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7e ART. Le cinéma est en deuil cette semaine après que Claude Brasseur ait tiré sa révérence pour s’en aller ailleurs, pour retrouver, à n’en pas douter ce fabuleux acteur qu’a été Pierre. Un père pour lui tracer la voie dans la carrière dont le flambeau dans cette dynastie se transmet encore aujourd’hui, quand bien même le panache des aînés se perd, la TV peut en témoigner, les derniers rejetons s’y commettant, sans génie, en feuilletons attestant comme le dit le dicton que le talent peut sauter une génération…
C’est en tout cas un homme de cinéma respecté dans le métier qui a débarqué en novembre 2006 à la Réunion . Brasseur, le second, y était convié pour jouer un rôle dont on n’est pas certain qu’il ait beaucoup apprécié la mission. Il devait y incarner le président du jury réuni pour la seconde édition de certain Festival du Film de la Réunion, intitulé qui laissait planer tout exprès le doute sur le caractère inédit de la manifestation, son organisatrice voulant saboter les événements du même genre qui l’avaient précédé et qui survivaient jusque-là sous le nom d’Ohana.
Les mauvaises intentions peuvent malheureusement avoir un effet boomerang car si leur instigatrice a fini par dégommer les autres festivals du long et du court , elle s’est elle-même tirer une balle dans le pied avec pour résultat « Fin » de la saga des grands événements à la Réunion au nom du cinéma…
Mais quand Claude Brasseur est arrivé, cette année là, comme les autres invités promus jurés à ses côtés, Antoine Duléry, Samuel Le Bihan, Charlotte Valandrey et Saïd Taghmaoui, ce nouveau festival promettait. Aucun d’entre eux ne s’était d’ailleurs fait prier pour découvrir les attraits de cette petite France de l’Océan Indien, croyant, par dessus le marché, qu’ils étaient comme des missionnaires, les premiers à venir semer la bonne parole du 7e Art comme on le leur avait dit à Paris. Brasseur, lui, a expliqué d’emblée que ce qu’il préférait dans la vie, c’était « les petits festivals comme celui de la Réunion: moins de pression ! ». D’autant qu’il était en compagnie d’amis qui tous avaient eu l’occasion ou le plaisir de jouer avec lui et qu’en qualité d’aîné il arborait la caquette de maître de cérémonie.
« La passion compte autant que l’expérience »
Avant qu’il ne soit enfermé dans les salles de projections et les débats entre jurés pour déterminer à quel film attribuer les Prix de cette édition, il nous avait juste dit : “On va prendre le temps de se rencontrer, de faire du sport et de boire des canons ensemble ! C’est bien agréable. Être président ? Je n’aime pas beaucoup le mot, parce que ça me rappelle la politique et que la politique ne me satisfait pas vraiment. Mais j’ai accepté parce que je découvre La Réunion. Un mot pour le coup qui me semble être l’un des plus beaux de la langue française. Et puis, comme le prouve Samuel Lebihan qui s’est déjà colleté avec la vague en surf, ici on ne bronze pas idiot, on a la plage « tonique » ! À l’image de l’activité du volcan ! Ça me plaît… ».
L’idée lui plaisiait aussi de « récompenser un film tous ensemble.Ça aussi c’est une belle aventure. D’ailleurs, j’ai une suggestion à vous faire”, ajoutait Claude Brasseur à ses partenaires du jour : “Je pense que l’on pourrait attribuer aussi, une mention spéciale pour une belle photo, un bon scénar ou un talent particulier, si vous en êtes d’accord ?”
Toute la troupe ayant acquiescé, il leur restait donc quelques jours pour trancher sur le meilleur film, et sur la distinction qui fera honneur à la jeune réalisation.. Qu’elles soient celles d’une première ou d’une deuxième œuvre, comme c’était le cas pour ce festival, elles ne présentaient pas, pour la plupart des jurés, de risque d’échec. Claude Brasseur en tout cas assurait : « Il n’existe pas de botte secrète pour faire un bon film et le désir, le travail, la passion comptent autant que l’expérience. D’ailleurs rien ne dit qu’un vieux routier ait la garantie de ne pas faire un navet. Et s’il a déjà fait un ou deux courts, un jeune réalisateur de premier film peut-être meilleur qu’un vieux !”.
« Réaliser ? Jamais ! J’aime trop jouer « …
Là-dessus, ayant encore le droit de lui poser quelques questions avant que ne sonne la fin de toute interview jusqu’à la remise des prix, on en profitait pour demander à Brasseur s’il avait eu jamais l’envie de devenir cinéaste ? “Jamais ! J’ai bien trop envie de sprinter ! Or, actuellement, la préparation d’un film ça dure plus d’un an, souvent trois… Je serais incapable de bander pendant tout ce temps-là ! J’ai envie de passer à autre chose. Et puis toutes ces discussions à la télé où ils ne veulent pas prendre tel acteur et surtout pas ci mais ça !… Ah non alors, ça ne me tente pas ! Pour moi, la création, c’est dans l’instant. Ça a été l’un des atouts de la Nouvelle Vague….”.
Là-dessus Antoine Duléry ayant souligné que le cinéma devenait « très (trop) formaté, avec des montages extrêmement compliqués, des énarques qui décident, des gens qui gambergent et calculent tout… Un enfer ! A se demander qui aujourd’hui parierait un euro sur un type comme Buñuel ?…”, le président du jury a rappelé que toute cette vaste machinerie financière risquait bien de se faire avoir. “Par de jeunes insolents, inconnus… Des gamins qui avec trois balles et du génie, une vraie créativité, plus la maîtrise des technologies de pointe, décrochent le cocotier ! Car heureusement, il n’y a pas de règles. Et c’est le public qui décide. Si c’est un petit bijou, ça peut marcher !” …
Sur ces derniers mots il a endossé comme il faut le costume du président, se réservant juste quelques heures pour apprécier le ciel et le soleil couchant sur le lagon avant de déguster quelques bons carris. Il devait revenir quelques années plus tard pour tourner à la Réunion et découvrir un peu plus de ce petit pays qui dès son premier séjour lui avait fait envie.
Marine Dusigne
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