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Depuis hier, le masque n’est plus seulement obligatoire dans les lieux publics clos, il l’est aussi dans les endroits les plus fréquentés en extérieur. Si la majorité des Réunionnais se soumet sans trop de difficulté à l’arrêté préfectoral, quelques irréductibles refusent toujours de se couvrir le bas du visage au risque d’avoir une amende.
Sobres, colorés ou à fleurs, de type chirurgical ou en tissu… Les masques ont envahi les sites et les rues les plus fréquentés de l’île. Dans la rue du Maréchal Leclerc à Saint-Denis, presque tous les visages étaient déjà couverts dès l’ouverture des premiers magasins, hier matin. “Je travaille dans le coin et ce n’était pas comme ça la semaine dernière, relève une commerçante. La loi est plutôt bien respectée“.
Dans cette rue animée, une jeune maman se félicite de voir autant de masques autour d’elle : “Je n’ai pas quitté le mien depuis le déconfinement, explique-t-elle. Comme mon mari, je le porte dès que je quitte la maison, même quand je suis sur mon lieu de travail. Etant une personne à risque, je ne vais pas jouer avec le feu. Je suis intransigeante sur le sujet. Mon frère vient tout juste de revenir à la Réunion et il a été averti que je ne viendrai pas le voir avant trois semaines. Je refuse même de voir mes parents pendant ce temps-là, parce qu’ils ont été en contact avec lui. C’est pour vous dire à quel point je prends cette mesure au sérieux !“.
Moins strictes, Christophe et Fabiola portent eux aussi le masque. “D’abord parce que c’est obligatoire et qu’on n’a pas envie de se retrouver avec une amende de 135 euros, ensuite par souci de sécurité“. Lui ne le met pas systématiquement : “seulement là où c’est obligatoire“. Elle, salariée dans une école, est habituée à avoir la bouche et le nez couverts d’un tissu. Elle s’en est donc accommodée depuis un moment, même si, elle le reconnaît volontiers : “Ce n’est pas toujours évident“.
Vers la fin des câlins ?
Tous les Réunionnais ne sont pas convaincus par l’utilité du port du masque, loin de là ! Pour diverses raisons, de nombreuses personnes restent réfractaires à ce moyen de protection. Au milieu de la foule majoritairement masquée, on les repère d’ailleurs assez vite. Comme ces deux amies, dont l’une est mère de famille, qui ont fait le choix de rester “libres“, comme elles disent.
“Ça chauffe, ça nous empêche de respirer, on a l’impression désagréable d’avoir de la poudre sur les lèvres… et surtout, ce n’est pas efficace !, argumentent-elles. On en a dans le sac pour pouvoir accéder aux magasins, sinon on se fait refouler à l’entrée, mais pas question d’en porter à l’extérieur !”
La menace de l’amende ne les effraye même pas. “Des flics nous ont vues alors qu’ils passaient en voiture et ils ne nous ont rien dit, assurent-elles. Peut-être qu’ils vont commencer à sévir seulement à partir de lundi, mais pour nous ça ne changera rien“. “Ils peuvent me verbaliser, je ne payerais pas“, prévient la mère de famille. “Mon cardiologue n’en porte pas quand je vais le voir. Si même les professionnels de santé ne voient pas l’utilité de porter un masque, pourquoi devrions-nous être y être contraints ?“, renchérit son amie.
Sur les réseaux sociaux, où la question est abondamment discutée, les avis divergent également. La majorité des internautes prônent le port du masque, mais ici et là, quelques irréductibles font entendre leur mécontentement. Outre la difficulté pour certains de respirer à travers un tissu ou le besoin de prendre à contre-pied les mesures gouvernementales, la déshumanisation engendrée par le port du masque inquiète : “Si ça continue, on n’aura plus le droit de faire des câlins à ses enfants, à sa famille… La bise n’est déjà presque plus qu’un souvenir, quelle genre de société allons-nous laisser aux générations futures ?”
Nathalie Techer
On fait son marché, couverts
Au marché de Sainte-Marie, hier matin, commerçants et visiteurs étaient presque tous masqués. Certains, les bras chargés de commissions, portaient le masque en-dessous du menton pour mieux gérer leur souffle dans l’effort, d’autres le laissaient pendre sur un côté d’oreille le temps de fumer ou de discuter au téléphone… Le masque n’était pas forcément bien mis, mais il était visible. “C’est une mascarade !, ironise un vendeur de fruits et légumes non masqué, qui garde tout de même une de ces protections à portée de main en cas de contrôle surprise. On doit se protéger le visage, mais en même temps on manipule de l’argent à longueur de journée : si on doit attraper le virus, on l’attrapera, qu’on ait un masque ou non“.
A côté, son collègue ne partage pas cet avis : “Il faut faire attention, minimiser les risques. Je ne sais pas si le masque est inutile ou non, mais dans le doute je préfère le porter“.
Une cliente un peu âgée, habituée des lieux, se dit pour sa part effarée par l’inconscience d’une partie de la population : “C’est vrai que c’est embêtant, ça nous éloigne les uns des autres, on ne peut plus s’embrasser, se toucher… mais il s’agit d’un virus dangereux. Des gens en sont morts. On ne devrait pas l’oublier“.
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