[Société] « Des chiots massacrés à la machette par des enfants » : une pétition ravive la polémique

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La pétition mise en ligne il y a une semaine a recueilli plus de 70 000 signatures. Le titre est sans équivoque « pour l’arrêt du massacre de chiots à Saint-Denis de La Réunion ». Publiée par une association métropolitaine, cette pétition a ravivé la polémique. Dans les commentaires, les Réunionnais sont qualifiés de « barbares », certains racistes s’en donnent à coeur joie, pour eux La Réunion est « un pays de sauvages, comme les pays arabes », « Est on en France dans ces “départements” ? », « L’ile de la Réunion est une ile de sauvages ? ».

 

« La Réunion, île puante », « des mentalités pourries avec des civilisations primaires », « honte aux Réunionnais », « je n’entends parler de cette île que dans des occasions comme celles-ci », « ils sont civilisés là-bas ou non ? On dirait que non… », « Les Réunionnais sont français, non … ? Comment peuvent-ils alors se comporter ainsi comme des cannibales, des barbares, des criminels sanguinaires … les adultes comme les enfants ? C’est révoltant, inadmissible, indigne et cruel !!! » Des commentaires de cet acabit, il y en à la pelle sous cette pétition, sans compter ceux qui appellent au boycott de notre île.

 

Parmi les milliers de commentaires, des personnes font des raccourcis, généralisent et fantasment les Réunionnais sans connaître les tenants et aboutissants de ce dossier. Effectivement, la question animale est une vraie problématique à La Réunion comme ailleurs sur le territoire national. Pire, les faits dénoncés ne sont, pour le moment, pas prouvés…

 

Le texte qui accompagne la pétition relate le témoignage d’une femme passé sur les ondes d’une radio locale. Un témoignage effarant, cette femme affirme avoir assisté à un massacre de chiots à la machette dans la ravine de Patate à Durant à Saint-Denis. Selon le témoignage, ces actes de barbarie seraient commis par « des enfants mineurs entre 9 et 15 ans, enfin des tortionnaires plutôt » dit-elle.

 

Si les cas de maltraitance animale dans cette ravine, plus précisément du côté de Zac Finette ne font aucun doute, l’escalade dans la violence avec des massacres de chiots à la machette reste encore à prouver.

 

 

La maltraitance et la torture ne font aucun doute

 

 

Fin août, Martine amenait un journaliste du JIR sur place. Effectivement, une sorte de chenil improvisé s’y trouvait. Des chiens, jeunes et moins jeunes avaient été retrouvés attachés, sans eau ni nourriture. Des animaux utilisés pour des combats de chiens. Nous avons contacté Martine concernant ces allégations de chiots découpés à la machette, elle est consternée. Elle est aux première loges et assiste, démunie, à des scènes révoltantes « c’est un amusement pour ces gamins complètement largués ». Elle explique avoir détaché une dizaine de chiens et en avoir ramené autant à la SPA, elle a également entamé le dialogue avec ces marmailles pour leur faire cesser ces combats mais ils n’ont pas entendu raison « pour eux, l’animal est un jouet, ce sont des actes de tortures pourtant, ces gamins n’ont pas conscience de la violence de ce qu’ils font » lâche-t-elle désespérée.

 

Martine détaille aussi les coups de savate pour « abrutir les animaux », « les hurlements déchirants de ces chiots » et « leurs conditions de vie déplorables » cependant, elle affirme n’avoir jamais assisté à des massacres de chiots à la machette « la torture est évidente et cela m’est insupportable mais je ne peux pas imaginer que l’on hache des animaux. J’espère juste que ce n’est pas pour faire du sensationnalisme car cela décrédibilise tout le reste ».

 

 

Une association mal renseignée

 

C’est là tout l’enjeu. L’association métropolitaine « AnimOvergne » à l’origine de cette pétition admet qu’elle n’a aucune preuve concernant ces massacres à la machette réalisés par des gosses, qu’elle dénonce pourtant. La seule et unique preuve : le témoignage de cette dame. « Un monsieur nous a également contactés. Tous deux nous ont raconté que la chienne avait huit chiots, du jour au lendemain, il n’en restait plus que deux, c’est étrange tout de même… ». Étrange oui, mais cela ne veut n’atteste en rien les massacres décrits par cette femme. Elle aurait d’ailleurs envoyé des vidéos et des photos où l’on pouvait voir les conditions déplorables dans lesquelles les animaux étaient séquestrés mais rien concernant des animaux découpés en morceaux à la machette.

 

 

Les associations de protection animale se fédèrent

 

Pour essayer de trouver des preuves, l’association métropolitaine est entrée en contact avec des bénévoles à La Réunion. Le week-end dernier, ils se sont rendus du côté de la ravine de Patate à Durant avec un vétérinaire. Sur place, trois crânes de chien (ou de chiot) ont été retrouvés ainsi que des gamelles et des boîtes de nourriture pour chien. En tout, cinq toutous ont été pris en charge par l’équipe, la chienne dont six petits auraient été massacrés, un chiot et une autre chienne gestante. Selon la présidente d’AnimOvergne « la torture animale ne fait aucun doute, ces chiens étaient détenus derrière des grilles dans un squat aménagé en chenil de fortune dans des conditions difficiles. Ils n’étaient pas maigres mais on voyait, notamment pour les deux chiennes, qu’elles avaient été victimes de reproduction à outrance ».

 

L’intervention des bénévoles a une utilité bien précise : que les autorités prennent le dossier à bras-le-corps. « Il s’agit d’un début d’intervention au pénal. Ces éléments matériels vont permettre de fournir un dossier solide pour déposer une plainte directement au parquet » explique Maître Mélanie Thieffry, l’avocate qui conseille les associations. « C’est un mouvement inédit, les associations se sont fédérées. Jusqu’ici, des actions disparates étaient menées, des plaintes étaient déposées mais rien ne bougeait. Aujourd’hui, les associations se sont rassemblées, ce qui permettra à ce dossier d’avoir plus de poids. Et qu’au lieu qu’elles se mobilisent en lieu et place des forces de l’ordre, que les gendarmes et les policiers mènent des actions fortes sur le terrain. »

 

L’avocate admet que pour le moment, aucun élément ne corrobore le témoignage de la femme qui affirme avoir assisté à un massacre de chiots à la machette cependant, la torture et la maltraitance animale sont, elles, bien réelles. Par ailleurs, ces pratiques, qui prennent place à La Réunion comme sur le reste du territoire national, doivent, évidemment, être dûment sanctionnées.

 

Non, les Réunionnais ne sont pas des sauvages

 

Cependant, il est toujours dommage que La Réunion soit pointée du doigt pour des faits, qui jusqu’ici ne sont pas prouvés. Ce qui n’est pas sans rappeler l’affaire Brigitte Bardot. Forcément, un massacre de chiots  à la machette par des gamins, cela fait réagir et réveille les bas instincts de nombre de personnes qui n’hésitent pas à jeter l’opprobre sur tous les Réunionnais. Mais que dire des citoyens, des associations, des bénévoles qui se mobilisent au quotidien pour aider ces animaux, les recueillent, leurs trouvent une famille, s’en occupent ? Des faits isolés sont-ils représentatifs de toute une population ? L’intervention le week-end dernier des bénévoles dans la ravine de Patate à Durant a permis de récupérer une plusieurs animaux qui seront soignés et placés dans des familles.

 

Pour terminer, plusieurs personnes choquées par certains propos tenus dans la rubrique commentaires de cette pétition ont fait des signalements sur le site du gouvernement pour « incitation à la haine raciale ou provocation à la discrimination de personnes en raison de leurs origines, de leur sexe, de leur orientation sexuelle ou de leur handicap ».

 

F.H

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