[Société] Des clés pour cerner notre culture créole

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Livres : le choix est vaste

Par Franky Lauret, écrivain, dramaturge.

 

En cette semaine créole, si l’envie vous prenait d’ouvrir quelques livres, vous pourriez ouvrir un ouvrage en français qui parle du patrimoine linguistique et culturel réunionnais, lire des œuvres en français qui sont liées à l’île et même, pourquoi pas, ouvrir un livre écrit en créole. Oui mais lesquels ? Et où les trouver ? Seriez-vous prêt ? (*)

 

 

Les auteurs

Le fonds local de votre bibliothèque municipale ou médiathèque est fourni en auteurs créoles. Vous pouvez y chercher les ouvrages de Anne Cheynet, Sully Andoche, Barbara Robert, Boris Gamaleya, Axel Gauvin, Alain Gili, Daniel Honoré, Patrice Treuthardt, Gilbert Pounia, Danyèl Waro, Christian Jalma, Claire Karm, Mikael Kourto, Babou B’Jhala, Carpanin Marimoutou, André Robèr, Jean-Louis Robert, Jean-François Samlong, Daniel Vaxelaire, Emmanuel Genvrin, Teddy Iafare Gangama, … et plein plein d’autres.

 

 

Ouvrages de référence

“Robert Chaudenson, Des îles, des hommes, des langues”. Cet essai sur le processus de créolisation linguistique et culturelle, présente des résultats de la recherche des études créoles. 

 

“Armand & Chopinet, Anthologie de la littérature réunionnaise d’expression créolophone”. Cette anthologie est une porte d’entrée permettant d’avoir un panorama de la littérature réunionnaise en créole de 1828 jusqu’aux années 1980.

 

“Anthologie de la littérature réunionnaise” d’Agnès Antoir, Marie-Claude David-Fontaine… Cette anthologie présente des textes en français et en créole, allant jusqu’aux années 2000.

 

 

Sur Internet

http://lofislalangkreollarenyon.re/ Le site de l’association Lofis La Lang Kréol La Rényon, présente de nombreuses portes d’entrées sur différents axes linguistiques, culturels, juridiques…

 

http://ile-en-ile.org/ Des centaines d’auteurs francophones des îles et de leur diaspora avec des dossiers approfondis : photos, biographies, bibliographies, entretiens et extraits de textes, souvent lus.

 

http://www.potomitan.info/ Site antillais et pancréoliste, c’est-à-dire qu’il s’intéresse à l’ensemble des mondes créoles de la planète. 

 

https://pedagogie.ac-reunion.fr/lvr-ecole.html Page de Langue Vivante Régionale, portail pédagogique de l’académie de La Réunion.

 

 

Les éditeurs

 

Ils ont tous des sites internet faciles à trouver : Éditions K’a, UDIR, Surya, L’Harmattan. Certains textes existent mais ne sont pas disponibles sur l’île, comme le texte de la pièce jouée par Erick Isana, “Fer 6” dont le texte est en vente en ligne chez Presses Sorbonne Nouvelle.

 

(*) Petit test de lecture créole : ce premier paragraphe, en créole, ça donnerait : “Pou la somène kréol, si lanvi i mont si ou rouv inn dé liv, sré posib rouv in liv an fransé i koz dési lo zarlor la lang ék la kiltir La Rényon, lir liv an fransé gatiré ansanm lil li-minm, akoz pa, rouv in liv ékri an kréol. Hin hin. Mésoman lékèl ? Epila, ousa i trouv ? Paré, pa paré ?”

 



 

Cinéma : les incontournables

 

Par Elsa Dahmani, de l’association Cinékour.

 

“Koman ilé La Source”, de Madeleine Beauséjour (1988). C’est le premier court de fiction parlé en créole réunionnais et porteur d’une identité culturelle populaire forte. Il nous plonge dans la vie d’une jeune famille de la cité de La Source à Saint-Denis et dépeint une chronique sociale, véritable témoignage de la vie de l’époque, sur fond de montée du chômage et de solidarité. Il est renommé “La Source City” sur la pression des financeurs et remporte le Prix du meilleur court-métrage au très pointu Festival du Film d’Amiens cette année-là.

 

“Le soleil donne” de Sandro Agenor (1991). Documentaire réalisé dans le quartier du Chaudron suite aux émeutes qui ont embrasé les rues quelques temps plus tôt. Il donne la parole aux habitants (familles, jeunes, “gars la boutik”). Tout un monde aujourd’hui disparu mais finalement pas si éloigné des questions qui continuent d’animer notre société réunionnaise. Le film était produit et diffusé par RFO. Il est en libre accès sur YouTube, sur la chaîne du réalisateur, scénariste professionnel et intervenant scénario à l’ILOI.

 

“Sac la mort” d’Emmanuel Parraud (2016). Ce long-métrage tourné avec des acteurs non professionnels est saisissant de véracité. Il montre une facette de La Réunion qui est l’anti-carte postale. Non sur les îles, il n’y a pas que le sable et les cocotiers. Il y a des gens qui vivent, qui souffrent et qui aiment. Le film a été sélectionné par l’ACID au Festival de Cannes et salué par la critique.

 

“Tangente” de Julie Jouve et Rida Belghiat (2017). L’histoire d’une jeune détenue qui participe au Grand Raid et dont la course éprouvante va lui permettre de se dépasser et se transformer. Le scénario de ce film a remporté le Prix Océans du Court-Métrage de (feu) France Ô, ce qui lui a valu une avant-première lors de la Clôture de la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes. Le film connaît ensuite un grand succès lors de son parcours en Festival avec plus d’une trentaine de prix, à La Réunion, en France et à l’international. Il va même jusqu’en sélection pour le César du court-métrage 2018.

 

“Dan Fon mon ker” de Sophie Louÿs (2018). Ce documentaire sensible donne la parole aux fonkezer et met en lumière la beauté de la langue créole, sa poésie et sa force résiliente. Le film a été présenté dans de nombreux festivals, faisant découvrir la richesse du créole réunionnais par-delà les mers.

 

“Blaké” de Vincent Fontano (2019). Premier film du dramaturge venu du théâtre, il naît sous une bonne étoile puisque le projet est lauréat “Talents La Kour” de la première promo de Cinékour en 2017. Soutenu par France Télévisions (Réunion la 1ere et France 2), le film, à la poésie crue, parlé intégralement en créole, est l’une des révélations du plus grand Festival de court-métrage du monde, à Clermont-Ferrand. Il décroche le Grand Prix du court-métrage 2020 de France Télévisions et poursuit sa carrière en festival, remportant de nombreux prix. Il est aujourd’hui en tournée aux États-Unis avec le Champs Élysées Film Festival où il avait décroché la mention spéciale du jury.

 

Les films sont à retrouver pour certains, aux côtés de beaucoup d’autres, sur les plateformes de VOD, Kwa Films et OI>Film. Pour découvrir plus de courts sur grand écran, rendez-vous tous les 4e jeudi du mois au Centre culturel de Château-Morange pour les Soirées Projèt A Li organisées par La Kourmétragerie (programme à découvrir sur la page Facebook de La Kourmétragerie).

 



Musique : 10 grands noms du répertoire

 

Par Fanie Précourt, chargée du patrimoine au Pôle régional des musiques actuelles.

 

1. Bien que ses enregistrements soient usés par les craquements des micros sillons, qu’il fut le premier des artistes réunionnais à graver à Paris, Georges Fourcade (1884 -1962) témoigne dès 1926, des bases de la “chansonnette créole” (qui deviendra le séga). Mais ne vous y trompez pas, “P’tite fleur fanée” reste une valse ! Celui que l’on surnommait “le Barde créole” est l’auteur de nombreux standards du folklore réunionnais, à l’image de “Mon mari pécheur”, “Boulevard La Providence”, ou encore “Mon Doudou”. 

 

2. Quelle chance que Loulou Pitou (1923-2002) ait eu l’opportunité d’enregistrer au début des années 1950 les cinq figures d’un quadrille créole ! Sans le 78 Tours (Festival OM 212S) qu’il consacre à ce genre, nous n’aurions aucune trace audio de ce répertoire, pourtant très en vogue à la fin du XIXe siècle. Rois des bals populaires et familiaux des années 1950/1960, Loulou Pitou et son orchestre instituent sur l’île les modes chorégraphiques européens mais créolisés.  

 

3. Luc Donat (1925-1989), que l’on surnomme à juste titre le “Roi du séga” pour avoir rendu cette musique très populaire sur l’île mais aussi en métropole. Ambassadeur, il reste en effet le premier artiste réunionnais à avoir médiatisé et véhiculé à partir de 1958 le séga à Paris. Jusqu’à détrôner le cha-cha-cha et le calypso, ses musiques, enregistrées notamment par le label Vogue, fascinaient un public rêvant d’îles lointaines et avide de “musiques et de danses exotiques”.  

 

4. Dans la famille “chanteur de rue”, Henri Madoré (1928-1988) est incontournable pour y être le dernier représentant de cette tradition et l’unique à l’avoir enregistré. Ainsi, à l’écoute de ses chansons gravées sur 78 et 45 Tours consacrés à ce troubadour atypique des années 1955 à 1970, nous nous replongeons dans la coutume disparue d’improvisation (au bon vouloir des passants) de textes et de mélodies sur une rythmique séga. 

 

5. Premier groupe musiciens-chanteurs de l’île en 1962, les Jokarys (à l’origine nos regrettés Henry Maingard, André Legras et Alain Chopy), marquent l’histoire de la musique locale en offrant au public des versions modernisées des musiques traditionnelles de la première moitié du XXe siècle. Ainsi le séga des Jokarys prend un air plus festif, moderne et entraînant à travers leurs compositions ou réinterprétations. 

 

6. Il faudrait vivre sur une autre planète pour ne jamais avoir entendu parler d’Alain Peters (1952-1995). Figure emblématique du métissage musical (séga/maloya) des années 1970/1980, cet auteur-compositeur-interprète a donné une nouvelle couleur à la tradition en l’électrisant et la dotant d’une écriture métaphorique. Intemporel, Alain Peters reste, à titre posthume, l’ambassadeur du patrimoine musical réunionnais. 

 

7. Bien qu’il y ait eu des enregistrements de maloya dès les années 1950, Firmin Viry (1935) est celui à qui l’on doit une plus grande visibilité et popularité du genre à partir de 1976 (sortie du 33T PCR 01). Le public découvrira en effet tardivement ce vaillant militant et défenseur du maloya, à travers ses reprises de paroles et mélodies issues de la tradition ancestrale afro-malgache. 

 

8. Ziskakan, dont le leader est Gilbert Pounia (1953), s’inscrit dans le phénomène des groupes culturels de l’aube des années 1980, mettant leur musique au service des textes poétiques et militants. Rattaché ainsi au mouvement de la “chanson engagée” de longues années durant, il marque un pan de l’histoire de la musique locale, avant d’évoluer vers la world musique. 

 

9. Créé en 1984 par les frères Joron aux côtés de leur patriarche violoniste Jules, le groupe Ousanousava est un incontournable exemple de la transmission familiale et de la pérennisation de la tradition, bien qu’évolutive. Dans le plus grand respect des mélodies et de l’instrumentation traditionnelle, il est le garant de l’identité musicale métisse de La Réunion. 

 

10. Si le maloya est connu aujourd’hui ne serait-ce que nationalement, c’est en très grande partie grâce à Danyel Waro (1955). Ce chantre, passionné des sonorités et métaphores de la langue créole œuvre inlassablement pour le rayonnement du maloya, un héritage qu’il incarne, véhicule et transmet au quotidien avec passion depuis plus de quarante ans. 

 



 

Sirandanes : Kosa in soz ?

 

L’ami Patrice Treuthardt nous livre les fameuses devinettes de nos gramounes. Le génie créole dans toute sa splendeur.

 

1. 8 bransh dann lo

 

2. Ti bonom gran shapo 

 

3. Mi kass sèrkèy, mi manz lo mor 

 

4. Rob rouz, zipon blan, soulyé vèrni 

 

5. Mi porte in kourone, mé moin lé pa la rèn, moin lé pa lo roi 

 

6. Pavé par dési, pavé par dosou

 

7. Li rakonte bonpé bagou mé li koz pa

 

8. Mon bèrso mon shapo, mon shapo mon tonbo

 

9. Tou ron, tour on, san fon

 

10. Mi boir par la tèt, mi pisse par lo bra

 

11. Mi garde ali, li garde amoin

 

12. Lo zour mi pandiy, lo soir moin lé dann trou

 

13. Moin lé dobout, li lé alonzé, moin lé alonzé, li lé dobout

 

14. Mon bassin lé sèk, mèt in pay dodan, li déborde

 

15. Kosa in soz ? Mi marsh li marsh, mi arèt li marsh

 

16. Li na lo pyé mé li marsh pa, li na la min mé li trap pa

 

Réponses

1. Zourit, 2. Shanpinion, 3. Pistas, 4. Létshi, 5. Grénad, 6. Tortu, 7. In liv, 8. Léskargo, 9. In bag, 10. Rozoir (larozoir), 11. La glass, 12. La klé la porte. 13. Lo pyé, 14. Lo zyé, 15. La montre, 16. Pyé banane

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clicanoo

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