[Société] Vivre après le Covid : Jessica et son mari contaminés par leur fille de 10 ans

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En décembre 2019, le monde découvrait le Covid-19. Depuis, la pandémie a fait plus de 2,35 millions de morts, et près de 107 millions de personnes (au 12 février) ont été contaminées par le virus à travers la planète.

À La Réunion, près de 11 000 cas ont été recensés depuis le 11 mars. Mais derrière ces “cas”, ce sont surtout des personnes, qui, chacune ont vécu le coronavirus de façon différente, tant dans leur ressenti des symptômes pendant la maladie, que des séquelles qui ont suivi. Plusieurs mois après avoir contracté le Covid, ces Réunionnais nous racontent comment ils ont vécu avec ce virus qui a chamboulé notre quotidien.

Aujourd’hui, rencontre avec Jessica, une dionysienne de 37 ans : contaminée en août dernier. Sa mère, sa fille et son mari l’ont également été. En fonction du membre de la famille touché, les symptômes et la gravité du virus ont été différent.

 

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Contaminés en quelques heures

 

Jessica raconte la volatilité, l’aspect impalpable du Covid-19 qui se transmet insidieusement d’une personne à une autre sans crier gare. Gramoune, enfant, adulte, il ne fait pas le tri. Cette contagiosité, on nous en parle depuis plus d’un an d’où les gestes barrières, la distanciation physique, le port du masque. Mais Jessica et sa famille l’ont vécu et les conséquences qui vont avec.

 

Fin août 2020, la dionysienne dépose sa fille de dix ans chez sa mère, quelques heures plus tard, lorsque Jessica récupère la petite, cette dernière lui dit « Mamie a de la fièvre, elle n’a pas pu faire à manger, elle tousse ». Les indices sont là, mais ce n’est que deux jours plus tard que Jessica percutera. La grand-mère a laissé ses petits-enfants venir alors qu’elle était atteinte des symptômes du virus « elle pensait que c’était une grippe, moi j’avais des doutes mais c’était déjà trop tard » souffle Jessica. Trop tard car deux jours après sa visite chez sa Mamie, la fille de Jessica est atteinte de maux de tête modérés, elle développe une forme « légère » du virus. Entre-temps, la grand-mère a été dépistée, elle est bien positive au Covid-19.

 

De la fillette aux parents

 

Mais l’histoire se complique car la marmaille va être vecteur du Covid-19, elle va contaminer ses parents. « J’ai commencé à avoir une fièvre intense, j’étais clouée au lit, je croyais que ma tête allais exploser, que j’allais mourir » relate Jessica. Sujette aux migraines, elle raconte n’avoir jamais ressenti une telle douleur « ma tête était devenue une cocotte-minute, j’étais également prise d’asthénie, une très grosse fatigue. Je me levais, je faisais 6-8 mètres et je n’avais plus la force d’en faire plus. J’ai passé une dizaine de jours à dormir, j’étais réveillée à peine 3 heures par jour ».

 

Contrairement à sa fille, Jessica développe une forme plus grave du maladie. Et ce n’est pas tout, d’autres symptômes font leur apparition « j’ai commencé à avoir des éruptions cutanés, au départ, de petits boutons sont apparus au niveau de ma bouche, puis sur le torse et tout le haut du corps ». À cette époque, ces problèmes de peau n’étaient pas encore considérés par la communauté médicale comme un symptôme du virus. Et la liste n’est pas encore terminée, quinze jours après le « gros de la crise », le Covid-19 va encore faire des siennes, Jessica est atteinte d’asthme allergique, elle va développer des problèmes respiratoires aggravés par le virus.

 

Les symptômes varient d’un membre de la famille à l’autre

 

Quant à son mari, les premiers symptômes vont apparaître deux jours après Jessica, quasiment les mêmes, il faut ajouter la perte du goût et de l’odorat. « Pour le goût, c’était plus complexe que ce qu’on raconte, il y a une perte du goût mais aussi une modification, tout ce qu’il mangeait ou buvait qui était chaud avait le goût du souffre, c’était insupportable pour lui. Et il ne sentait plus les textures non plus ».

 

Au plus fort de la crise, le couple se soutient dans cette épreuve « quand l’un de nous avait un peu plus de force, il motivait l’autre à prendre une douche, à faire des choses, à ne pas se laisser aller ». Jessica raconte qu’elle n’a jamais été confrontée à pareils maux en 37 ans « je ne vais pas dire que j’ai préparé mon testament mais pendant trois nuits, la douleur était tellement intense que je ne pensais pas me réveiller le lendemain, rien que d’y repenser, c’est difficile » raconte-t-elle le souffle court.

 

La Mamie se soigne au rhum tisane

 

Pendant ce temps-là, la mère de Jessica, 61 ans traverse également une période difficile, pour elle, la forme est encore plus sévère « elle n’arrêtait pas de tousser, ne quittait quasiment plus son lit et se nourrissait à peine. Elle a refusé d’être hospitalisée pour des raisons qui lui sont propres ». Finalement, la sexagénaire s’est soignée au rhum tisane durant quatre jours, « après cette ‘cure’, elle respirait et se portait beaucoup mieux » indique Jessica, soulagée.

 

Il a fallu plusieurs semaines pour que cette famille « où tout le monde était en bonne santé » puisse s’en remettre et reprendre une vie normale. Quasiment six mois après cette mésaventure, les séquelles ont disparu mais le choc est encore là.

 

Jessica a été surprise par la réaction de certains de ses proches « certains pensaient que le virus n’existait pas. On nous a même invités à des événements festifs, des anniversaires etc, en me disant ‘ne t’inquiète pas, on ne dira pas aux autres que vous êtes malades’ et nous, on refusait d’y aller pour ne protéger les autres, nous n’avions pas honte. Mais c’était fou de voir à quel point certains prenaient ce virus à la légère » déplore Jessica.

 

Une “expérience” douloureuse

 

La trentenaire raconte qu’elle n’aurait jamais cru être contaminée par le Covid-19 dans sa sphère familiale « je suis assistante dentaire, je m’étais faite à l’idée que malgré les protections, il y avait une infime probabilité d’attraper le coronavirus sur mon lieu de travail mais je n’aurais jamais pensé être contaminée dans ma vie privée ».

 

La mère de famille souhaite aujourd’hui alerter, notamment sur le port du masque obligatoire dans les salles de classes pour les enfants de 6 à 11 ans. La mesure entrée en vigueur lundi dernier et a suscité une levée de bouclier côté parents d’élèves mais pour Jessica, elle est nécessaire « je comprends ces parents, c’est inconfortable et une contrainte surtout sous cette chaleur mais le masque protège car les enfants, notre histoire le prouve, transmettent le virus, c’est un fait ».

 

FH

 

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