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En Guyane, en partenariat avec l’Agence régionale de santé, Super U offrait des bons d’achat de 5 euros aux 2 000 premières personnes vaccinées. En quelques heures, la polémique sur les réseaux sociaux a eu raison de cette campagne surprenant et déplacée. Un commerce de la misère et de la santé de mauvais goût, du jamais vu dans l’histoire de la médecine.
Alors que la vaccination piétine dans ce département et que le variant brésilien circule activement, l’État a choisi « d’appâter » la population d’une manière inédite. Un partenariat avec la seule grande surface de Saint-Laurent de Maroni censé inciter la population environnante à se faire vacciner. 5 petits euros, voici le prix de la santé des habitants de la deuxième commune la plus peuplée du territoire après Cayenne.
Le message a été mal reçu, très mal reçu et ça se comprend. Les appels au boycott de la grande surface se sont multipliés sur les réseaux sociaux. « Je boycotte Super U s’il ne supprime pas cette atteintes aux libertés fondamentales » s’indigne un twittos. « Ce commerce sur la misère et la santé est honteux et foule aux pieds tous les principes » s’insurge le députée européen réunionnais Younous Omarjee. « Quand la grande distribution vient au secours des pouvoirs publics… en espérant des retombées commerciales ? » s’interroge la journaliste de France 2 Cécile Loïal. « Maintenant, vous payez les gens pour se faire vacciner ? » se demande un twittos quand un autre se questionne sur « le deal » entre Super U et le gouvernement dans cette affaire. « Bientôt les vaccins AstraZeneca et Pfizer casés entre les pâtes et les boîtes de conserve dans les rayons des Super U » plaisante une internaute.
Colère, consternation, interrogations… Quoi qu’il en soit, cette campagne de l’ARS de Guyane ne passe pas. Ce partenariat avec une grande surface ne passe pas. Ce bon d’achat de 5 euros pour se faire vacciner ne passe pas. « Maladresse », « couac », « erreur de communication », aucun terme n’est assez fort pour qualifier cette campagne intolérable. Pire encore, ce type de projet est pensé bien en amont, validé sur plusieurs échelons, passe entre les mains de dizaine de personnes mais il semblerait qu’aucune d’elles n’ait vu à quel point ce projet était déplacé?
Derrière ce dispositif, une forme de crédit social qui a de quoi inquiéter. Une instrumentalisation de la santé des Guyanais à des fins commerciales qui suscite des interrogations. Quelles sont les limites ? La crise sanitaire est-elle devenue le prétexte à tout ? Comment l’ARS et cette l’enseigne ont-elles pu penser qu’exploiter la misère d’une partie de la population serait une solution acceptable pour inciter à la vaccination ? Comment l’État a-t-il pu se penser une seconde qu’un partenariat avec un distributeur créerait l’émulation attendue ? Car s’il y a bien un secteur qui a bénéficié de l’effet d’aubaine de cette crise sanitaire, c’est la grande distribution. Ces commerces essentiels n’ont jamais fermé leurs portes depuis le début de la crise contrairement à d’autres et cela s’est vu sur le chiffre d’affaires de l’année dernière.
Suite au tollé provoqué sur les réseaux sociaux et dans la classe politique guyanaise, le dispositif a été abandonné, il a tenu à peine deux jours. Mais il a fallu un soulèvement et la condamnation publique pour que l’Agence régionale de santé de Guyane et le Super U de Saint-Laurent de Maroni fassent marche arrière et comprennent que la santé des gens n’est pas un business et qu’exploiter la misère sociale n’a rien d’humain.
Et les bons d’achat qui n’ont pas été distribués, maintenant qu’ils sont imprimés, les donner à des associations qui s’occupent de personnes dans le besoin, ça permettrait peut-être d’aider réellement des gens…
F.H.
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