[Société] Le grand écran grimace, les petits écrans sourient

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L’année 2020 a été particulièrement difficile pour les exploitants de cinéma. Comme tous les lieux culturels, ils ont fermé pendant le confinement et ont constaté une baisse de la fréquentation suite à l’application des mesures sanitaires. À cela s’ajoute une offre plus maigre que les années précédentes. En cause : des dates de sortie reportées et des blockbusters directement diffusés sur des plateformes de vidéo à la demande.

Petit ouf de soulagement en métropole. Les théâtres et les salles de cinéma pourront rouvrir à partir du 15 décembre, si le nombre de contaminations à la Covid 19 reste sous contrôle. Même si La Réunion n’a heureusement pas été concernée par ce deuxième confinement, cette annonce faite par Emmanuel Macron mardi va tout de même avoir des conséquences sous nos latitudes.

En effet, le reconfinement en Hexagone a bouleversé le calendrier des sorties de films. Cela paraît logique, si les salles sont fermées les sociétés de production n’ont aucun intérêt à diffuser leurs nouveautés. Par conséquent, les exploitants locaux se retrouvent avec un catalogue plus que réduit depuis quelques semaines.

Pour pallier le manque, les salles ont développé différentes stratégies. Chez ICC, on a fait le choix de baisser les tarifs. Sur une sélection de films, le ticket est au prix de 5 euros. Son concurrent, MauRéfilms, mise sur des productions sortis un peu plus tôt dans l’année qui n’ont pas été exploités à La Réunion, comme “Eté 85” de François Ozon. Cette période un peu creuse est également l’occasion de mettre en lumière d’autres types d’oeuvres, comme les opéras à Cambaie ou les courts-métrages réunionnais au Cinépalmes, avec le programme Démay La Lang. De même, avec une offre moins riche, les films restent plus longtemps à l’affiche. C’est le cas notamment de “Tenet”, “Les nouveaux mutants” ou encore “Adieu les cons” de Dupontel. Pour cette fin d’année, qui en temps normal est une période assez dense, les cinémas comptent sur la sortie du blockbuster Wonder Woman 1984, pour booster les ventes.

Si les conditions sont réunies, la super héroïne pourrait être sur grand écran à partir du 16 décembre, en France. Une bouffée d’oxygène pour les salles obscures qui ont vu de grosses productions être décalées à l’année prochaine ou tout simplement finir sur les plateformes de vidéo à la demande. L’hémorragie a démarré avec “Mulan”, directement diffusé sur Disney+ et elle a continue encore. Ainsi, ” Pinocchio” de Matteo Garrone a été récupéré par Amazon Prime, tout comme ” L’extraordinaire Mr. Rogers “, avec Tom Hanks et le film français ” Forte “. De même, ” Soul “, le dernier Pixar attendu par les fans, va uniquement être diffusé sur la plateforme de Mickey. Cette nouvelle tendance est-elle uniquement liée à la conjoncture ou va-t-elle s’installer dans le temps. Pour le moment, les exploitants de l’île restent optimistes. ” Dans les années 80, avec l’arrivée des cassettes vidéo, on prédisait la mort des salles. Cela n’a pas été le cas. Je crois toujours au cinéma, qui est le loisir numéro un des Français. Ce qui m’inquiète surtout, c’est le virus. Tant qu’il n’y aura pas un retour à la normale, ce sera compliqué pour tout le monde “, déclare Frédéric Drotkowski, à la tête d’ICC. ” Le contexte est particulier, abonde Laurie Yip-Fa responsable de la communication et du markéting chez MauréFilms. Les sociétés ont dû trouver des solutions, il y avait des emplois en jeu. Il est trop tôt pour savoir si les plateformes vont constituer une menace, mais nous avons confiance. Les Réunionnais restent attachés à l’expérience du grand écran. ” La bonne nouvelle, c’est que les cinéphiles (et les salles) pourront toujours se rattraper en 2021, qui ne manquera pas de nouveautés.

Aurore Turpin avec AFP


Traditionnellement, les grosses productions hollywoodiennes sont projetées uniquement en salle durant 90 jours avant d’être diffusées sur d’autres supports. Mais la fermeture des cinémas dans de nombreuses régions américaines, dont New York et Los Angeles, a contraint les distributeurs à trouver des solutions de repli. Ainsi, Disney a ainsi sorti “Mulan” directement sur Disney+ en septembre dernier et il en sera de même pour le Pixar “Soul”. Le long-métrage d’animation, labellisé Cannes 2020, sera disponible sur la plateforme en France le jour de Noël. Après cette annonce, la Fédération Nationale des Cinémas Français (FNCF) a fait part de sa colère via un communiqué. “Les studios américains qui reportent ou annulent des sorties de films très populaires et très attendus prennent le risque d’affaiblir durablement les salles de cinéma qui sont pourtant au cœur de leur activité.”, a-t-elle écrit. Cette année, seul “Tenet” de Christopher Nolan fait figure d’exception. Sorti fin août, le blockbuster a enregistré plus de deux millions d’entrées en France, et il est encore à l’affiche dans les salles réunionnaises. En France, les productions ont tendance à attendre, même si certaines se sont quand même tournées vers les plateformes. Par exemple, la comédie “Forte”, avec Malhia Bedia, qui devait être portée sur grand écran au premier trimestre 2020, a finalement atterri sur Amazon Prime. Mais globalement, les sociétés tricolores résistent et préfèrent reporter les dates de sortie. C’est le cas du quatrième volet des Tuches. Programmé pour décembre, le film sera disponible en février 2021. De même, le biopic sur Céline Dion réalisé par Valérie Lemercier et intitulé “Aline”, est reprogrammé au 17 février.


Si les nouvelles contaminations quotidiennes demeurent autour des 5 000 et le nombre de personnes en réanimation entre 2 500 et 3 000, “le confinement pourra être levé” en métropole le 15 décembre, a précisé Emmanuel Macron lors de son allocution télévisée, mardi soir. “Les salles de cinéma, les théâtres et les musées pourront reprendre leur activité” dans le respect d’un protocole sanitaire strict, a-t-il ajouté. Cinémas et théâtres, qui réclamaient de pouvoir maintenir leurs séances du soir, cruciales pour leur rentabilité, ont obtenu gain de cause: “un système d’horodatage pourra permettre l’organisation des représentations en fin de journée”, a précisé le chef de l’Etat.


On l’attendait en juin 2020, mais la Covid en a décidé autrement. La suite des aventures de la super héroïne, “Wonder Woman”, sortira dans les salles américaines le jour de Noël et simultanément sur la plateforme de vidéo à la demande HBO Max. En dehors des Etats-Unis, les spectateurs pourront voir la perfomance de Gal Gadot sur grand écran à partir du 16 décembre. Si les cinémas français rouvrent comme prévu, ce blockbuster devrait inciter les spectateurs à se rendre dans leur salle préférée. Le premier volet de “Wonder Woman”, en 2017, avait récolté 800 millions de dollars de recettes.

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La ministre de la Culture Roselyne Bachelot a détaillé en octobre les mesures destinées au cinéma, alors que le plan de relance du gouvernement prévoit de consacrer au total deux milliards d’euros à la culture. Les exploitants, qui peuvent éponger une partie de leurs pertes de billetterie grâce à une mesure de compensation de 50 millions d’euros, bénéficieront d’autre part de 34 millions d’euros supplémentaires pour assurer leur viabilité. Parmi les autres enveloppes, 19 millions iront aux producteurs et aux distributeurs, ou encore 6 millions aux “talents”, dont les jeunes auteurs. Une grande partie du soutien au secteur passe par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), pour lequel le gouvernement a déjà annoncé un effort de 165 millions d’euros. Sur l’île, les exploitants locaux ne savent pas encore à quelle hauteur ils seront soutenus, ni quand ils pourront bénéficier de ce plan. Autre annonce importante de la ministre : elle espère très prochainement contraindre Netflix et autres Amazon Prime d’investir 20 à 25% de leur chiffre d’affaires national dans la création européenne et française.

 

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