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Hommage. Une minute de silence dans tous les établissements scolaires sera observée à la rentrée en hommage au professeur victime de l’attentat terroriste à Conflans. Pour Chantal Manès-Bonnisseau, rectrice de l’académie, l’école doit plus que jamais défendre la liberté d’expression et la liberté pédagogique.
Quelle est votre première réaction ?
Chantal Manès-Bonnisseau, rectrice de l’académie : “Je ressens une profonde inquiétude et de la tristesse. Je ressens une indignation profonde devant cet acte de barbarie qui nous laisse tous en colère et sans voix. L’éducation apportée par l’école doit justement permettre à tous les enfants d’être armés pour lutter contre ces attaques qui visent les valeurs de la République. Je suis profondément affectée par cet événement : notre académie sera mobilisée pour défendre activement l’esprit critique et les valeurs républicaines en ne reculant jamais. A la rentrée, tous les personnels et les élèves observeront une minute de silence.”
Enseigner est-il devenu un métier dangereux ?
Heureusement non. Evidemment, on pense aux attaques contre Charlie Hebdo qui visaient déjà la liberté d’expression. Face à ces attaques, nous devons nous lever pour défendre nos valeurs, celles de la République. L’école est le premier lieu d’apprentissage de ces valeurs.
Comment concilier la liberté d’expression au sein de l’école ?
La liberté d’expression est une valeur de notre société. Les professeurs disposent aussi d’une liberté pédagogique dans leur classe dans le respect des programmes nationaux. Mais les textes leur reconnaissent une marge de manœuvre pour aborder chaque thème. L’école doit défendre la liberté d’expression. On doit pouvoir s’exprimer même si on n’est pas d’accord avec ceux qui sont en face. On se retrouve aujourd’hui exactement dans la même situation à l’école que pour Charlie Hebdo.
Quelle est la place de la laïcité à l’école ?
“La laïcité est une des valeurs qui fonde notre République. L’école est un lieu de neutralité pour l’enseignement. Nous appliquons une charte de la laïcité qui vise à protéger toutes les pratiques religieuses, mais aussi ceux qui n’en ont pas. Les enseignants doivent parler du fait religieux sans prendre parti ou faire savoir à quelle religion ils appartiennent. Après les attentats contre Charlie Hebdo, rien n’a été interdit comme support pédagogique. Il faut éviter toute réaction à chaud, mais il faudra échanger pour amener les élèves à prendre conscience de la gravité de cet acte.”
Emilie Marty
“C’est une onde de choc”
“Je suis complètement horrifiée, je n’ai même pas de mot assez fort…” Marie-Hélène Dor, secrétaire départementale de la FSU était encore sous le choc hier. Même si la Réunion semble éloignée d’une telle tragédie, l’émotion est immense. “L’objectif de ces actes est clair, c’est l’intimidation. Ils veulent nous faire croire qu’il devient dangereux de faire un choix libre. Ce climat de crainte peut amener vers une auto-censure alors que la liberté pédagogique est inscrite dans notre métier”, analyse Marie-Hélène Dor.
“Les valeurs que vous devons enseigner à l’école sont à l’opposé de ce geste. Nous sommes sur des valeurs de tolérance, de respect de l’autre, d’accepter des idées différentes. Nous respectons toutes les religions, mais aussi ceux qui ne croient pas. Ce crime est une crime contre un collège évidemment, mais c’est aussi un crime contre la République toute entière. Nous en sommes encore à faire les mêmes constats que lors des attentats contre Charlie Hebdo, la défense de la liberté d’expression”, note Marie-Hélène Dor.
“Nous sommes extrêmement choqués et peinés. C’est une catastrophe pour nous, une onde de choc. C’est inadmissible car la liberté de parole, d’expression, l’esprit critique et la laïcité doivent être respectés. L’école doit demeurer le creuset de la République et des Droits de l’Homme. C’est totalement inacceptable de s’attaquer à une école. Mais il est hors de question de renoncer à la liberté d’enseignement : la liberté d’expression est une partie prenante de notre profession. Nous enseignons l’esprit critique. Nous ne pouvons accepter une quelconque censure : le respect de la laïcité est un principe qui nous tient extrêmement à cœur. Le fait religieux fait partie des enseignements fondamentaux et il doit être étudié en cours”, indique Jérôme Motet, vice-président du Snalc.
Même émotion pour la CGTR Éduc’action pour qui toute la profession “est endeuillée” mais “restera combative parce que l’École doit rester le lieu du vivre ensemble, de l’émancipation et doit former des citoyens libres et éclairés”.
E.M
Rassemblement mardi à 18h
La Ligue des Droits de l’Homme à la Réunion appelle à un rassemblement en hommage à l’enseignant assassiné. Il aura lieu mardi à 18h sur le Parvis des Droits de l’Homme à Saint-Denis. “La Ligue des Droits de l’Homme à la Réunion demande à toutes les composantes de la société réunionnaise, aux autorités morales, civiles et associatives en particulier, d’exprimer publiquement leur condamnation sans équivoque de cet acte de barbarie et leur engagement explicite en faveur de la liberté d’expression, de la liberté pédagogique et de la laïcité”, indique la ligue dans un communiqué.
“Le CRCM condamne sans réserve cet acte odieux”
Le président du Conseil régional du culte musulman de la Réunion, Nazir Patel, condamne l’acte terroriste de vendredi soir. “C’est un sentiment de tristesse et de révulsion face à l’horreur qui est montée d’un cran. Ces actes sont à l’opposé des valeurs de notre République, des citoyens, des êtres humains tout simplement. C’est un acte odieux qui ne fait évidemment pas partie de nos valeurs, de notre culture, de notre façon de vivre. Nous représentons toutes nos condoléances à la famille du professeur, ses proches, ses collègues et ses élèves. Nous soutenons sans réserve le corps enseignant. C’est aujourd’hui le temps de la compassion et de l’unité, puis viendra le temps de l’analyse pour décortiquer les voies qui mènent à ces actes barbares. Il faudra un jour en finir avec le terrorisme : on ne peut pas vivre éternellement en ne sachant pas ce qui va arriver demain. C’est un nouveau symbole de la démocratie qui est attaqué : l’école. Après la presse en 2015. C’est absolument insupportable pour nous tous. Nous nous associons à l’appel au rassemblement mardi et à l’hommage national qui sera rendu mercredi. Nous appelons la population à y participer”, indique le professeur d’économie-gestion été élu à la tête du CRCM en novembre dernier.
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