Tennis, athlétisme, football… quand les Maghrébines se prennent au jeu – Jeune Afrique

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Pour les Nord-Africaines, la pratique d’un sport n’est pas toujours simple. Entre le poids de la tradition, l’influence de la religion et le manque de moyens, les difficultés sont multiples. Mais les choses évoluent. Pas assez vite, au goût de certains…


C’était il y a près d’un an, à l’occasion d’un séminaire à Alger sobrement intitulé « Femme et sport ». Ce 9 mars 2019, Mustapha Berraf ne donne pas dans la langue de bois. « Les choses n’avancent pas suffisamment, tonne le président du Comité olympique et sportif algérien (COA). Mais nous sommes sur la bonne voie, avec l’intronisation des femmes au sein des assemblées générales des fédérations sportives. » Le dirigeant profite de l’occasion pour encourager les instances sportives nationales à accélérer la parité.

Douze mois et une révolution plus tard, Mustapha Berraf salue les progrès réalisés en la matière. « Nous avons obtenu des autorités qu’elles interviennent pour obliger les fédérations à compter davantage de femmes dans les AG. Beaucoup de fédérations agissaient un peu comme elles voulaient, mais aujourd’hui, en Algérie comme dans d’autres pays du monde arabe, les choses changent. » « Le sport est une plateforme essentielle pour parvenir à l’égalité des sexes. Mais pour les femmes, faire du sport en Algérie peut se révéler compliqué. Surtout si elles aspirent à mener une carrière professionnelle », regrette celui qui a depuis quitté la présidence du COA.

Les femmes essuient régulièrement des insultes, voire des menaces. Dans nos sociétés, il y a encore des gens qui n’acceptent pas qu’elles fassent du sport, qu’elles s’émancipent

Le pays n’a pas oublié l’agression d’une jeune joggeuse en plein ramadan, en juin 2018, juste avant la rupture du jeûne, frappée et insultée par un homme qui lui explique que sa place est « dans la cuisine ». Les gendarmes ne trouvent rien de mieux que de lui demander ce qu’elle faisait dehors à une heure pareille. Rapidement, la victime reçoit de nombreux soutiens, et des footings sont organisés dans les grandes villes.

« J’étais abasourdie et triste, c’était un acte grave, se rappelle aujourd’hui Hassiba Boulmerka, championne olympique du 1 500 m à Barcelone, en 1992. Les femmes essuient régulièrement des insultes, voire des menaces. Cela montre que, dans nos sociétés, il y a encore des gens qui n’acceptent pas que des femmes fassent du sport, s’émancipent et aspirent à vivre normalement. » « Évidemment, cela n’a rien à voir avec les années 1990, au moment de la décennie noire », nuance la championne, plusieurs fois menacée par les islamistes durant sa carrière.

« Maradona algérienne »

Au cours des années 1990, durant lesquelles l’Algérie est ravagée par des massacres et des attentats terroristes, Naïma Laouadi, 19 ans, est à l’origine de la création d’une équipe féminine de la JS Kabylie, le club de Tizi Ouzou, sa ville natale. « La Maradona algérienne » favorise aussi la création d’autres équipes féminines de football, puis de la sélection nationale en 1998.

« Beaucoup de personnes m’avaient soutenue, y compris des hommes, se souvient l’ancienne internationale. Bien sûr, il y avait eu des critiques, mais il était normal, aux yeux d’une partie de l’opinion publique, que des femmes puissent jouer au foot. À l’époque, il était quasi impossible d’organiser un championnat. » Il verra le jour dix ans plus tard.

Dans la région, les choses évoluent lentement. Trop, au goût de certains. « On voit fleurir des terrains de foot, ou de basket, faits pour tout le monde mais accaparés par les garçons, surtout pour le foot, observe le Marocain Aziz Daouda, le célèbre entraîneur qui a travaillé notamment avec Nezha Bidouane et Hicham El Guerrouj. De nombreuses fédérations n’organisent pas encore de championnats féminins. »

Ce n’est pas une question de milieu social : des familles aisées qui vivent dans les grandes villes peuvent se montrer plus conservatrices que des familles pauvres

Car, aujourd’hui encore, pratiquer une activité sportive, professionnelle, semi-professionnelle ou simplement ludique, nécessite de s’affranchir d’une série de contraintes. « Impossible de nier le poids de la religion et de la tradition, reconnaît Daouda. Ce n’est pas une question de milieu social : des familles aisées qui vivent dans les grandes villes peuvent se montrer plus conservatrices que des familles pauvres vivant dans des régions reculées et pour qui la pratique du sport par les femmes n’est pas un problème. »



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JeuneAfrique

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