[Société] Reconfiner ou pas La Réunion ? On a posé la question à des médecins

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“L’épidémie regagne du terrain, et c’est maintenant qu’il faut intervenir”, s’exprimait hier midi le Premier ministre. Brandissant le spectre du reconfinement, alors que 21 départements de France sont désormais classés “rouge”, dépassant des seuils d’alerte. La Réunion, pour l’instant, y échappe, même si comme le soulignait mercredi le Dr Bernard-Alex Gaüzere, le taux de positivité est désormais de 2,5% sur l’île ; le seuil d’alerte est atteint à 5%. Alors, que penser de l’hypothèse d’un reconfinement, d’une ville, de plusieurs, ou de la totalité de l’île ? 

 

Des mesures déjà adoptées

 

Pour le Dr Christine Kowalczyk, présidente de l’Union régionale des médecins libéraux de l’Océan indien (URML OI), il est encore trop tôt. “Des mesures ont été prises. On va laisser le temps à la population de les adopter, bien que ce soit dommage que le port du masque ne soit pas généralisé, et que d’une rue à l’autre ça soit différent”, répondait-elle, interrogée ce lundi. “Mais il faut qu’on le généralise nous-même, parce que l’Etat ne le fait pas”. 

Même son de cloche pour le Dr Bernard-Alex Gaüzere, ancien chef du service de réanimation au CHU Nord. “Pour l’instant ça ne se passe pas trop mal : les gens portent le masque dans la rue, au marché, et il sera bientôt obligatoire en entreprise, ce qui est une bonne chose. Car 25% des clusters se forment au travail, à l’échelle nationale. Et encore, tout le monde n’est pas rentré encore !”, explique le professeur visiteur de médecine tropicale à l’université de Bordeaux. Parfois contraignant, mais inévitable, son utilisation doit devenir une question de “bon sens”, fait-il remarquer. “Dans un bureau, s’il y a deux personnes, les deux doivent porter le masque, et pas une seule”. 

 

Un confinement qui tient à la capacité des services de réanimation

 

Au-delà, les deux médecins soulignent que c’est l’état des capacités hospitalières, et surtout en réanimation, qui doit déterminer un éventuel reconfinement. “Il faudra reconfiner si le système sanitaire est saturé, quand on n’aura plus de place en réanimation. Alors, la situation sera limite”, s’inquiète Dr Christine Kowalczyk, regrettant par exemple que les mariages continuent à se tenir. “Il faudra faire un choix entre l’économie et la santé”. 

Dr Bernard-Alex Gaüzere souligne que de toute façon, c’est le gouvernement qui devra avoir le dernier mot sur un éventuel reconfinement, et qu’il faut pour l’instant respecter les mesures prises à l’échelle de villes ou de départements pour limiter les rassemblements sur la voie publique ou les ouvertures de commerce, comme l’a fait Marseille par exemple. Mais “le reconfinement total semble exclus”. 

 

Le danger se trouve désormais à l’intérieur

 

De toute façon, c’est à l’intérieur des maisons que se situe le réel problème. Sachant que le risque de contamination est 20 fois plus élevé à l’intérieur, selon le Dr Gaüzere, c’est la tenue de fêtes de baptême, d’anniversaire, de mariage, veillée en cas de décès, et autres rassemblements qui inquiète la communauté médicale, craignant l’apparition de clusters.

Le Premier ministre demandait d’ailleurs aux Français, lors de sa prise de parole hier, d’éviter si possible les fêtes de famille. “Il y a un niveau d’insouciance assez important au sujet de ce que nous faisons dans nos maisons, comme les réunions familiales et amicales”, prévient le Dr Gaüzere, qui, parmi les cas investigués, constate que des patients ont assisté à des mariages ou des “repas de 100 personnes”. “C’est ça qui pose problème : dans ces rassemblements, les gens s’embrassent, se serrent la main…”. 

 

“Ceux qui sont contaminés, ce sont ceux qui n’ont pas respecté les gestes barrière”

 

“On voit bien qu’en ce moment, ceux qui sont contaminés, ce sont ceux qui n’ont pas respecté les gestes barrière”, tient à préciser le Dr Kowalczyk. L’URML OI a bien essayé de prévenir le ministère de l’Outremer il y a quelques jours lors de la visite sur l’île, déplorant entre autres l’absence de directives claires au niveau des écoles, ou le fait que le dépistage à J+7 n’ait toujours pas été rendu obligatoire pour les voyageurs. L’Union des médecins libéraux réclamait en outre l’expérimentation des tests salivaires, qui pourrait être mise en place à l’aéroport pour les voyageurs à leur arrivée. “On a été écoutés, mais je ne sais pas si on a été entendus”, soupire la présidente de l’URML OI. 

Si la communauté médicale est aussi anxieuse, c’est notamment parce que presque un quart des cas est asymptomatique. Tout aussi inquiétant, environ 50% des contagions s’effectue lorsque la personne contaminée n’a pas encore de symptômes… “Il y a aussi la catégorie des pauci-symptomatiques”, prévient le Dr Gaüzere, soit toutes les personnes Covid-positives qui présentent peu de symptômes, et ne se pensent pas malades. 

 

“Maintenant, être malade, c’est ne pas avoir de signe, et être certainement plus contaminant que les autres”

 

Or, on fait moins attention quand on ne sait pas qu’on a le Covid… et on risque davantage de le refiler à ses proches ou ses collègues. “On a l’image de la personne malade qui a de la fièvre, qui reste au lit. Mais maintenant, être malade, c’est ne pas avoir de signe, et être certainement plus contaminant que les autres, parce qu’on ne prend pas de précaution”, termine Dr Bernard-Alex Gaüzere. 

Ce qui mène donc à cette conclusion : finalement, le reconfinement de l’île tiendrait, à ce stade de l’épidémie, au respect de la distanciation sociale, du port du masque, et du lavage des mains, et ce, qu’on ait des symptômes ou pas. 

 
 

J.CTS

 

 



L’option de l’auto-isolement 

 

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Prendre les devants pour éviter un reconfinement généralisé ? Une option intéressante que n’hésite pas à prôner le Dr Kowalczyk. “Je préconise l’auto-confinement dans cette situation où l’Etat n’émet pas de directive particulière et ne prend pas les devants. Alors faisons-le en avance. Par exemple en évitant d’aller voir des gens le week-end, en limitant les rapports sociaux, en ne se rendant pas à des mariages…”, nous répondait-elle, interrogée lundi dernier. Une limitation de sa vie sociale pour éviter les clusters et la saturation du système. “Si les gens s’auto-controlent spontanément, on n’évitera pas l’épidémie, mais on fera en sorte qu’elle aille tout doucement”. 

Le Dr Gaüzere affirme lui aussi qu’il s’agit d’une “bonne stratégie” que d’éviter la foule dans la rue, comme à l’intérieur. “Eviter les restaurants, surtout en intérieur, ou d’aller à des pots, des repas de famille ou des anniversaires, actuellement, c’est une bonne attitude”, dit le professeur en médecine tropicale, suggérant une vie “à la japonaise” dans le milieu amical et familial. “Il faut se méfier de l’autre, même si c’est difficile à accepter. Car on peut avoir l’air d’aller tout à fait bien, mais être très contaminant”. 

Cet auto-isolement est d’autant plus preuve de bon sens pour les personnes vulnérables. Mais le message semble avoir été bien compris par les personnes visées par le virus, à la différence des plus jeunes. “Ce que l’on voit en ce moment c’est qu’il n’y a pas encore beaucoup de personnes vulnérables parmi les cas. Ça veut dire qu’elles se protègent, fuient la foule, s’autoconfinent”, constate le Dr Bernard-Alex Gaüzere. Mais il y a un mais… : “Le problème, c’est que du coup, elles vont aussi se mettre en retrait de leurs consultations médicales”. 

J.CTS

 



 

Quid de l'”immunité collective” ? 

 

Mauvaise nouvelle, elle n’est “certainement pas pour maintenant”, avertit le Dr Gaüzere. Comme le précisait encore le ministre de la Santé lors de sa conférence de presse hier, elle peut toutefois être atteinte plus facilement par la vaccination. “Mais encore faut-il avoir un vaccin, efficace, et que les gens acceptent de se faire vacciner ! À ce moment-là on sera un peu plus tranquille”, poursuit l’ancien chef de réanimation du CHU.  

“Naturellement, atteindre l’immunité collective est difficile”, affirme-t-il, évoquant les chiffres de recherches sur la population new-yorkaise, parmi laquelle on a constaté que seulement 20% était porteuse d’anticorps malgré une épidémie qui a sévèrement touché la ville. “Mais pour atteindre l’immunité collective, il faut aller jusqu’à 60%”. 

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Une immunité qui peut aussi être remise en question par les récents résultats de chercheurs hong-kongais, qui ont fait état d’un cas de réinfection chez un patient, plusieurs mois après avoir été contaminé une première fois. “C’est un peu inquiétant si les anticorps ne tiennent que quatre mois, et que chez certaines personnes ils ne protègent pas contre une réinfection”, admet Bernard-Alex Gaüzere. L’immunité collective, on n’y est pas encore… 

J.CTS

 

 

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