[Société] La Réunion mobilisée pour “Kéré”

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MADAGASCAR. Le risque de famine est réel pour des centaines de milliers d’habitants du sud malgache. Pilotée depuis La Réunion, l’opération “Kéré 2020” va proposer une aide alimentaire d’urgence aux familles les plus vulnérables et un approvisionnement durable en eau potable.

Depuis la parution, la semaine dernière, de notre premier article consacré au risque de famine dans le sud de Madagascar, vous avez été nombreux à nous solliciter pour savoir comment venir en aide aux populations victimes de la crise. Voilà pourquoi le Journal de l’Île a décidé de s’engager auprès de “Kéré”. L’association présidée par Jean-Marc Collienne a repris du service ces derniers jours pour plancher sur différentes options qui permettraient une action cohérente et rapide dans le sud de la Grande Île. Elle a pour cela mandaté le Gret. Cette ONG, spécialiste du développement solidaire, a l’habitude de travailler dans cette zone particulièrement isolée de Madagascar. Elle a pu cibler ces derniers jours les besoins prioritaires et dresser un bilan de la situation.

 

• Kéré : le souvenir de 2007

 

L’accès à l’eau potable est un problème récurrent dans le sud de Madagascar. Et l’opération “Kéré 2020” fait écho à celle de 2007. Alors que le sud malgache était déjà confronté à de sérieux épisodes de famine, une vaste mobilisation organisée à La Réunion avait vu le jour. Cette première opération “Kéré” avait permis de récolter 400 000 euros de dons. L’idée, c’était agir sur le long terme et apporter de l’eau en priorité aux enfants scolarisés, en recueillant l’eau de pluie. L’opération, déjà pilotée sur place par le Gret, avait permis la construction de 64 citernes et la réhabilitation de dix impluviums. Selon les estimations du Gret, au moins 50 000 personnes, dont 24 000 enfants, ont enfin eu accès à de l’eau saine grâce aux citernes de “Kéré” financées par les Réunionnais.

 

 

• Kéré, acte II

 

De nouveau mandaté par l’association “Kéré”, le Gret a pu établir un projet précis, réalisable à très court terme. L’objectif général est d’aider les ménages de l’Androy à faire face à la situation alimentaire et nutritionnelle jusqu’en janvier 2021. L’opération se mènera sur les districts d’Ambovombe et Tsihombe, notamment les zones littorales, les plus impactées par la crise. Un ciblage des communes va tenir compte des avis des acteurs locaux (autorités, Progamme Alimentaire Mondial, ONG…) et des interventions en cours menées par d’autres associations pour assurer une complémentarité dans les interventions.

 

 

EXTRAIT DU RAPPORT DU GRET

 

“La région Androy fait partie des régions les plus défavorisées de Madagascar. 94% dm ruraux vivent en dessous du seuil de pauvreté et 68% sont fréquemment en situation d’insécurité alimentaire. Les contraintes au développement sont multiples. On peut noter les irrégularités de la pluviométrie en général et sa faiblesse chronique et le manque de ressources en eau douce. Les sols sont en majorité sableux et fragiles. La faible intégration de l’agriculture et de l’élevage, le manque d’apport de fumure organique aux cultures, des vents très fréquents et violents qui affectent les cultures et induisent des processus d’érosion et perte de fertilité très visibles. Cette situation est aggravée ces dernières années par le changement climatique, qui a pour conséquence des crises alimentaires et nutritionnelles de plus en plus fréquentes, notamment en 2007, 2016, et 2020.

La situation de 2020 est grave, car la pluviométrie a été très insuffisante. La grande majorité des ménages n’a actuellement plus de réserve alimentaire. Ceux qui disposent de cheptel vendent des animaux pour faire face à leurs besoins, les autres se contentent des produits de la cueillette de fruits du cactus rouge. Les producteurs qui cultivent sur les blocs agroécologiques ont semé du pois d’Angole. Mais c’est insuffisant. Les populations doivent faire face à leurs besoins alimentaires en attendant la prochaine récolte qui est prévue fin janvier 2021, en espérant que la pluviométrie soit favorable.“

 

 

• L’appui alimentaire d’urgence

 

C’est le premier volet de l’opération “Kéré 2020”. Dans les villages ciblés, tous les ménages seront bénéficiaires, étant donné l’urgence. L’aide alimentaire se composera de don de céréales et légumineuses correspondant à 50 % des besoins du ménage pendant deux mois et demi, et jusqu’aux prochaines récoltes. Elle sera complétée par des dons de farine infantile locale “Koba Aina” pour les jeunes enfants âgés de 6 mois à 2 ans. Les céréales et légumineuses seront achetées localement si le marché le permet, ou seront acheminées depuis Fort Dauphin, Tulear ou Antananarivo. La farine infantile locale sera achetée auprès de Nutri’zaza à Antananarivo et acheminée à Ambovombe. Des relais communautaires seront mobilisés dans les villages pour définir les besoins des ménages (en fonction de leur taille et du nombre d’enfants), et d’organiser la distribution. Les distributions se feront par quinzaine, afin de faciliter la planification de la consommation au niveau des ménages, et de limiter les reventes sur le marché local.

 

 

• L’apport en eau

 

Ce deuxième volet du projet s’appuie sur des structures qui existent déjà : les citernes financées par les dons des Réunionnais en 2007. Une enquête préalable va permettre d’identifier les localités où ces citernes nécessitent une réhabilitation et un approvisionnement en eau. Les villages ciblés pour l’aide alimentaire seront prioritaires. L’approvisionnement régulier de ces citernes sera mené avec l’appui de l’AES (Alimentation de l’Eau dans le Sud), basé à Ambovombe, qui mettra à disposition des camions citernes de 5 à 6 m3. La distribution de l’eau au niveau des villages se fera avec l’appui d’agents communautaires. Des outils de suivi permettront de s’assurer de la répartition équitable de l’eau dans les ménages.

 

La mission “Kéré 2020′ combine deux objectifs spécifiques

•  Un appui des ménages les plus vulnérables avec une aide alimentaire pour la famille et des intrants nutritionnels pour les jeunes enfants.

– Un accès à l’eau potable facilité, via la réhabilitation des citernes et un approvisionnement.

 

• Appel à la générosité

 

Grâce au projet de l’association “Kéré”, ce sont 750 ménages vulnérables, soit 6000 personnes, qui vont pouvoir bénéficier d’une aide alimentaire et d’intrants nutritionnels pour les jeunes enfants. Avec la réhabilitation des citernes, ce sont 12 000 personnes qui vont bénéficier d’un approvisionnement régulier en eau potable. Mais ces objectifs pourront être réévalués en fonction des fonds réunis par l’association. Pour mener à bien son projet, “Kéré” a donc besoin de vous. L’idée, c’est de fédérer toutes les actions qui s’organisent aux quatre coins de l’île. Toutes les initiatives sont les bienvenues. Les dons, aussi, même modiques.  Vous pouvez déjà adresser des chèques à l’ordre de l’association “Kéré” (au 1 rue Roland-Garros – 97 400 Saint-Denis). Des urnes sont également disponibles dans les agences du Journal de l’Île, à Sainte-Clotilde et Saint-Pierre.

 

Lukas Garcia
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