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MADAGASCAR. La publication, hier, de notre article sur la famine qui menace le sud de la Grande Île, a suscité de nombreuses réactions. Le Programme Alimentaire Mondial confirme l’urgence de la situation.
Quelle est la situation dans le sud de Madagascar ?
Selon le Programme Alimentaire Mondial, qui dépend des Nations Unies, ce sont entre 300 000 et 500 000 habitants, dans l’Androy, qui se retrouvent dans le besoin d’une assistance urgente. La région a la plus faible couverture en eau potable du pays et le phénomène du “kéré” (qui veut dire “faim” en malgache) y est récurrent. Mais il est accentué cette année par une sécheresse exceptionnelle. Il n’a pas plu dans l’extrême sud de Madagascar depuis plus de neuf mois. Du jamais vu ! Privés de cultures, de nombreux habitants de villages isolés subsistent en mangeant des “raketa mena”, de petits fruits qui poussent sur les cactus. Cela ne suffit évidemment pas.
Plusieurs maires de communes rurales ont donné l’alerte ces derniers jours, déplorant plusieurs décès, principalement chez de jeunes enfants. “Nous sommes entrés dans la période dite de soudure. C’est le moment de l’année où les habitants manquent de réserves. Mais ce qui est nouveau cette année, que les zones touchées semblent beaucoup plus nombreuses“, explique Moumini Ouedraogo, représentant du Programme Alimentaire Mondial à Madagascar. “L’information n’est pas remontée assez tôt pour que des dispositions soient prises pour apporter des solutions rapides“.
Peut-on déjà parler de famine ?
Techniquement, non, selon le Programme Alimentaire Mondial qui évalue régulièrement le niveau d’insécurité alimentaire. Dans cette classification, le niveau 5, le plus élevé, est celui de la famine. “Nous sommes quelque part entre la phase 3 (celle de l’urgence) et la phase 4 (celle de la crise)”, précise Moumini Ouedraogo. “Mais il est évident que si rien n’est fait, tout peut vite basculer. On se dirigera alors vers la phase 5. C’est un stade qui n’a encore jamais été atteint à Madagascar“. La priorité, selon le “PAM”, c’est “de l’argent pour acheter de la nourriture“. Les sommes évoquées sont colossales. “Si l’on veut aider toutes les populations en danger pour les trois à six mois à venir, il nous faut au moins 20 millions de dollars“.
La crise Covid a t-elle accentué le “keré” ?
Oui. La région de l’Androy n’a pas été particulièrement touchée par l’épidémie mais elle a subi de pleins fouets les effets du confinement. Peu de touristes visitent cette zone particulièrement difficile d’accès. Mais l’absence de rentrées de devises étrangères dans de grandes villes touristiques du sud, comme Fort-Dauphin ou Tuléar, a eu des répercussions jusque dans les campagnes les plus lointaines. Les populations qui ont migré vers les grandes villes pour travailler n’arrivent plus à envoyer de l’argent à leurs familles restées en brousse. “Et les restrictions sur les transport et les déplacement des personnes ont largement affecté le commerce“, note Moumini Ouedraogo, “les rares produits qui arrivent dans ces zones les plus reculées sont totalement hors de prix pour les habitants. Pour subsister, ils vendent leurs derniers biens. Un des éléments qui nous alertent sur le terrain, c’est quand les femmes amènent les marmites au marché pour les vendre. Cela veut dire qu’il n’y a plus rien dans la maison. Que les derniers poulets et la chèvre ont déjà été vendus“.
Quelles sont les solutions ?
Andry Rajoelina, le président de la République malgache, a promis dimanche de mener une “guerre contre la malnutrition“. “L’indépendance a maintenant 60 ans, mais la famine aussi dure depuis 60 ans“, a noté le chef de l’Etat, “nous allons mettre en place une nouvelle stratégie. La population a besoin d’une solution à long terme“. Une hypothèse a été avancée : la construction d’un pipeline pour approvisionner en eau les localités les plus isolées.
Problème de taille : de l’eau, il n’y en n’a quasiment pas. Le fleuve Mandrare, par exemple, est complètement à sec. C’est une conséquence directe du réchauffement climatique et cela va empirer dans les années qui viennent. “Oui, notre souci, c’est le long terme. Beaucoup de bailleurs étrangers mettent de l’argent pour l’urgence, mais pour les investissements à long terme, c’est beaucoup moins évident”, observe Moumini Ouedraogo. Il cite tout de même quelques exemples encourageants d’initiatives très localisées dans l’Androy. “A Tanandava, plus de 2000 personnes regroupées en coopératives ont bénéficié d’achat de matériels, d’encadrement technique et de formations. Aujourd’hui, ils ont du surplus de 2000 tonnes de production que le PAM leur rachète. Ces gens n’avaient pas rien pour se nourrir et aujourd’hui, ils ont pu améliorer leur habitat. Ils sont aussi capables d’envoyer leurs enfants dans des écoles privées et à l’université“.
Comment agir depuis la Réunion ?
Des initiatives ont émergé dès hier. Le club de football de l’US Sainte-Marienne a lancé son propre projet (voir page 18).
Vous avez été nombreux à nous solliciter pour savoir comment venir en aides aux populations victimes de la crise. Pour le moment, c’est compliqué. Les contacts fiables sur place sont rares. Nous n’avons pas pu identifier d’association active pour le moment. Seul le Programme Alimentaire Mondial a entamé des distributions de vivres. On peut faire un don sur leur site internet en précisant la destination souhaitée, “Sud Mada” dans ce cas précis. Nous travaillons de notre côté sur un projet réunionnais, en collaboration avec des acteurs expérimentés. Initiateurs de l’opération “Kéré” en 2007, Jean-Marc Collienne et Christian Thoulon étudient toutes les possibilités. Le principal obstacle, c’est qu’il est impossible de se rendre sur place tant que les liaisons aériennes n’ont pas repris entre Madagascar et la Réunion. Dans tous les cas, nous vous appelons à la plus grande vigilance. Nous avons pu constater que des personnes peu scrupuleuses ont tenté, hier, via la page Facebook de Clicanoo, de proposer des cagnottes en ligne dont la fiabilité ne peut absolument pas être garantie.
Lukas Garcia
(avec Volana Razafimanantsoa)
“Nous sommes fatigués d’attendre…”
Fenonila a 56 ans. Père de 12 enfants, cet agriculteur habite à 2 kilomètres de Tsihombe, une des zones les plus touchées par la pénurie de nourriture. Au téléphone, il n’arrive pas à parler très longtemps. Il est fatigué, dit-il, “à cause de la faim“.
“Nous n’avons rien à manger et nous n’avons plus aucun revenus. Les gens se volent entre eux. On s’est fait voler notre bétail… Nous mangeons des figues de barbarie. Elles poussent toute l’année mais cette année, il y en a beaucoup moins que d’habitude. On a cherché à manger dans la forêt et on a trouvé de poudre la d’argile. Pour la trouver, on creuse la terre, et après on enlève une sorte de pellicule blanche et à l’intérieur, il y a de la poudre. Quand je mange ça, j’imagine manger des patates douces… Lorsque le président Rajoelina est venu samedi dernier, il nous a promis des paniers alimentaires qui devaient arriver dès dimanche. Mais jusqu’à maintenant, il n’y a rien. Nous sommes fatigués d’attendre encore et toujours. Ce qu’on demande, c’est une solution à long terme, qu’on nous donne du travail, qu’ils trouvent des solutions concernant cette famine et qu’ils créent des infrastructures. On nous promet toujours mais ça n’arrive jamais…“
V.R
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