[Société] Les étudiants réunionnais à Paris isolés

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La crise sanitaire a bouleversé la rentrée, que ce soit dans l’organisation des cours mais aussi plus largement de la vie étudiante. Certains jeunes réunionnais se retrouvent aujourd’hui isolés et précarisés. Ils comptent de plus en plus sur la solidarité estudiantine.

Quelques étudiants masqués traversent les couloirs silencieux de La Sorbonne, particulièrement calme en ce milieu de semaine. Shannaz, 20 ans et étudiante réunionnaise en troisième année de licence d’économie, vient de suivre un cours à distance. “Je savais que j’allais être en retard en amphi, j’ai donc préféré prendre le cours à l’heure, depuis chez moi”, explique-t-elle. Voilà un des avantages de l’organisation qui a été imposée aux étudiants depuis la rentrée. Peut-être le seul. Depuis plusieurs semaines, les classes ont été divisées en deux afin de faire respecter la distanciation sociale. La moitié va en cours physiquement, et l’autre moitié suit à distance, sur la plateforme vidéo Zoom. Shannaz l’avoue, rester assidue dans ce contexte est de plus en plus difficile.

 

Des difficultés communes à tous les étudiants, mais auxquels s’ajoutent, pour les étudiants réunionnais, plusieurs problèmes spécifiques. Le premier, et certainement le plus important, est financier. “De plus en plus d’étudiants réunionnais sont obligés de faire des prêts car ils ne s’en sortent pas”, s’inquiète Annecie Boyer, coprésidente de l’Union des Etudiants Réunionnais de l’Hexagone (UERH).

 

 

« Difficultés préexistantes »

 

Les étudiants ont pu compter, pendant le confinement, sur la mobilisation du tissu associatif et sur une aide exceptionnelle de 200 euros accordée par le gouvernement aux ultramarins isolés. Mais la rentrée n’a pas permis aux étudiants réunionnais de retrouver leur équilibre financier habituel.

 

Mathieu Chambon, en charge de la “gestion de crise” de l’UERH, a personnellement connu de nouvelles difficultés. Lui aussi scolarisé à l’Université Panthéon Sorbonne, il a vu ses examens de l’année universitaire 2019-2020 reportés en septembre 2020. Il n’a donc pu obtenir son certificat scolaire que début octobre. Or, ce document est indispensable pour faire une demande de bourse universitaire ou pour bénéficier du “Passeport-Mobilité Etudes” de LADOM. Une aide au paiement des billets d’avion des étudiants souvent indispensable au regard des prix pratiqués.

 

Mathieu, qui avait trouvé un job d’été et pensait mettre un peu de côté, a finalement tout dépensé dans son billet d’avion. “Cela s’ajoute à des difficultés préexistantes. Tout le monde sait que la vie est plus chère à La Réunion et nous sommes assez désavantagés par la bourse sur critères sociaux, qui est de 560 euros au maximum.” Or, difficile de vivre avec une telle somme à Paris. “J’étais en charge de la gestion de la première phase de crise pendant le confinement, estime Mathieu Chambon. Mais pour moi, nous entrons dans la deuxième phase.”

 

Mathilde, 19 ans et étudiante en géographie et en urbanisme a pu limiter les dégâts financiers grâce à son petit boulot de garde d’enfant, qui était déclaré. “J’ai donc eu droit au chômage partiel, mais ce n’est pas le cas pour la majorité des étudiants qui travaillent au black”, explique-t-elle. Elle a en revanche dû faire une croix sur une opportunité professionnelle qui lui tenait à cœur, à savoir un stage à la Réunion. “Il devait se tenir d’avril à juillet, j’ai donc annulé mon voyage”, regrette-t-elle.

 

Précarisation et projets avortés : l’UERH reçoit des dizaines d’e-mails d’étudiants qui doivent reconsidérer leurs parcours d’étude en raison de la crise sanitaire. “Nous avons échangé avec une étudiante qui a choisi de rester à La Réunion plutôt que de venir en métropole, explique Annecie Boyer. D’autres préfèrent prendre une année de césure, le temps que la crise passe.”

 

Océane Herrero



 

Une vie sociale au ralenti

 

Pour ceux qui ont malgré tout décidé de maintenir leurs projets de départ en métropole, l’isolement est un nouvel écueil. Si les étudiants réunionnais sont habitués à vivre de manière autonome et loin des leurs, l’épidémie a fait éclore de nouvelles angoisses, et l’envie d’un contact plus régulier avec leurs proches. Beaucoup sont inquiets. “Des parents nous ont contactés car ils hésitaient à envoyer leurs enfants en métropole”, rapporte la coprésidente de l’UERH. Les vacances d’été, qui sont souvent la seule occasion des étudiants pour rentrer à La Réunion, ont été compromises. Alors que les jeunes métropolitains ont pu rentrer chez leurs parents pendant le confinement ou pour suivre les cours à distance, cette option est inenvisageable pour les jeunes réunionnais.

 

“Ne pas voir notre famille sur de longue période, nous y étions habitués, veut nuancer Mathilde. Mais avec la crise sanitaire, on ne peut plus vraiment voir nos amis, et c’est vraiment un coup dur”. La jeune femme loue une chambre dans la Cité Internationale (XVe arrondissement), ce complexe regroupant des résidences réservées à des étudiants venant des quatre coins du monde. Un lieu d’échanges habituellement très vivant et stimulant. Depuis la rentrée, Mathilde croise seulement les étudiants dans la cuisine commune, “avec leurs masques”. Elle limite les contacts et se permet seulement des déjeuners universitaires et des “soirées film”, où personne ne lâche son masque.

 

 

“Entre potes, et toujours avec les mêmes personnes”

 

Les jeunes doivent limiter les activités qui constituent pourtant le sel de la vie étudiante : les sorties, les rencontres. L’Association des étudiants réunionnais à Paris a annulé les événements qu’elle prévoyait tandis que l’épidémie s’aggravait. Adieu rencontres. Les responsables de l’Association restent en lien par messages et se voient de temps en temps. “Mais entre potes et avec toujours les mêmes personnes” pour éviter les risques de contamination, promet Noémie, membre de l’association.

 

Alors qu’Emmanuel Macron a annoncé la mise en place d’un couvre-feu dans la région parisienne de 21 heures à 6 heures du matin pendant au moins quatre semaines, les étudiants réunionnais déplorent un manque de perspectives qui touche tous les aspects de leur vie. L’organisation de leurs partiels ? Elle est encore floue et sera décidée, dans bon nombre d’universités, au dernier moment.

 

Aller à La Réunion pour rendre visite à sa famille relève de la même complexité. Il faut pouvoir faire un test, s’assurer que le vol est maintenu. “J’ai réservé un aller-retour pour les vacances de décembre, confie une étudiante. Mais j’ai pris des billets annulables à tout moment. Nous vivons une période tellement incertaine…”

 

Océane Herrero

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