[Société] Les péripéties réunionnaises d’un obus de 14-18 encore actif

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SAINT-DENIS. Hier matin, les démineurs des Fazsoi ont récupéré chez un particulier deux obus datant de la Grande Guerre, dont un était encore actif. L’objet dormait depuis près d’un siècle chez un collectionneur qui n’en mesurait pas la dangerosité.

“Et dire que mon chat l’a fait tombé deux fois du bureau !” Michel*, historien et universitaire, ne se doutait pas qu’il conservait chez lui depuis une dizaine de jours un objet potentiellement très dangereux. Un obus de 37 mm datant de la 1ère Guerre mondiale encore actif, que les démineurs du NEDEX (neutralisation, enlèvement, destruction des explosifs) des Fazsoi sont venus récupérer chez lui hier matin.

 

Deux obus de la Première Guerre mondiale neutralisés

 

L’opération n’est pas passée inaperçue dans le quartier de Bois-de-Nèfles Sainte-Clotilde, avec les abords de sa maison bouclés par la police, la présence d’un fourgon pompe-tonne et d’une ambulance des pompiers venant compléter le dispositif entourant l’équipe de déminage.

 

L’intervention s‘est déroulée sans encombre, les militaires allant d’abord examiner l’engin sous toutes les coutures avant de procéder à son enlèvement dans un caisson sécurisé, ainsi qu’à celui d’un obus similaire, mais déjà explosé celui-là et donc inoffensif. L’obus actif, mis en lieu sûr, sera prochainement détruit sur le champs de tirs dédié à la Plaine-des-Cafres.

 

Mais comment ces vestiges de la Grande Guerre en sont-ils arrivés à mobiliser tout un dispositif d’intervention à Saint-Denis de La Réunion en 2021, plus d’un siècle après la fin des combats ? Si de telles découvertes interviennent épisodiquement sur le sol métropolitain où le conflit s’est joué, elles sont beaucoup plus rares sous nos latitudes.

 

Souvenirs d’un poilu et d’un avocat

 

“C’est vraisemblablement un poilu réunionnais qui les a ramenés en souvenir à son retour” indique Michel, alors que près de 15 000 Réunionnais ont été envoyés au front dès 1914. Ces objets, l’historien les a découverts il y a moins de deux semaines chez l’ancien bâtonnier de Saint-Denis, Me Paul Salez.

 

Âgé de 87 ans, l’avocat fait du tri dans ses affaires personnelles, dont certaines héritées de son père Léonce Salez, qui dirigea le tri-hebdomadaire local La Démocratie fondé en 1933 par Raphaël Babet. “Son père avait récupéré le casque d’un ancien poilu habitant le Bas-de-la-Rivière, ainsi que ces deux obus qu’il a conservés dans sa bibliothèque toutes ces années.”

 

Le bâtonnier Salez souhaite alors faire don de certains de ces objets de collection, dont également un fragment d’obus tiré par le contre-torpilleur Léopard lors de la bataille du Port le 28 novembre 1942… “Il m’a confié ces objets divers pour que je les remette à son ancien lycée dont je connais le proviseur afin qu’ils puissent être exposés” relate Michel, qui part donc les déposer à l’établissement scolaire où doit être signé une convention de donation.

 

Mais voilà que, quelques jours plus tard, le proviseur le rappelle. “Il me dit qu’après les avoir montrés à quelqu’un qui s’y connait, l’un des obus n’a pas été tiré, qu’il ne peut pas le conserver et qu’il faut que je vienne le récupérer tout de suite.” Michel s’exécute puis, ne sachant que faire de cet encombrant engin s’en va pour le remettre aux gendarmes à la caserne Vérines de Saint-Denis. “Là, on m’a dit que cette affaire relevait de la police et je suis rentré chez moi avec les obus. Moi, je n’y connais rien aux armes”, précise-t-il.

 

Mardi après-midi, la police est donc avisée. Puis c’est le branle-bas de combat et l’opération d’hier matin, qui a mis un terme aux pérégrinations de cette vénérable mais dangereuse munition. “Cela faisait un siècle qu’elle dormait tranquillement… Pour moi, c’était inoffensif. On ne se doutait pas qu’elle pouvait encore fonctionner” sourit Michel, pas le moins du monde traumatisé par son étonnante aventure.

 

*Le prénom a été modifié

 

Sébastien Gignoux

[email protected]

 



 

Que faire en cas de découverte d’une munition ?

 

La préfecture a profité de cette trouvaille insolite pour rappeler les règles en vigueur s’agissant des “matériels de guerre” de type A2. La détention de toute munition de cette catégorie est strictement interdite, quel que soit son état et y compris les éléments qui la compose. Seules les douilles gravées et considérées comme “artisanat de tranchée” sont autorisées, “à la seule condition qu’elles ne comportent plus de compositions pyrotechniques et de poudre et qu’elles soient percutées”, précise la préfecture.

 

En cas de découverte, et ce quel que soit l’état de la munition : ne la manipulez pas ; prévenez immédiatement le commissariat de police ou la gendarmerie en composant le 17 ; éloignez les personnes proches de vous et empêchez quiconque de s’en approcher.

 

En 2016, à l’occasion de l’opération “Déposez les armes !” permettant aux particuliers de se débarrasser d’armes ou munitions détenues irrégulièrement, c’est un obus datant de la 2e guerre mondiale qui avait été déposé à la brigade de Saint-Gilles. La brigade de l’Entre-Deux avait été elle destinataire d’une roquette…

 

Plus récemment, en 2018, c’est une femme qui était tombé nez à nez avec trois obus de mortier de calibre 60 alors qu’elle randonnait sur le volcan, dans le secteur de Piton Rouge. Les munitions, provenant d’un exercice de tir, avaient été détruites par les démineurs. 

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clicanoo

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