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Moi qui suis romancier, je ne crois pas voir le monde sous un jour très différent de tout citoyen raisonnablement engagé, ne serait-il qu’à moitié informé. Je n’en sais certes pas plus que les autres. A supposer qu’il y ait une différence de vues entre moi et disons, un plombier, un courtier en assurances ou un professeur des écoles – et là encore, je peux me tromper –, c’est que j’écris des histoires inventées et suis donc résolument porté à croire que tout est possible ; que le champ de l’expérience plausible dépasse de loin ce que l’histoire, la logique ou les conventions nous en disent.
Je passe le plus clair de mon temps à imaginer non pas les choses qui pourraient, voire devraient se produire en bonne logique mais celles que je peux faire advenir en les rendant intéressantes et utiles. Quand on écrit des romans et des nouvelles, et même des articles comme celui-ci, rien ne coule de source et tout peut succéder à tout. Heureusement, malheureusement parfois, il en va de même dans la vraie vie, politique comprise.
En Amérique, vous le savez peut-être, nous allons bientôt voter [le 3 novembre] pour choisir notre prochain président. Et par la même occasion pour découvrir quel pays l’Amérique est aujourd’hui et sera demain, et quel peuple nous sommes. S’il vous semble qu’il y a là un état de choses inconfortable, précaire, peut-être lourd de conséquences et à vrai dire plutôt navrant, c’est qu’il en est ainsi en effet. Qu’une grande nation place un tel enjeu sur un exercice civique isolé, programmé dans le temps et prescrit par la loi, voilà qui est alarmant.
Deux visions
Normalement, dans une élection où un camp avance une vision du pays tandis que l’autre en propose une assez différente, le pays en question gagne à la victoire de l’un comme de l’autre. Cette absence relative de drame, beaucoup la trouvent inintéressante, pas moi.
Ainsi, si c’est mon camp qui perd, je me dis « Eh bien, soit », puisque le seul fait de voter conforte le pays. En somme, les deux visions résultent de conceptions largement incontestées de la nation, dérivant elles-mêmes de nos nombreuses croyances fondatrices, mythes de ses origines.
S’agissant de l’Amérique, on nommera au registre de ces points de confiance celui que le législatif et le judiciaire soient tenus d’encadrer les pouvoirs considérables de l’exécutif. Que le droit de vote lui-même soit garanti, et les élections sanctuarisées. Que le/la chef.fe de l’exécutif ne puisse tirer un profit financier de sa position d’élu.e. Qu’un impôt régulier soit perçu, capital pour la gestion du pays.
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