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C’est une fuite éperdue, chaotique et, qui sait, peut-être sans retour… L’ordre a été donné aux civils encore présents en ville d’évacuer Stepanakert, samedi 7 novembre, et de fuir vers le nord du Haut-Karabakh ou vers l’Arménie. Ils sont partis en quelques heures, visages défaits, sans se retourner. La matinée était pourtant relativement calme. Il y avait bien quelques tirs de roquettes de temps à autre, mais la « capitale » de la « République d’Artsakh » (le Haut-Karabakh, non reconnu par la communauté internationale) en a pris l’habitude en six semaines de guerre.
Une première redoutable bataille pour le contrôle de Chouchi, la cité historique qui surplombe Stepanakert, s’était soldée la veille par un échec provisoire de l’assaut azerbaïdjanais, même si l’assaillant avait vraisemblablement consolidé ses positions autour de la ville, ce qui lui a permis de lancer, dimanche, un second assaut que Bakou a annoncé comme ayant été victorieux en dépit du fait que Stepanakert et Erevan prétendent que les combats continuent – l’Azerbaïdjan a tendance, depuis le 27 septembre, à annoncer prématurément ses victoires, et le Haut-Karabakh à démentir contre toute évidence ses défaites.
La décision d’évacuer Stepanakert de ses derniers habitants n’est pas claire. Officiellement, les autorités démentent avoir décrété une évacuation générale de la capitale. Les ministères des affaires étrangères d’Artsakh et d’Arménie ont expliqué aux ambassades étrangères à Erevan n’avoir fait sortir que certaines catégories de gens : les patients des hôpitaux dans le cadre d’une « évacuation sanitaire », les journalistes étrangers « pour des raisons sécuritaires ». Ces affirmations sont toutefois erronées, et un officiel du ministère à Stepanakert confirme avoir reçu « un ordre d’évacuation générale » émanant « des hautes autorités ».
Ce qui a provoqué cet ordre non assumé officiellement n’est pas clair non plus. Une rumeur a fait état d’une offensive azerbaïdjanaise dans le nord-est de la province : la crainte aurait alors été que la route du Nord, seul axe reliant Stepanakert à l’Arménie depuis la fermeture, le 4 novembre, du « corridor de Latchine » au sud-ouest, soit elle aussi atteinte et que Stepanakert se retrouve coupée du monde. Une telle attaque n’a toutefois apparemment pas eu lieu. Un officiel avance de son côté deux raisons qui paraissent plus légitimes : d’une part, une infiltration de forces spéciales azerbaïdjanaises dans Stepanakert, ou au moins dans ses faubourgs ; d’autre part, la perspective d’une chute prochaine de Chouchi et de l’installation des canons ennemis sur la montagne qui domine la capitale.
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