[Société] Ivan Hoareau, la lutte jusqu’au bout

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Le loup blanc des grandes mobilisations, celui qui menait les troupes, c’était lui, Ivan Hoareau. Représentant du premier syndicat de l’île, la CGTR depuis 1996, il était de tous les combats, il avait ça dans le sang. Il luttait contre la casse sociale, les injustices, souvent, il se défendait d’être le leader pourtant, le moustachu au crâne rasé était connu de tous les Réunionnais. En plusieurs décennies, il a gagné bon nombre de combats, en a perdu certains aussi mais cela n’a jamais entamé sa détermination. Ivan Hoareau était le pilier de la lutte syndicale réunionnaise. Hier, la maladie l’a emporté mais son héritage vivra encore longtemps.

Deux ans qu’il se battait contre un cancer qui l’avait affaibli et obligé à prendre du recul sur son combat syndical. Mais de loin, il continuait à suivre les réformes, à s’offusquer et à grommeler. Il était comme ça Ivan Hoareau, “il avait son caractère” sourient ceux qui le connaissaient bien. Jusqu’au bout, il est resté le secrétaire général de la CGTR mais Jacques Bughon, avec lequel il partageait son bureau dans les locaux du syndicat assurait l’intérim. Il est encore sous le choc « on a appris la nouvelle ce midi, à table. Justement, nous parlions de lui, de son état de santé. Ça a été un coup de massue. Je suis resté sans voix » souffle le syndicaliste.

 

Avec le temps et l’expérience, celui qui appelait tout le monde à la cantonade “camarade” était devenu le vieux sage du syndicat, celui que l’on écoute « malgré la maladie, il suivait toujours l’actualité, nous l’appelions pour avoir ses conseils, c’était un meneur » raconte Jacques Bughon. Un meneur, oui, car Ivan Hoareau était la tête et les pieds du syndicat. Fin stratège, il mettait en place les tactiques appliquées par les syndicalistes en fonction des mobilisations. C’est comme cela qu’en 1997, pour faire entendre leur voix contre le projet de révision de la surrémunération des fonctionnaires de Jean-Jacques Peretti, à la tête du collectif de fonctionnaires et d’étudiants, Ivan Hoareau avait choisi de frapper fort en retenant le président de la chambre de commerce et d’industrie.

 

Plusieurs années avant, il était de ceux qui s’étaient soulevé pour que le Smic et l’ensemble des prestations sociales et familiales versées dans les territoires ultramarins soient alignés sur ceux de la métropole. Pour que la « fameuse » égalité réelle ait enfin un sens. Cela avait pris des années, mais le gouvernement avait fini par plier. C’était là les débuts du combat d’Ivan Hoareau. Et avec le temps et l’expérience, l’oisillon avait déployé ses ailes pour devenir l’aigle avide de justice sociale qui a émergé quelques années plus tard.

 

Fonctionnaire territorial depuis 1981,détaché. Il s’était aussi frotté à la politique,Secrétaire général adjoint de la mairie du Port, sous les mandats de Paul et de Pierre Vergès (1981-1991). Secrétaire général de la mairie de Sainte-Suzanne sous les mandats de Lucet Langenier, puis de Maurice Gironcel (1991-1996). 

 

Ivan Hoareau c’était aussi les jambes parce qu’il pouvait battre le pavé des semaines durant, il ne baissait jamais les bras, ce n’était pas dans son ADN. Son leitmotiv aurait pu être « ne jamais lâcher ». Il se disait « fonceur et têtu » et il n’a jamais failli. « Cela prendra le temps qu’il faudra mais ce n’est pas nous qui plierons » disait-il au moment du Cospar en 2009. Ivan Hoareau était l’une des têtes pensantes du mouvement contre la vie chère à La Réunion.

 

Et également l’élément fédérateur. Grâce à son aura, des milliers de personnes avaient embrassé cette cause. Les manifestants avait fini par obtenir gain de cause après des semaines de grève, de mobilisation, d’actions coup de poing… Le pilier de l’intersyndicale était allé au bout en même temps, cela faisait des années qu’il attendait un mouvement de cette ampleur. Des années qu’il attendait que La Réunion se réveille. Avec le Cospar, il avait réussi à soulever les foules. Là encore, il se défendait d’être le leader du mouvement pourtant il en avait été le pilier.

 

Ces dernières années, il était monté au front contre la réforme des retraites, la loi El Khomri et avait participé à plus d’une dizaine de manifestations. Mais depuis deux ans, il se faisait rare. Atteint d’un cancer, il luttait contre la maladie qui ne lui laissait que peu de répit. L’une des ses dernières sorties a eu lieu en octobre 2019, lors de la venue d’Emmanuel Macron à La Réunion. Le chef de l’État n’avait pas voulu rencontrer les organisations syndicales, Ivan Hoareau avait été cinglant « je n’attends rien de cette visite. J’attends que les organisations syndicales et au-delà, les citoyens Réunionnais, se mobilisent pour dire au président de la République : votre politique est antisociale, c’est une politique d’inégalité, faite pour les riches et contre les pauvres ».

 

Ivan Hoareau aura lutté jusqu’au bout mais la maladie l’a emporté hier à Marseille où il était suivi médicalement. Le syndicaliste de 65 ans était l’une des figures de proue du militantisme syndical de l’île, son combat en a inspiré plus d’un et a laissé une trace indélébile dans l’Histoire réunionnaise.

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