[Société] Saint-Gilles : Des clients lancent une collecte pour sauver leur bar préféré

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Sans aucune activité depuis plus de deux mois, les bistrots, cafés ou encore restaurants de l’île peinent à s’en sortir. A La Réunion, par crainte de voir leur bar préféré être fermé, des clients ont lancé une cagnotte pour aider les gérants. Un beau geste de solidarité, qui leur a mis du baume au cœur, pendant une période compliquée.

 

Certains lieux n’ont pas encore connu le déconfinement comme les cafés, bars et restaurants. Ces établissements subissent de plein fouet la crise. Sans clients, pas d’entrée d’argent tandis que les charges, elles, continuent de tomber. Cette situation, Arnaud et Esteban gérants du bar Les toiles noires, la connaissent bien. “Le contexte est compliqué. On a fermé assez brutalement, ça s’est passé du jour au lendemain. On ne sait pas ce qui va se passer, alors qu’on aurait déjà dû démarrer la haute saison”, explique Arnaud. Leurs deux salariés ont été mis au chômage partiel, tandis que les patrons ne se sont par versés de salaire depuis mars. Comme de nombreuses entreprises, ils ont bénéficié du fonds de solidarité, “après quelques galères administratives”, et grâce à de rudes négociations pour échelonner les charges, ils ont pu garder la tête hors de l’eau.

 

Situé à Saint-Gilles, l’établissement a ouvert ses portes en 2018. Assez atypique, on y trouve des espaces dédiés aux jeux vidéo, anciens ou modernes, ainsi que des jeux de société. En parallèle, des événements gravitant autour de l’univers geek y sont régulièrement organisés, attirant chaque semaine un petit groupe de clients réguliers. “Nous sommes devenus une sorte de famille. Les plus fidèles participent à l’animation, à la vie du bar”, explique Arnaud. Voyant les gérants inquiets et désarçonnés face à la situation, ces clients devenus amis, ont lancé une cagnotte dans le plus grand des secrets. C’est Delphine, qui habite dans l’Ouest, qui est à l’initiative du projet. Elle a très vite été rejointe par d’autres membres de la “LTN Family”, qui refusent de voir leur bar préféré mettre la clé sous la porte. “Pendant le confinement, on se retrouvait tous les soirs sur Discord, on jouait, discutait, échangeait. Avec la crise du Covid, on a compris que ce n’était pas facile pour eux de payer les crédits et le loyer, même s’ils n’en parlaient pas beaucoup. Avec les clients habituels, on a créé une conversation sur Facebook et on a mis en commun nos idées pour les aider rapidement”, détaille-t-elle. Le petit groupe a lancé discrètement la cagnotte le 16 mai dernier. Le lien a circulé dans plusieurs cercles et très vite les dons se sont multipliés. “Tous les clients, ont donné ce qu’ils pouvaient. Les sommes variaient entre 1 euro et 385 euros. Certains ont mis l’équivalent de leur consommation sur deux mois”, se réjouit la cliente.

 

Des sous et du soutien

 

Au bout de quelques jours, ils ont annoncé la bonne nouvelle à Arnaud et Esteban, toujours via visioconférence. “J’ai pleuré de joie, il y a eu beaucoup d’émotion”, raconte Arnaud. A ce jour, le montant récolté s’élève à plus de 4000 euros. Au-delà des sous, cet élan de solidarité a surtout touché au cœur les gérants, dans une période plutôt sombre. “Nous ne sommes pas forcément soutenus par les banques et les assurances. C’est pour ça que cette cagnotte, ce beau geste de nos clients nous donne la patate pour persévérer. C’est le moment de mettre les bouchées doubles pour rattraper les pertes d’exploitation. On est motivés pour profiter au maximum de juin, juillet et août”, lance le gérant avec optimisme. Grâce à cela, ils ont pu démarrer des petits travaux pour pouvoir accueillir le public en sécurité. En complément, des solutions hydroalcooliques vont être positionnées à proximité du matériel, des ordinateurs et des Playstation. Tout devrait être prêt pour la réouverture qui, au moment où ces lignes sont écrites, serait programmée pour le 2 juin. Dans ce flot d’informations aussi négatives les unes que les autres, cette histoire redonne le sourire et de l’espoir pour la suite.

 

 



 

Les cafés, bars, restaurants et hôtels font partie des derniers établissements à ne pas être autorisés à rouvrir. Cet arrêt de l’activité est un gros coup dur pour l’ensemble de la profession, à l’aube de la haute saison. Patrick Serveaux, le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (UMIH) fait le bilan.

 

Dans quel état d’esprit est la profession ?

 

Le moral est à zéro depuis le 18 mars, date à laquelle l’activité s’est arrêtée pour les bars, restaurants et hôtels.

 

Quelle est l’ampleur de la crise ?

 

Il n’y a pas encore de chiffres officiels qui évaluent les pertes. Mais sachant qu’on estime à 1 milliard d’euros le chiffre d’affaires du tourisme local et extérieur et que les cafés, hôtels et restaurants (CHR) représentent 70% de ce total, cela correspond à plus de 115 millions d’euros de pertes, pour ces deux mois d’arrêt. Toutefois, le taux des réservations était déjà bas avant le confinement et la reprise d’activité se fera sûrement progressivement, donc elles seraient plutôt de l’ordre de 200 millions pour les CHR.

 

Des établissements ont-ils déjà mis la clé sous la porte ?

 

Quelques établissements vont fermer en effet mais heureusement ce n’est pas la majorité. Les restaurateurs et hôteliers sont des gens résistants. Chacun puise dans ses ressources pour rebondir.

 

Les aides débloquées dans l’urgence ont-elles été suffisantes ?

 

Les aides du gouvernement, de la sécurité sociale ou encore de la Région ont permis aux chefs d’entreprise de passer ce cap difficile. Le chômage partiel a notamment été d’un grand secours. Mais elles ne seront pas suffisantes pour tenir des mois et des mois. Les gérants doivent pouvoir payer les charges et les loyers.

 

Quelles sont les conditions de réouverture ?

 

Tout sera dans la charte, établie au national. Nous nous sommes battus pour que la règle des 4m² ne soit pas appliquée pour nos métiers. Ce n’est pas réalisable, surtout pour les petits établissements qui ont une capacité d’accueil réduite. Certaines règles sont conseillées, d’autres seront obligatoires. Il faut par exemple que la clientèle puisse se laver régulièrement les mains et interdire les menus plastifiés qui passent de client en client.

 

Que faut-il mettre en place pour que les entreprises surmontent la crise ?

 

D’une part que les assureurs interviennent plus. Ils veulent débloquer 1 milliard, mais cela ne correspond qu’à 10% ou 15% des pertes. C’est insuffisant au regard des primes qu’ils perçoivent. D’autre part, au niveau de l’UMIH, on souhaite également accompagner nos adhérents dans cette transition. Avec plusieurs partenaires, nous voulons proposer des formations courtes de 4h à 8h pour mieux préparer la reprise.

 

Avez-vous un message pour rassurer les clients ?

 

Le risque zéro n’existe pas. Il faut absolument conserver les gestes barrières, les mesures de distanciation, mais la situation à La Réunion n’est pas la même qu’en Ile-de-France. Pendant plusieurs jours nous n’avons eu aucun cas et aucun patient en réanimation, ce qui est positif. Notre position est enviable, même s’il faut continuer à être rigoureux.

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clicanoo

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