[Société] Vivre après le Covid : Nadia, 49 ans, se demande quand la fatigue post-virale s’arrêtera

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En décembre 2019, le monde découvrait le Covid-19. Depuis, la pandémie a fait plus de 2,26 millions de morts, et plus de 104 millions de cas (au 4 février) ont été contaminées par ce virus.

À La Réunion, plus de 10 300 cas ont été recensés depuis le 11 mars (au 3 février). Mais derrière ces “cas”, ce sont surtout des personnes, qui chacune ont vécu le coronavirus de façon différente, tant dans leur ressenti des symptômes pendant la maladie, que des séquelles qui ont suivi. Plusieurs mois après avoir contracté le Covid, ces Réunionnais nous racontent comment ils ont vécu avec ce virus qui a chamboulé notre quotidien.

Aujourd’hui, rencontre avec Nadia*, 49 ans, de La Rivière Saint-Louis : depuis qu’elle a attrapé le Covid pendant sa formation d’aide-soignante en Alsace, elle se demande chaque jour quand elle pourra mettre la maladie derrière elle, souffrant encore d’une fatigue accablante neuf mois plus tard. 

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*prénom d’emprunt  

Voilà encore un cas qui ressemble à ce qu’on appelle le “Covid long” : des patients qui, plusieurs mois après avoir été contaminés par le coronavirus, ne parviennent toujours pas à s’en remettre. Nadia* de la Rivière Saint-Louis, qui fêtera ses 50 ans cette année, se rappellera toujours de cette fête de Pâques 2020, jour où elle a ressenti les premiers symptômes de la maladie. 

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Alors en Alsace, logée dans un petit hôpital de campagne pour y effectuer sa formation d’aide-soignante, même si elle est loin de sa famille Nadia décide ne pas déroger à la tradition et d’organiser un petit repas de Pâques avec quelques amis. “J’ai commencé à avoir des frisson, je me suis dit que c’était peut-être un rhume”. C’est finalement le Covid. “Mais la fièvre n’est pas montée au-delà de 38,5°C”, se rappelle-t-elle. 

En revanche, les autres symptômes sont au rendez-vous : perte du goût, perte de l’odorat, éruptions cutanées, problèmes digestifs, violentes quintes de toux… “J’avais ces rougeurs au niveau des cuisses qui m’irritaient tellement que je me réveillais en pleine nuit pour aller me mettre sous l’eau froide”, rapporte Nadia. Les troubles digestifs (remontrées gastriques et diarrhées) ne sont pas en reste, et lui ont fait perdre, dit-elle, “10 kilos en 5 semaines”, parce qu’elle ne “s’alimentait presque plus”. 

Le virus, elle pense l’avoir attrapé avec la collègue avec qui elle partageait alors sa chambre, ou plus globalement dans l’environnement de l’hôpital.

 

“J’ai flippé” 

 

Alors que le pays est encore confiné, Nadia passe par la téléconsultation pour échanger avec le médecin, chaque semaine. Nadia se surveille, d’autant qu’on parle beaucoup à l’époque des “comorbidités” qui aggraveraient la maladie. Elle, est diabétique de type 2, mais bien équilibré. “J’ai flippé”, lâche-t-elle. 

La quadragénaire se “soigne” comme elle peut, à l’aide de tisane à base de cannelle, citronnelle, gingembre et citron. “J’ai passé 5 semaines comme ça, pendant lesquelles mon lit était mon meilleur ami”, se rappelle-t-elle. Des semaines compliquées loin de son mari et de sa petite fille de 3 ans qu’elle a laissés à La Réunion le temps de sa formation. 

En outre, son médecin lui recommande “une surveillance accrue entre le 6ème et le 12ème jour”, période cruciale en raison d’un éventuel “choc cytokinique”. “Mais pour moi ça ne s’est pas passé comme ça. C’est seulement à la quatrième semaine après les premiers symptômes que j’ai commencé à ressentir une douleur dans la poitrine, comme une oppression, qui me causait une difficulté à respirer”. Le médecin souhaite alors la voir, et confirme que, même si Nadia n’a pas besoin d’hospitalisation, l’air circule difficilement dans ses poumons. En guise de traitement, étonnamment il lui prescrit de puissants antibiotiques et à forte dose. Alors que les antibiotiques n’agissent pas sur les virus, mais seulement les bactéries, même si dans certains cas ils peuvent être prescrits pour traiter des co-infections bactériennes. 

 

La “fatigue post-virale”, plus de neuf mois après 

 

Quoi qu’il en soit, ce traitement semble avoir eu son effet. Et après 5 semaines de symptômes, Nadia dit s’être réveillée avec “un regain d’énergie”, ou presque. Car le “calvaire”, comme elle-même le qualifie, dure toujours, malgré des symptômes moindres. “J’ai cette sensation de fatigue accrue, avec des baisses de tension, de la tachycardie, mais aussi, je n’arrive plus à retrouver le goût de certains aliments. Mais j’apprends à vivre avec”, décrit-elle. Selon son médecin, il s’agit d’une “fatigue post-virale”, mais ne sait pas combien de temps ça va durer. 

Sauf que ces symptômes peuvent l’handicaper dans ses fonctions, parfois très physiques, d’aide-soignante. Revenue à La Réunion en juillet après avoir validé sa formation, elle a commencé à exercer le métier en octobre. Or, la fatigue n’est jamais très loin. “Ce début de semaine par exemple (la semaine dernière, ndlr), j’étais complètement à plat. Donc je me réveille, je prends mon petit-déjeuner et je fais un peu de ménage, puis je suis obligée d’aller me recoucher avant d’aller travailler en début d’après-midi. Je suis en EHPAD avec des personnes âgées, qui nécessitent des toilettes au lit ou des soins très très lourds, c’est pas un métier facile”. 

 

“Avant, je me posais moi-même la question de savoir si ça existait vraiment”

 

Hormis la fatigue chronique, les remontées gastriques persistent également. Pour trouver un remède à ces maux, la Rivièroise a pourtant subi toute une batterie d’examens : prises de sang, exploration d’une éventuelle piste autour de l’apnée du sommeil, fibroscopie pour ses troubles digestifs… “Mais ils ne trouvent rien de particulier. Du coup le médecin m’a dit qu’il fallait apprendre à vivre avec. Ça plombe un peu le moral, on se demande combien de temps ça va durer”. 

Avec quelques mois de recul sur ce coronavirus, la Saint-louisienne avoue : “Avant, je me posais moi-même la question de savoir si ça existait vraiment, ou si c’était juste une grippe. Puis, j’ai été plongée dans le milieu de l’hôpital, dans le Grand Est où les pompes funèbres défilaient à tour de rôle. Psychologiquement c’était dur. Et puis j’ai aussi été contaminée. Il faut l’avoir vécu pour comprendre. Je me rends compte que c’est pris un peu à la légère”. Même si Nadia reconnaît qu’il ne faut pas non plus céder à la psychose. 

En témoigner aujourd’hui de son expérience du Covid est une démarche importante pour elle.  “C’est peut-être un moyen d’enlever un poids”, termine Nadia, qui parfois, a “eu peur de ne pas être crue”. 

 

*prénom d’emprunt 

 

 

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