[Société] Vivre après le Covid : Franck, 31 ans, raconte sa violente rencontre avec le virus

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En décembre 2019, le monde découvrait le Covid-19. Depuis, la pandémie a fait plus de 2,1 millions de morts, et près d’un milliard de personnes (au 26 janvier) ont été contaminées par ce virus.

À La Réunion, près de 9 900 cas ont été recensés depuis le 11 mars. Mais derrière ces “cas”, ce sont surtout des personnes, qui chacune ont vécu le coronavirus de façon différente, tant dans leur ressenti des symptômes pendant la maladie, que des séquelles qui ont suivi. Plusieurs mois après avoir contracté le Covid, ces Réunionnais nous racontent comment ils ont vécu avec ce virus qui a chamboulé notre quotidien.

Aujourd’hui, rencontre avec Franck, 31 ans, du Tampon : contaminé en métropole, il l’a aussi transmis à ses deux parents. Son père en est décédé. Il nous livre le récit de cette violente rencontre avec le coronavirus. 

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C’est afin de reprendre ses études que Franck, 31 ans, décide de s’envoler vers Cahors, dans le Lot, au deuxième semestre de 2020. Avec lui, son père et sa mère, qui viennent l’aider à s’installer. Le Réunionnais originaire du Tampon souhaite décrocher sa licence en maintenance de matériel médical, et rejoint donc la métropole afin d’y poursuivre son cursus. 

C’est à la mi-septembre, alors que le nombre de cas de Covid recommence à grimper après l’été, que le trentenaire est contaminé par le Covid, “malgré le respect des règles barrières strictes”, souligne-t-il. “À la fac, je savais qu’il y avait des cas, donc on se protégeait. Je portais le masque et j’avais même ma propre bouteille de gel, pour éviter d’avoir à toucher celle de la fac”, détaille Franck. 

Mais le coronavirus a su faire fi de ses précautions. Mi-septembre, l’étudiant est testé positif au virus. “Je n’avais pas vraiment de symptômes. J’avais des douleurs musculaires et des maux de tête, mais ils étaient habituels chez moi. Et puis, vers la fin septembre, j’ai perdu le goût et l’odorat”, se souvient Franck. Le médecin le diagnostique comme asymptomatique, et lui demande de s’isoler pendant 7 jours, à l’issue desquels il se fait à nouveau tester. Le test est encore positif, et entraîne à nouveau 7 jours d’isolement. 

Son expérience du Covid aurait pu s’en arrêter là si sa mère, en métropole avec lui, ne l’avait pas attrapé à son tour. “J’ai hélas contaminé mes parents”, soupire Franck.

 

Lui asymptomatique, de violentes douleurs pour sa mère, et le pire pour son père 

 

Âgée de 64 ans, elle commence à ressentir de la fièvre. C’est alors qu’elle se rend chez un médecin afin de dissiper ses doutes. “Le médecin lui a dit que c’était la grippe, et qu’il ne fallait pas tout mettre sur le compte du virus”, se souvient Franck. Aucun dépistage ne lui est alors prescrit. Mais toujours pas rassurée, sa mère se rend chez un autre médecin plus tard, et celui-ci lui prescrit un test. Dont le résultat se révèlera positif au coronavirus. 

Au fil des jours, la sexagénaire développe d’autres symptômes : de très fortes douleurs musculaires et articulaires, ainsi que des maux de tête intenses, sans oublier la perte du goût et de l’odorat. “C’était impossible pour elle de manger, elle est restée dans le lit sans bouger pendant plus de trois jours”. Celle qui était déjà passée par le chikugunya il y a une quinzaine d’années estime le niveau de douleur du Covid “bien pire”. 

Alors que l’état de sa mère s’améliore lentement, au tour de son père de contracter le Covid lui aussi. Au début, rien n’indiquait qu’il allait être victime d’une forme grave. “Mon père avait perdu le goût et l’odorat, mais il allait bien…”. Mais pendant la dernière semaine du mois de septembre, son état se dégrade. L’ambulance le transfère à l’hôpital une première fois. “Il avait une forte fièvre, et des difficultés à respirer, il n’arrivait plus à s’alimenter”, témoigne le fils. Mais l’hôpital considère son état stable et le renvoie s’isoler à domicile. 

 

“Il s’est battu durant un mois et demi pour finalement décéder le 14 novembre 2020”

 

Deux jours plus tard, l’état de l’homme de 68 ans ne s’est toujours pas amélioré, au contraire. Il prend une nouvelle fois la direction des urgences, est hospitalisé, et dans les premiers jours d’octobre, les médecins décident de le plonger dans le coma et de l’intuber, face à sa grande détresse respiratoire. Un coma dont le père de Franck ne ressortira malheureusement pas. 

“Il s’est battu durant un mois et demi pour finalement décéder le 14 novembre 2020”, soupire le trentenaire. “Les derniers mots que j’ai pu lui dire avant qu’il soit dans le coma furent “à demain”…”. Pendant ces semaines, impossible pour Franck de voir son père. Seule sa mère, désignée comme la personne de confiance pour accéder à la chambre, est présente à ses côtés. “C’était assez compliqué”. Compliqué pour lui, qui se retrouve dans l’obligation de rester à l’extérieur de la chambre, comme pour ses deux soeurs et son frère, eux restés à La Réunion. “Ils n’auront pas pu revoir mon père, parti en métropole avec moi depuis le mois de juin”, lâche-t-il. 

 

“Il ne faut pas avoir peur en continu, mais quand même avoir en tête que ça n’arrive pas qu’aux autres” 

 

Le décès de son père laisse la famille tout comme le corps médical dans le désarroi. “C’est un cas incompréhensible d’après les médecins, car il était en pleine santé : 68 ans et aucune co-morbidité. Jamais il n’avait été malade dans sa vie, en tout cas, jamais rien de plus qu’une grippe de temps en temps”, observe Franck. Il n’en veut pas pour autant à l’hôpital d’avoir renvoyé son père chez lui une première fois, mais plutôt au premier médecin vu par sa mère, qui n’a pas jugé utile de leur prescrire un dépistage Covid. “Mon père n’allait jamais chez le médecin, mais il prenait beaucoup de tisanes et autres pour renforcer son système immunitaire. Mais on se dit que s’il avait été prévenu avant, il aurait peut-être eu une chance de renforcer son organisme. Mais ce qui est fait est fait”. 

Si aujourd’hui le Réunionnais de 31 ans ne garde pas de séquelles du Covid à proprement parler, exception faite du goût et de l’odorat qui reviennent et repartent aléatoirement et de soudaines douleurs intestinales que les médecins supposent être un effet secondaire, il a fait l’amère expérience d’une maladie qui “peut arriver à n’importe qui et à n’importe quel moment”.  “Je le répète souvent, on ne meurt pas du Covid mais de ses complications. Il ne faut pas avoir peur en continu, mais quand même avoir en tête que ça n’arrive pas qu’aux autres”, insiste-t-il. 

Sa mère, restée à ses côtés en métropole, a elle aussi le goût et l’odorat fluctuants, avec de fortes démangeaisons par moments, près de cinq mois après. Franck poursuit désormais sa licence en vue d’obtenir son diplôme au mois de mars, pour pouvoir revenir à La Réunion et devenir dépanneur de matériels médicaux, spécialisé dans les respirateurs. Une façon pour lui “d’aider les gens” dans cette épidémie dont il a largement souffert.

 

J.CTS 

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