[Société] Les femmes et le syndicalisme à la Réunion : “une histoire qui commence au moment de la départementalisation”

0
210

[ad_1]

Dans le cadre de la célébration de la naissance du syndicalisme à la réunion, Céline Ramsamy-Giancone, docteure en histoire, revenait sur le rôle qu’ont joué les femmes. “Dès que le contexte l’a permis, certaines femmes ont saisi des opportunités pour occuper des mandats politiques ou se manifester”, explique l’historienne.

Quelle a été la place de la femme dans le syndicalisme à la Réunion ?

 

Bien que cela reste de l’ordre de l’exceptionnel, la femme a occupé très tôt une place dans le syndicalisme réunionnais. Elle se manifeste au moment de la départementalisation qui survient le 19 mai 1946, après que le droit de vote des femmes ne soit promulgué, mettant fin à cent ans d’absence des femmes dans la sphère politique.  Ceci qui tend à montrer que dès que le contexte l’a permis, certaines femmes ont saisi des opportunités pour occuper des mandats politiques ou se manifester. La présence des femmes dans le mouvement syndical intervient durant les années 1950-1960, et se poursuit durant la période de bipolarisation de la vie politique, entre Michel Debré et Paul Vergès, durant les années 1970-1980.

 

 

Quelles en ont été les figures marquantes ?

 

La première figure marquante reste celle d’Isnelle Amelin : née le 19 mai 1905, c’est à la suite de sa rencontre avec le docteur Raymond Vergès en 1944 qu’elle se lance dans l’action politique et syndicale. Elle devient la première femme syndicaliste en occupant le poste de secrétaire générale du syndicat CGT et des employés de banque. A l’époque elle souhaite défendre les droits sociaux des travailleurs et faire appliquer la première convention collective des banques. Isnèle Amelin est accompagnée et suivie très vite par Huguette Bello, qui lui succède à la tête de l’UFF (l’Union des femmes de France), qui devient UFR (Union des Femmes de La Réunion), puis UFR (Union des Femmes Réunionnaises) lors de sa restructuration en 1975. Elles sont aussi accompagnées par un groupe de femmes, dont fait partie Clélie Gamaleya, Marie Gamel, Alice Mazaka, Alice Peverelly.

Marylène Berne, récemment décédée, les a aussi suivies dans leur parcours. Parmi elles, certaines militent également à la CGT ou dans des syndicats de planteurs. On peut tout à fait considérer qu’au vu de la situation post-coloniale de l’île, du poids de l’histoire de l’esclavage, et de l’engagisme, qui laisse peu de place à la libre expression des travailleurs, mais également par aussi par le rôle pacificateur de l’Eglise, les avancées sociales ont été plus lentes dans notre île. Il est donc intéressant de constater que ces femmes se manifestent très tôt dans l’action syndicale. A cette période, durant les années 1970, commencent dans l’Hexagone, les premières recherches universitaires des chercheuses françaises sur la question des femmes en politique et la division sexuelle du travail. L’histoire des femmes du point de vue universitaire elle-même ne commence au plan national que dans les années 1890, avec les travaux de l’historienne Michelle Perrot.

 

 

A quels obstacles se sont-elles heurtées pour se faire entendre ?

 

Elles se sont certainement heurtées au poids du patriarcat, au schéma sociétal ancré dans les représentations collectives de l’époque, assignant la femme essentiellement à des rôles liés à la domesticité et au soin des enfants.
Du point de vue politique, étant proche du PCR, elles subissent également l’effet des tensions dans la bipolarisation de la vie politique, se heurtent à la question de la fraude électorale, subissent certainement des préjugés masculins du fait qu’elles osent quitter la sphère domestique pour se rendre sur la voie publique afin de porter leur voix. Il faut savoir qu’en général, les négociations syndicales s’inscrivent dans des rapports de force : les femmes à cette période ne s’estimaient pas légitimes pour assumer ce rôle. Lorsque les négociations sont fortes, elles doivent aussi se dire « Je dois aller chercher mes enfants à l’école, faire à manger etc », ces femmes doivent donc manifester des formes de performance pour tout assimiler.

Aussi celles qui se lancent dans l’action syndicale dans les années 1970 sont en quelque sorte des pionnières…A partir de cette période, les syndicats enseignants se sont ancrés de manière plus durable dans le paysage syndical, avec la présence de quelques femmes institutrices très impliquées dans les différentes régions de l’île. Certaines sont encore vivantes et il serait intéressant de les interroger pour comprendre la manière dont elles ont commencé à exercer leur rôle dans le syndicalisme.

 

 

> Céline Ramsamy-Giancone : Docteure en histoire et certifiée de Lettres Modernes, Céline Ramsamy-Giancone enseigne dans le secondaire, tout en étant chargée de cours vacataire à l’Université de La Réunion dans le département d’histoire. Dans ce cadre elle dispense des cours sur le Patrimoine de la Réunion, et sur l’historiographie à l’époque moderne (Etude des différents courants historiques et des historiens représentatifs). Elle est aussi l’auteur d’une thèse d’histoire intitulée Catholicisme et hindouisme populaire à l’île de La Réunion, contacts, échanges, (milieu du XIXe siècle, début du XXe siècle) , sous la direction de Prosper Eve. Céline Ramsamy-Giancone vient par ailelurs de publier en co-écriture avec une autre chercheuse en histoire Jehanne-Emmanuelle Monnier, l’ouvrage Soigner, prier, s’adapter : La Réunion face au choléra de 1859 , édité aux Presses Universitaires de l’Indianocéanie. “Nous y avons décrit le contexte social de cette épidémie, la gestion de la crise par les autorités, et avons fait le lien avec le site patrimonial de La Salette et les pèlerinages qui ont toujours lieu au XXIe siècle”, explique-t-elle.

[ad_2]

Source link

clicanoo

Have something to say? Leave a comment: