[Société] VIDÉO – Inceste : à 14 ans, Marie-Isabelle est tombée enceinte de son bourreau, son cousin

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L’histoire de Marie-Isabelle est celle de milliers d’enfants, à La Réunion et à travers le monde. Celle d’une fillette violée par un proche. Celle d’une petite fille abandonnée par sa famille. Celle d’une enfant qui a du se battre seule contre son bourreau. Des viols répétés qu’elle a subi est né un enfant. Marie-Isabelle a mis plus de trente ans avant d’enfin pouvoir le dire : elle est une victime, une survivante.

Marie-Isabelle a à peine douze ans quand son cousin la viole pour la première fois. Elle subira ses assauts un nombre incalculable de fois durant plusieurs années. L’adolescente a essayé d’échapper à son bourreau mais comment une fillette peut-elle résister à un adulte ? Pour arriver à ses fins, l’homme lui fait du chantage affectif, il menace de se suicider. L’enfant pense alors que la vie de son cousin repose sur ses frêles épaules. Il ment, abuse d’elle encore et encore. Elle tente de lui résister, lui crie « non » mais il n’est pas entendue.

 

Sa famille ne la croit pas

 

Marie-Isabelle garde le secret sur ces viols incestueux. Car la réalité est trop difficile à affronter, car à cette époque, ses parents sont en cours de séparation et qu’elle ne veut pas « en rajouter une couche ». Mais au pied du mur, elle finit par se confier car à quatorze ans, l’adolescente tombe enceinte de son bourreau. Une enfant qui attend un enfant. Une image insoutenable. Sa mère le découvre quand elle est à six mois de grossesse. Elle donne le nom du père de l’enfant, son entourage ne la croit pas. Au lieu de victime, Marie-Isabelle est jugée coupable par ses proches. Insultée, menacée, intimidée… Sa famille l’accuse d’être responsable de son sort.

 

Une battante

 

Mais la petite ne démonte pas, elle se bat de toutes ses forces. Elle porte plainte et est convoquée au commissariat, elle s’y rend avec sa mère car elle est mineure. À la du poste de police, sa mère lui demande pourquoi elle s’acharne à jeter l’opprobre sur la famille. Marie-Isabelle n’a jamais su ce qu’était devenue sa plainte. Le vide, le néant.

 

Un long cheminement

 

Elle a enfoui au plus profond d’elle même cette sordide histoire, pour avancer, pour s’en sortir, mais le chemin a été long, pendant des décennies, elle a vécu comme un fantôme, ne sortant de chez elle que pour se rendre chez le médecin. Elle a fait sa vie, eu d’autres enfants mais le traumatisme s’est réveillé au bout d’une trentaine d’années. Cette fois, Marie-Isabelle a eu la force d’affronter cette histoire, ces viols incestueux commis par son cousin.

 

Aujourd’hui, elle met des mots sur ses maux, réalise qu’elle est victime, qu’une enfant ne peut pas se défendre face à un adulte, qu’elle n’était pas consentante. Elle dit avoir pardonné. La quadragénaire raconte son histoire pour que des petites filles ou des garçons victimes des mêmes horreurs osent briser le tabou et que leurs familles soient prêtes à les écouter et les soutenir. Mais aussi pour que les auteurs d’inceste cessent et prennent conscience qu’ils brisent des vies. Marie-Isabelle se met à nu, son récit est ponctué de sanglots car la douleur est toujours là, elle la poursuivra sans doute toute sa vie. « Quand on a été victime d’inceste, on est brisé, démoli » dit-elle.

 



En écho au mouvement national, le collectif Eliana qui rassemble 22 associations réunionnaises qui luttent contre la maltraitante infantile sous toutes ses formes a lancé le #Metooinceste974. Le collectif dénonce « un système de protection de l’enfance multi-défaillant ». Il souhaite briser ce « sacro-saint tabou », que les victimes prennent la parole et que la honte change de camp. Mais également pour que l’inceste soit reconnu comme un crime et non plus comme une circonstance aggravante. C’est donc tout un système qu’il faut repenser. Le collectif Eliana voudrait que les pouvoirs publics, les acteurs du judiciaire et du monde politique prennent cette problématique à bras-le-corps. Le collectif réclame aussi que les crimes incestueux deviennent imprescriptibles, contrairement à aujourd’hui où la prescription est de trente ans.

 

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FH

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