milliers de réfugiés en provenance de la République du Caucase, la Pologne a très sévèrement restreint les conditions d’attribution de l’asile et refoule ou renvoie régulièrement vers la Russie des demandeurs.
En mars 2019, Toumso Abdourakhmanov avait fait l’objet de menaces de mort publiques de la part du président du Parlement tchétchène, Magomed Daoudov, connu notamment pour son rôle dans les purges anti-homosexuels dont la République a été le théâtre ces dernières années. A la même époque, des membres de la famille de l’opposant étaient apparus à la télévision tchétchène pour le désavouer.
En plus des cas intervenus ces derniers mois sur le sol européen, à Berlin et à Lille, de nombreux Tchétchènes ont été tués dans le monde depuis une dizaine d’années. Certains de ces assassinats semblent aller au-delà de simples « règlements de compte » commandités par Grozny et supposent une implication directe de Moscou. Mi-février, une enquête de plusieurs médias a ainsi montré le rôle opérationnel du FSB, les services de sécurité fédéraux, dans la mort de Zelimkhan Khangochvili à Berlin, en août 2019.
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