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COVID-19. Aucun évasan depuis deux jours, mais trois nouveaux lits de réanimation en cours d’ouverture à Sainte Clotilde : ces deux constats pourraient bien confirmer que l’épidémie attise désormais ses braises à La Réunion. Si le préfet n’a pas annoncé, hier, le confinement redouté, la menace pourrait se préciser.
L’une grimpe, l’autre dégringole… Les chiffres continuent l’escalade à La Réunion au point que le taux de positivité, 4,9 %, n’est plus qu’à un dixième du taux d’alerte, mais à Mayotte, selon l’agence régionale de santé locale, le nombre de cas positifs aurait chuté de manière drastique, passant d’un taux d’incidence de plus de 800/100 000 la semaine dernière à 238/100 000 au 9 mars. De fait, le flux de transferts sanitaires de l’île aux parfums vers La Réunion s’est aussi ralenti au point de devenir anecdotique : à peine 5 depuis vendredi, dont “trois réa” et aucun transfert lundi ni même hier, mardi. “Mayotte, qui était en progression épidémique depuis début janvier, a atteint son pic et est en train de redescendre. À La Réunion, nous entamons la montée depuis deux semaines et si les mesures prises ne sont pas respectées, ça risque de devenir très inquiétant”, analyse le Dr. Ruben Veerapen, président du collège spécialistes de l’URML OI.
Même son de tocsin du côté du Dr. Christine Kowalczyk, présidente de l’URML OI, qui relativise néanmoins : “Les cas positifs, c’est un indicateur, mais là-dedans, il y a beaucoup de personnes asymptomatiques. Et puis, dans les familles, le taux de transmission n’est pas aussi important qu’il y a quelques mois, bien que le R soit à 1,22. Ce qu’il faut regarder pour juger de la gravité, c’est le nombre d’hospitalisations en médecine et en réanimation. Pour l’instant, il n’y a rien d’inquiétant. Ce qui est préoccupant c’est l’incertitude, parce qu’on ne sait pas comme ça va évoluer.”
Ce que l’on sait, en revanche, c’est que les Réunionnais sont de plus en plus nombreux en réanimation, occupant actuellement 24 lits, alors qu’il y a deux semaines, ils n’étaient qu’une dizaine. Vous avez dit préoccupant ?
3 nouveaux lits de réa
Selon nos informations, le nombre d’hospitalisations en médecine et en réanimation de patients réunionnais ne serait pas en forte augmentation. En apparence, les chiffres sont stables. “C’est très relatif tout ça, analyse un observateur qui tient à son anonymat. Dans les faits, si vous avez trois entrées en réanimation mais aussi trois sorties de réa, comme ça a été le cas ces jours-ci, c’est stable. Mais ce n’est qu’un jeu d’optique.”
Et d’ailleurs, la Clinique Sainte Clotilde se préparerait à ouvrir trois nouveaux lits de réanimation, portant son effectif à huit. Avec à la clé de nouvelles déprogrammations de soins “non urgents”». Une décision lourde de sens qui ne va pas dans le sens d’une stabilisation de l’épidémie.
Pour l’instant, les chiffres officiels, soit un taux d’incidence de 114,2/100 000, sont encore en-dessous du seuil posé par le préfet de La Réunion pour envisager un confinement, même si plusieurs communes l’ont atteint, voire dépassé. C’est le cas du Port (193/100 000), de Saint-Leu (167 000/100 000), Sainte-Marie (162/100 000) et de Saint-Pierre (150 000/100 000). Ce quatuor de tête est talonné de près par La Possession (136/100 000) et Saint-Denis (122/100 000). “En février, j’avais affirmé que si la progression se poursuivait au même rythme, à la mi-mars, on serait de nouveau confinés. Eh bien, on n’en est pas loin”, conclut le Dr. Reuben Veeerapen, un rien alarmiste. Pour le chirurgien vasculaire comme pour sa consœur généraliste, le Dr. Christine Kowalczyk, rédemption rime avec vaccination : “Il est urgent d’accélérer la cadence”, affirme catégoriquement la présidente de l’URML OI…
Mireille Legait
> Le confinement attendra
PRÉFECTURE. Jacques Billant s’est entretenu avec les maires, hier, lors de leur traditionnelle réunion hebdomadaire. L’hypothèse d’un reconfinement de La Réunion a été rapidement balayée. Parce qu’il est encore trop tôt pour tirer les enseignements d’éventuels bénéfices du couvre-feu à 18h, les décisions majeures seront prises la semaine prochaine. Le préfet s’est en revanche engagé à un renforcement du contrôle des établissements recevants du public et a également annoncé la création d’une plate-forme d’informations sur les motifs impérieux. Selon ses chiffres, 4 000 demandes d’autorisation de voyage ont été validées par les services de la préfecture et 1 000 autres dossiers ont été refusés après instruction minutieuse. Le représentant de l’Etat a enfin assuré aux élus une accélération de la vaccination, avec une forte campagne dans le courant du mois d’avril, à hauteur de 50 000 doses administrées.
CHIFFRE
9
C’est le nombre de personnes qui compose le cluster dépisté lundi au CHU de Saint-Joseph, soit 6 soignants et 9 personnes âgées. Tous sont asymptomatiques et ont fait l’objet de mesures d’isolement pour dix jours. Un dépistage général a été organisé. Les visites sont strictement interdites pour l’instant et les admissions et consultations reportées.
Et si La Réunion trouvait le remède aux formes graves ?
Le Dr. Olivier Meilhac, directeur de recherches à l’INSERM, nous explique comment des cas graves du Covid-19 pourraient favorablement évoluer grâce à l’action anti-inflammatoire des lipoprotéines de haute densité (HDL). Une recherche menée par l’Université et le CHU de La Réunion en partenariat avec l’hôpital Bichat de Paris, et financée par la Région Réunion.
Comment en êtes-vous arrivé à vous intéresser aux lipoprotéines ?
“Depuis le début de l’épidémie, plusieurs études ont décrit un phénomène interpellant : les lipoprotéines, qui transportent les lipides dans le sang, sont retrouvées à une concentration d’autant plus faible que les patients présentent une forme grave de la maladie. Or, certaines de ces lipoprotéines, les HDL (high density lipoprotein, NDLR), assurent des fonctions protectrices pour l’organisme, antioxydantes, anti-inflammatoires et anti-thrombotiques. La question du lien entre leur raréfaction et certains symptômes de la maladie s’est imposée d’elle-même. Nous avons donc analysé la composition et la fonctionnalité des lipoprotéines, en particulier celles des HDL, chez huit patients atteints de formes sévères du Covid-19 hospitalisés à l’hôpital Bichat et chez 16 témoins non infectés, afin d’apprécier si leur taux et leur composition pouvaient constituer un marqueur pronostique ou prédictif de l’évolution du Covid-19.
Et quelle est la réponse ?
Nos travaux, sur des cellules en culture, ont confirmé que le taux de HDL apparaît diminué en cas de Covid-19 sévère et que, à taux égal, les HDL de ces patients assurent moins bien leurs fonctions anti-inflammatoires que les HDL de témoins en bonne santé. Ces HDL sont donc dysfonctionnelles. Ce pourrait être l’une des raisons pour lesquelles l’inflammation reste élevée chez les malades. Nous posons l’hypothèse que le faible taux de HDL circulant participe à certaines complications associées à la Covid-19, notamment parce que ces lipoprotéines n’assurent plus leur rôle protecteur envers la paroi des vaisseaux.
Il “suffirait” donc de renforcer les apports en HDL ?
Oui, mais pas seulement. Notre équipe a précédemment décrit un phénomène équivalent chez des souris atteintes d’une septicémie d’origine bactérienne. Nous avons montré qu’il était possible d’améliorer leur pronostic par administration intraveineuse de HDL non dysfonctionnelles. Nous réfléchissons donc à la façon dont cette même solution pourrait améliorer le pronostic de patients Covid-19 dont la situation clinique est préoccupante. Pour cela, nous avons besoin de lipoprotéines enrichies en composants anti-inflammatoires que nous avons la capacité de les produire nous-mêmes. Nous allons donc continuer à travailler pour prouver que la supplémentation peut être efficace sur des modèles animaux. Cela pourrait ouvrir une voie vers une thérapeutique efficace pour les formes graves de la Covid-19.”
Propos recueillis par Mireille Legait
* Unité 1188 Inserm /Université de La Réunion, diabète athérothombose Réunion océan Indien (DéTROI), avec la participation de collaborateurs des CHU de La Réunion et de l’hôpital Bichat (Paris), de l’unité 1187 Inserm/CNRS/IRD/Université de La Réunion et de la Clinique Sainte-Clotilde.
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REPÈRES
975
cas confirmés du 27/02 au 5/03.
950
cas autochtones.
27
clusters actifs.
127
patients hospitalisés.
58
patients en réanimation.
Chiffres ARS/Santé publique France.
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