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Livre. Il semble échappé d’un film hollywoodien : le parfait méchant qui change de masque et apparaît partout où il flaire la possibilité du chaos. Banquier à Wall Street, on le retrouve à la tête d’une société de trading d’or virtuel en Chine, conseiller machiavélique à Washington ou à Rio, derrière le Brexit à Londres, essayant de détruire l’Eglise au Vatican, fomentant l’alliance des extrêmes droites mondiales à Bruxelles… Steve Bannon use à chaque fois de cette capacité à manipuler l’immatériel – data, argent virtuel, « fake news », armées numériques de trolls furieux – pour abîmer le monde réel.
La réalisatrice de documentaires et autrice française Fiammetta Venner n’a pu rencontrer ce conseiller difficile d’accès, qui protège sa légende, qu’il veut « la plus négative possible ». A défaut, le livre s’appuie sur un riche travail de documentation qui lui permet de retracer un itinéraire hallucinant. Celui d’un homme de l’ombre, qui rêve d’apocalypse depuis qu’il a lu, en 1997, The Fourth Turning, de Neil Howle et William Strauss (éd. Crown, non traduit), qui théorise l’histoire de l’humanité en cycles successifs de vingt ans – une thèse dont la crédibilité scientifique est très contestée. Lecteur de René Guénon, Bannon pense aussi que « l’Occident judéo-chrétien, comme il l’appelle, a égaré son âme, écrit Fiammetta Venner. Seule une violente crise peut le réveiller et créer un ordre nouveau, prospère, paisible ». Il espère d’abord une guerre totale contre l’islam, contre les migrants, puis contre la Chine. « Un événement majeur qui stoppera la marche du monde », une crise salvatrice qui « purifiera la nation américaine », écrit l’autrice.
Un milliardaire chinois pour mécène
Mais l’histoire ne se passe pas comme prévu. Si le chaos est bien venu de Chine avec le Covid-19 (que Bannon surnomme « le virus du PCC »), ce dernier a heurté de plein fouet son « peuple ». « Il sera difficile de leur vanter, à l’avenir, les vertus de la guerre purificatrice », note Venner.
C’est un milliardaire chinois en fuite, Guo Wengui, qui finance désormais sa croisade contre la Chine, que Bannon décrit comme « la plus grande menace existentielle » des Etats-Unis. Chassé du cœur du pouvoir en 2017, après la violente manifestation d’extrême droite de Charlottesville, il sévit à présent dans une war room virtuelle, du nom de son podcast quotidien à succès enregistré depuis l’appartement new-yorkais de 68 millions de dollars de son mécène, et traduit en mandarin.
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