[ad_1]
“Je regrette, mais non, on n’est pas tous fonctionnaires. Moi j’ai fini comme esclave” : telle est la réponse de Jean-Charles Serdagne à ceux qui estiment que les “Enfants de la Creuse” ont eu une vie plus heureuse en métropole que s’ils étaient restés à La Réunion. Car, parmi les plus de 2000 mineurs isolés, “exilés” vers 83 départements de métropole entre 1964 et 1982, il y a eu des parcours plus éprouvants que d’autres. Difficile donc, pour celui qui aujourd’hui habite dans le Limousin, de faire comme si de rien n’était. Même si ce mercredi c’est dans une ambiance conviviale et bon enfant que nous retrouvons une poignée de ces ex-mineurs au FOS-PTT de Trou d’Eau, les histoires racontées sont, elles, parfois empruntes d’amertume. “On m’aurait dit qu’on m’envoyait en France pour faire des travaux de la ferme comme esclave, j’aurais préféré rester ici dans la misère”, poursuit Jean-Charles, arrivé dans la Creuse en 1966 à l’âge de 13 ans.
C’est quelques années avant que son périple commence, quand la DDASS (Direction départementale des affaires sociales et sanitaires) l’enlève à sa mère pour le placer à la pouponnière de Saint-Denis. Plusieurs foyers après, la DDASS l’envoie en métropole pour soi-disant apprendre le métier de dessinateur industriel. Chose qu’il n’aura jamais eu l’occasion de faire, puisque le voilà, jeune adolescent, catapulté dans une ferme de la Creuse pour y travailler, “7 jours sur 7”. On m’a dit dit +Tu travailles, tu manges, donc t’es bien, tu n’as rien à dire+”.
“Raviver un peu les souvenirs de La Réunion, ça fait toujours du bien”
Serge Tetry, 67 ans lui aussi, a connu un parcours similaire. L’originaire de Bras-Panon, après avoir été balloté de droite à gauche avec sa soeur au décès de ses parents, est envoyé en métropole dans un orphelinat du Cantal tenu par des religieux. A 13 ans, il apprend le métier d’agriculteur dans une famille, sur une petite exploitation. La vie y est dure. Serge fugue et atterrit en maison de correction pendant 2 ans, sans savoir exactement pourquoi. Puis il obtient son CAP de peintre en bâtiment, et fait l’armée. Des années de galère, au bout desquelles il finit par devenir routier, fonder un foyer, se marier, avoir des enfants.
“Raviver un peu les souvenirs de La Réunion, ça fait toujours du bien, même si ça aurait été mieux si on avait une case, papa, maman, pour nous accueillir”. A plusieurs reprises, il est revenu sur son île natale, sans arriver à se sentir chez lui. Il dit s’être senti un peu comme un touriste, alors qu’il aurait “bien voulu avoir plus, des informations, un soutien moral”. “La Réunion nous a oubliés, mais moi, je n’ai pas oublié La Réunion”, raconte celui qui ce midi s’occupe de la cuisine, s’affairant devant une marmite de rougail saucisses. Mais il ne se voit pas revenir finir sa vie ici pour autant.
Le voyage de la “réconciliation” avec le passé
Pour d’autres, comme Guyto Apaya, 72 ans, l’important est de relativiser. Lui a quitté l’île en 1963, à l’âge de 15 ans, a eu une ferme de l’Oise pour point de chute. Il y passe quelques années, alternant entre les journées de travail agricole et l’école. Et travaillera ensuite dans une usine de fabrication de tracteurs. Le reste, il en parle peu. “A un certain âge, on peut pas sans cesse revenir en arrière, la vie continue à avancer”, lâche-t-il.
Quoi qu’il en soit, tous sont contents de faire partie de ce grand voyage à La Réunion. Voyage qui, on le comprend vite, rouvre certaines plaies, mais peut-être pour mieux les cicatriser. Car ils sont unanimes : ils sont venus à la fois tenter de tourner une page de leur passé, mais aussi se remémorer les quelques années vécues à La Réunion avant d’en être arrachés. “Retrouver d’autres collègues, se rassembler, ça nous rappelle un peu les souvenirs de quand on était petits, placés ensemble dans les foyers”, sourit Jean-Charles. Serge plussoie : “C’est un genre de réconciliation. Au fond je suis heureux”.
Johanne Chung To Sang
[ad_2]
Source link

Have something to say? Leave a comment:
