« Trump a opté pour la voie unilatérale et l’agressivité »

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Tribune. Il faut créditer Donald Trump d’avoir suscité un réveil stratégique des vieilles puissances industrielles face à la Chine. Il a obtenu sur ce point un soutien transpartisan des républicains et des démocrates. Il a poussé les Européens à se mobiliser contre ce qu’ils qualifient désormais de « rival systémique », et a incité l’Australie et d’autres pays à réduire leur dépendance à l’égard de l’empire du Milieu.

Barack Obama avait amorcé ce tournant. Trump l’a accéléré en changeant de méthode. Plutôt que de choisir la voie des arbitrages de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – où les Etats-Unis ont déposé de multiples plaintes contre les pratiques commerciales déloyales de la Chine –, Trump a opté pour la voie unilatérale et l’agressivité.

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Il a réhabilité les droits de douane comme arme de sanction et de chantage pour forcer la négociation. Si Obama avait augmenté les droits de douane sur 7 % des importations de biens chinois, Trump est allé jusqu’à imposer 70 % de ces importations avec, en moyenne, près de 20 % de droits de douane. Ce retour à une politique mercantiliste de réduction massive et systématique des importations, y compris celles qui viennent des alliés traditionnels, a forcé la révision de certains accords commerciaux (Alena, Corée du Sud…) et à en négocier de nouveaux avec le Japon et avec la Chine. Les estimations d’impact restent très prudentes sur les bénéfices de ces accords pour l’économie américaine, en particulier le nouvel accord avec le Canada et le Mexique (USMCA). Mais la méthode semble confortée par les indices de bonne santé de l’économie américaine qui, à la veille de la pandémie, affichait un taux de croissance de 2,4 % et un taux chômage de 3,6 %. L’accroissement structurel du déficit commercial américain dans le secteur des biens semblait s’infléchir légèrement.

L’Amérique pénalisée

Cependant, cette politique pénalise non seulement les pays qui exportent le plus vers les Etats-Unis, mais aussi les entreprises américaines, qui sont exposées à un coût prohibitif d’importation. Pour le seul secteur de la sidérurgie, les Etats-Unis comptent un salarié qui produit de l’acier pour 80 qui le transforment, et pour lesquels cette hausse tarifaire annule les bénéfices de la réforme fiscale menée par ailleurs. Alors qu’en moyenne les droits de douane américains ont été multipliés par trois en deux ans depuis 2018, 84 % des exportateurs ont été exposés à l’augmentation du prix de la part de leurs importations dans leurs produits finis exportés. Alors que Trump avait fait de la relocalisation de l’emploi manufacturier aux Etats-Unis sa promesse électorale de 2016, le secteur manufacturier s’est contracté de 1,3 % en 2019 et les faibles créations d’emplois correspondent tout juste à l’accroissement de la population active. C’est le secteur des services qui continue de stimuler la croissance américaine.

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