Un Institut ouïgour d’Europe à Paris pour sauvegarder une culture menacée

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Un manifestant de la communauté ouïghoure française lors d’une manifestation sur l’esplanade du Trocadéro, à Paris, le 25 mars.
Un manifestant de la communauté ouïghoure française lors d’une manifestation sur l’esplanade du Trocadéro, à Paris, le 25 mars. – / AFP

Face aux politiques sécuritaires chinoises, qui ont conduit ces trois dernières années à la détention d’au moins un million de Ouïgours dans des « centres de déradicalisation » au prétexte de lutte antiterroriste, la diaspora ouïgoure s’organise. En France, l’universitaire Dilnur Reyhan, 36 ans, enseignante en ouïgour à l’Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) et chercheuse à l’université libre de Bruxelles (ULB), a lancé, en décembre, une campagne de levée de fonds et de recherche de lieu pour une initiative inédite : la création d’un Institut ouïgour d’Europe. « Il y a urgence », assure-t-elle.

« Je fais partie de ces dernières générations de jeunes nés dans les années 1980 qui ont fait des études en ouïgour au Xinjiang. Aujourd’hui, ce n’est plus possible : tout se fait en mandarin. La grande partie de publications en ouïgour a été brûlée ou n’est plus publiée. Des milliers de personnes parmi l’élite intellectuelle ont été arrêtées. C’est à nous, les trentenaires et quadragénaires de la diaspora, de reprendre le flambeau et de sauvegarder la culture », poursuit Mlle Reyhan. Elle est arrivée du Xinjiang en France en 2004 comme étudiante en communication, avant de décrocher un doctorat en sociologie. Elle anime depuis six ans la revue Regard sur les Ouïgour-e-s.

L’Institut ouïgour d’Europe a été officiellement créé sous la forme d’une association loi de 1901, en janvier 2019. « La difficulté est de trouver un lieu qui serait mis à notre disposition ou de bénéficier d’une aide pour le loyer car c’est une grosse dépense », précise la chercheuse.

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Envoyés en camp

Les 11,5 millions de Ouïgours, qui sont turcophones et de confession musulmane, sont le peuple autochtone des territoires situés aux confins de l’ancien empire chinois et de l’Asie centrale, regroupés dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang. Enjeu géopolitique pour l’empire Qing finissant puis lors de l’entre-deux-guerres, ils connurent deux brèves périodes d’indépendance, en 1933 et de 1944 à 1949.

Le magistère chinois s’y exerça longtemps de manière lâche – jusqu’à ce que la Chine communiste les soumette à un contrôle étroit, derrière une autonomie de façade, et y encourage l’immigration de Chinois han, l’ethnie majoritaire. Ces derniers représentent aujourd’hui 45 % de la population du Xinjiang, contre 7 % en 1949. Sous Xi Jinping, le vieux rêve impérial de siniser ces territoires frontaliers turbulents a pris un tour nouveau sur une échelle industrielle : il s’agit de transformer de force les Ouïgours en citoyens sinophones et « patriotes », au moyen de techniques d’endoctrinement puisant dans la longue pratique communiste du lavage de cerveau.

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