[ad_1]
Elle frappe sans bruit, insidieusement, sournoisement et fait de nombreuses victimes sur son passage. La faim, le kéré en malgache. À cause de la sécheresse, les populations de l’extrême sud de Madagascar n’ont plus de quoi se nourrir. Des enfants, des adultes rachitiques qui, à quelques kilomètres de La Réunion se meurent. Alors d’une île à l’autre, la solidarité s’organise. Des Réunionnais ont lancé une cagnotte pour venir en aide à « nos frères et soeurs » comme ils disent.
Les images sont brutales, violentes. Des enfants malingres, trop faibles pour faire deux pas. Des vieillards au regard hébété et aux joues creusées semblent désorientés. Une réalité crue, sans fard qui frappe en plein coeur. Il n’a pas plu depuis des mois, plus de récolte dans cette région où la terre est pourtant fertile. Sans eau, pas de vie. L’ombre de la famine planait, aujourd’hui une réalité. Ils seraient 500 000 à subir le kéré. Huit enfants seraient morts. Ceux qui restent, survivent en espérant des jours meilleurs.
À La Réunion, les réactions ne se sont pas faites attendre. La générosité réunionnaise, la solidarité réunionnaise, le grand coeur des Réunionnais. Ils sont nombreux à ne pas être restés indifférents devant ces images, ils sont nombreux aussi à s’être tout de suite mobilisés. Kiraan Soomaroo et ses amis ont lancé une cagnotte « ça se passe à deux pas de chez nous. Ici, on achète une bouteille d’eau, on jette la moitié, on achète une baguette, on jette la moitié. Là-bas, ils n’ont rien ». Il ne nie pas qu’à La Réunion, la pauvreté esquinte aussi des familles « mais ici, nous avons des aides, des prestations sociales, je le redis, là-bas, ils n’ont rien ». Un tacle à ses détracteurs qui lui reprochent de ne pas s’occuper des Réunionnais avant. Un protectionnisme crasse à l’image de la politique trumpiste, « American first » (les Américains avant ndlr) disait le président des État-Unis, on a vu ce que ça a donné…
Kiraan Soomaroo considère qu’il ne peut pas détourner le regard, sous prétexte que cela se passe ailleurs. « En 2020, c’est inimaginable, choquant, absolument impensable. On est humains, c’est le coeur qui parle ».
Cette cagnotte, lui et ses amis ne l’ont pas lancée à l’aveugle, ils voulaient être sûrs que les fonds récoltés arrivent à bon port. « Envoyer des vivres par conteneur prend trop de temps, un temps que nous n’avons pas au vu de l’urgence de la situation, c’est pour cela que nous avons choisi les dons. Les sous seront ensuite transférés à l’association Tambatra gasy, une organisation culturelle connectées à d’autres associations sur place ».
Berthine Parillaud, présidente de l’association explique « depuis toutes ces années, nous avons développer un réseau à Madagascar. Cela nous permet de pouvoir faire face à ce genre de situations de manière rapide et efficace. Le temps de réaction trop long, c’est parfois ce qui plombe la mise en oeuvre des bonnes actions ».
À La Réunion, l’association des prêtres malgaches se mobilise également. « En effet, les dons matériels sont compliqués, c’est loin et difficile d’acheminement. Les sous récoltés sont envoyés à nos confrères malgaches. Les prêtes achètent ensuite les denrées alimentaires. Tout est envoyé aux soeurs des paroisses du sud de l’île qui s’occupent de la distribution ». détaille le père Jean-Luc, aumônier de la communauté catholique malgache. Il indique que les prêtres font un compte-rendu dans le détail de la manière dont ont été utilisés ces fonds.
La situation sur place, le père Jean-Luc la connaît très bien, il dénonce un « manque de volonté, de vision et de détermination » de la part des décideurs politiques malgaches. « Ce n’est pas nouveau, dans cette région, il ne pleut qu’une ou deux fois par an. Chaque année, la sécheresse fait des dizaines de victimes. On appelle le sud de l’île ‘le cimetière des projets’. Car depuis l’indépendance de Madagascar, c’est un endroit oublié ».
Le prêtre, consterné par ces « politiques qui détournent les fonds » ne considère pas pour autant que l’Église, – très active dans le pays -, se substitue à l’État, « ça a toujours été la mission de l’Église de venir en aide aux plus démunis ».
Par ailleurs, le président Rajoelina a pris, certes tard, la problématique à bras-le-corps, des tonnes de vivres ont été envoyés sur place.
Dimanche, une messe malgache aura lieu dans l’église de Piton Saint-Leu à 14h30. Le père Jean-Luc officiera, il espère pouvoir récolter des fonds pour venir en aide aux Malgaches victimes du kéré. Kiraan Soomaroo veut aider davantage. Après cette cagnotte, il souhaite se rendre sur place avec des vêtements et d’autres marchandises qu’il remettra en main propre à ceux qui en ont besoin.
F.H
[ad_2]
Source link

Have something to say? Leave a comment:
