[Société] Pâques : à Madagascar, il faut réserver sa place à l’église

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A la Réunion comme ailleurs dans l’océan Indien, la célébration des fêtes de Pâques est très attendue par la communauté chrétienne, privée l’année dernière de messe pour cause de covid et de confinement. Cette année, toutes les églises ont bataillé pour ouvrir leurs portes. Limitation des jauges d’accueil, réservation des places à l’avance ou retransmission sur les réseaux sociaux… A chacun sa solution.

Les Malgaches, majoritairement chrétiens, veulent maintenir les célébrations pour Pâques alors que la Grande Ile affronte sa deuxième vague de covid. Chaque église, catholique ou protestante, tente de respecter les mesures de sécurité. Avec plus ou moins de succès…

 

Le Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar, réunissant les catholiques, les protestants, les anglicans et les luthériens, a demandé au président Andry Rajoelina le maintien des messes de la Semaine sainte et du dimanche de Pâques. Pourtant, selon les statistiques officielles, Madagascar compte 100 à 200 nouveaux cas quotidiens et une dizaine de décès. Depuis le début de la pandémie en 2020, le pays a enregistré 24 426 cas, 418 décès et 21 908 guérisons.

 

L’arrivée récente du variant sud-africain inquiète tout le monde. Dans les journaux et sur les réseaux sociaux, les annonces de décès abondent. Dans la rue de la capitale, les sirènes des ambulances se font de nouveau entendre et de longues files d’attente se forment dans toutes les pharmacies du centre-ville. Pour faire face à la situation, toute réunion de plus de 200 personnes est interdite jusqu’à nouvel ordre et les vacances de Pâques ont été prolongées dans les écoles publiques.

 

Une fête très attendue

 

Dans ce contexte difficile, les églises se sont engagées à respecter les consignes de sécurité, les distanciations sociales et les gestes barrières comme c’est le cas depuis la réouverture des églises en novembre. « On va respecter les distanciations sociales et les gestes barrières, en limitant le nombre des fidèles qui participent aux messes à moins de 200 personnes », a promis mardi monseigneur Soamoela Jaona Ranarivelo, vice-président du Conseil œcuménique des églises chrétiennes de Madagascar, à la sortie d’un entretien avec le président Andry Rajoelina.

 

Dans les églises catholiques, le réceptacle d’eau bénite à l’entrée a été vidé depuis plus d’un an. Mais les sacrements de la communion sont encore offerts aux fidèles durant les messes. Pour limiter le nombre de participants aux messes, certaines églises utilisent un système de ticket et d’autres se contentent d’interdire l’entrée dès que le nombre maximum autorisé par l’Etat est atteint.

 

A la place de l’eau bénite, on retrouve désormais une bouteille de gel hydro-alcoolique, à servir par les fidèles eux-mêmes à l’entrée. Et sur les bancs, durant les messes de dimanches ordinaires, la distanciation d’un mètre est respectée à la lettre. De l’avant à l’arrière, deux bancs occupés sont espacés par un banc vide. De gauche à droite, deux places occupées sont espacées par une place vide, marquée par une bande adhésive.

 

Ceux qui ne peuvent plus entrer à l’église peuvent suivre une messe en directe à la télévision, diffusée gratuitement par une chaîne privée sur Youtube. « Mais rien ne remplace la présence physique à l’église », souligne Nirina Voahangy Rasoarimalala, une fidèle catholique de 22 ans. Dans son église, à Andravoahangy, l’un des quartiers de la capitale, il n’y a pas de distribution de ticket pour réserver les places durant la messe. « On doit se lever tôt si on veut avoir de la place à la messe chaque dimanche. Des fois, je suis un peu vexée, lorsque j’arrive en retard et que je ne peux plus entrer alors que je vois beaucoup de places vides. Je me sens un peu soulagée de mes problèmes lorsque je vais à l’église. Une sensation que je n’ai pas en regardant la messe devant la télévision. »

 

« On a pris nos tickets dimanche dernier ! »

 

La distanciation a été moins respectée chez les catholiques lors de la messe du Jeudi saint. A l’église saint François-Xavier Antanimena, par exemple, à peine 50 centimètres séparent les fidèles. Et il n’y a plus de banc vide intercalé entre deux bancs occupés…

 

Chez les protestants, à l’église de Jésus Christ du quartier d’Ambodivona, la distanciation est respectée tant bien que mal avec des bancs espacés. « Pâques est aussi un jour de consécration des pasteurs et des serviteurs, sans oublier l’octroi du sacrement du baptême : cela nécessite une présence physique à l’église », souligne Beby Randriajoelison, 27 ans, mère de deux enfants, fidèle de l’église missionnaire évangélique nationale de Madagascar. Son église n’a pas eu les moyens de rediffuser la messe à la télévision : son pasteur utilise Facebook tous les jours pour garder le lien avec les fidèles.

 

L’église a mis en place un système d’inscription une semaine à l’avance pour avoir un ticket et assister à une messe. « Pour les messes de la Semaine sainte et celle de Pâques, on a pris nos tickets dimanche dernier ! », reconnaît Beby Randriajoelison qui regrette que depuis l’an dernier les fidèles entretiennent moins de contacts. « Les fidèles se voient de moins en moins et ne se saluent même plus… »

 

Au début de la pandémie en 2020, les églises avaient dû fermer leurs portes jusqu’au déconfinement du pays en octobre : les fidèles avaient dû se passer de la célébration de la fête de Pâques. Mais cela n’a pas empêché le décès du président de l’église luthérienne de Madagascar, le Dr David Rakotonirina, mort du covid.

 

Tsiresena Manjakahery

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