[Société] Coup d’envoi de la campagne de vaccination à la Réunion

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Les vaccins tant attendus sont arrivés ce mercredi à La Réunion. 4700 doses ont ainsi été réceptionnées, pour la campagne vaccinale qui commencera sur le département ce vendredi.

 

Les résidents d’Ehpad, d’Ehpa et d’unité de soins longue durée, les personnels soignants de plus de 50 ans, ou de moins de 50 ans avec une pathologie à risque et les professionnels de santé hospitaliers et libéraux ainsi que les sapeurs-pompiers de plus de 50 ans, ou de moins de 50 ans avec une pathologie à risque seront les premiers à être vaccinés.

 

C’est ainsi que les premières injections ont lieu dès ce matin 9 heures à au sein de l’EHPAD de Saint- Joseph en présence de Martine Ladoucette, directrice générale de l’Agence Régionale de Santé. Jacques Billant, préfet de La Réunion, se rendra de son côté au SDIS. Tous deux deux donneront en fin d’après-midi une conférence de presse au cours de la quelle ils donneront tous les détails sur la mise en œuvre de la stratégie vaccinale à La Réunion.

 

 

4 centres de vaccination

 

A terme, au moins quatre centres de vaccination devraient être installés dans l’île au sein du CHU Nord et Sud, du CHOR et du GHER. Ces centres sont pour l’instant réservés aux professionnels de santé de plus de 50 ans ou aux plus jeunes mais atteints de pathologies les fragilisant, qui pourront être vaccinés dès le 19 janvier. Quant aux personnes âgées vivant en EHPAD, elles pourront être vaccinées à partir du 15 janvier, ainsi que les sapeurs-pompiers qui n’auront pas à se déplacer, puisque la vaccination aura lieu dans les casernes.

 

On sait également que le premier cercle des vaccinés potentiels représente un peu plus de 5000 personnes. Il y a évidemment les quelque 1700 personnes âgées résidant en EHPAD et les personnels de ces établissement de plus de 50 ans présentant des complications de santé, estimés à 2500. S’y ajoutent les professions libérales (médecins, infirmiers et pharmaciens) de + de 50 ans, au nombre approximatif de 1300. Et pour faire bonne mesure quelque 150 sapeurs-pompiers professionnels. Pour l’heure, le taux d’adhésion de ces différents publics n’est pas encore précisément connu.

 

 


 

 

1. Le vaccin à ARN messager (ARNm) évite-t-il la contamination ?

 

Non. Ceci étant, il éviterait les formes graves de la maladie en baissant la charge virale. Le vaccin à ARNm serait donc un facteur de rupture de la chaîne de transmission mais en aucun cas, en l’état actuel des connaissances, un vaccin immunisant, c’est à dire qui évite la contamination. « Pour le vaccin Pfizer, l’efficacité démontrée porte sur la diminution du risque de forme grave de la Covid-19. Une étude menée sur des personnes vaccinées a montré par PCR positive 8 cas de contamination sur 20 000 personnes vs 162/20 000 pour celles ayant reçu un placebo*. Mais l’étude n’a pas dépisté tous les patients participants à l’étude, donc un certain nombre de personnes positives mais asymptomatiques n’ont pas été comptabilisées, explique le Dr Marie-Pierre Moiton, infectiologue au CHU Nord. A l’heure actuelle, sur les données que nous avons, la vaccination va protéger les personnes fragiles des formes graves et donc diminuer les décès, mais ne va pas impacter les gestes barrières car les études ne permettent pas d’affirmer si on se contamine moins quand on est vacciné ni si on transmet moins. D’autres études viendront peut-être éclairer ces questions. »

 

 

2. Quelle est la différence entre un vaccin classique et un vaccin à ARN messager ?

 

Jusqu’ici on vous vaccinait contre une maladie en vous injectant un agent infectieux atténué ou inactivé ou encore sous-unitaire (fragments d’agents pathogènes purifiés) ou de vaccins issus du génie génétique (fragment d’agent infectieux produit par des cellules cultivées en laboratoire). L’organisme réagissait en produisant des anticorps. Les vaccins à ARNm fonctionnent de manière différente. L’idée, c’est qu’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même et que c’est donc à nos cellules de fabriquer elles-mêmes l’agent pathogène contre lequel notre organisme va devoir se défendre.

 

 

3. Concrètement, ça se passe comment ?

 

Grâce aux tests PCR, on connait le code génétique de la protéine S qui permet au virus de s’accrocher à nos cellules. Le produit injecté contient donc la copie des « plans de fabrication » de cette protéine, qui a été synthétisée en labo (et non extraite d’un virus). « Ce « plan » va être lu par les cellules musculaires dans lesquelles le vaccin sera injecté. La protéine S sera alors fabriquée par l’organisme, ce qui va provoquer la réponse immunitaire, comme lorsque nous sommes infectés par le SARS-CoV-2 », explique le Dr Raymond Ssi Yan Kai, médecin coordinateur à l’Ehpad de La Ravine Blanche, de la Fondation Père Favron. Pas fous, nos gènes ont tiré la leçon des Spartiates de l’Antiquité qui avaient pour habitude d’occire le facteur porteur de mauvaises nouvelles : le messager, l’ARNm et la protéine S, sont rapidement détruits par les anticorps neutralisateurs qu’ils ont contribué à produire. Les lymphocytes T, anticorps à mémoire, se mettent en sentinelle pour repérer une nouvelle intrusion de la protéine S, la « vraie », celle qui véhicule le virus SARS-CoV-2, et lui flanquer une raclée… mortelle.

 

 

4. L’ARNm peut-il modifier notre ADN ?

 

L’ARNm contenu dans le vaccin ne va pas plus loin que le cytoplasme qui entoure le noyau de la cellule. Il n’a donc aucun moyen d’interagir avec notre génome, stocké dans le noyau. Si l’ADN peut faire la culbute en ARN pour produire des protéines, l’inverse est impossible. Un ARN ne redevient pas ADN, sauf dans le cas des rétrovirus (VIH…). Ces derniers disposent exceptionnellement d’une transcriptase inverse et d’une enzyme spécifique, l’intégrase, qui leur permettent d’intégrer l’ARN, retranscrit en ADN, dans le génome. Mais un coronavirus n’est pas un rétrovirus, donc, non, aucun risque. De même, la protéine produite par l’ARNm ne peut pas se targuer de l’appellation OGM puisqu’elle est fabriquée à partir d’une copie conforme et non pas modifiée de l’ARN initial. Pour la science-fiction, on repassera.

 

 

5. Pourquoi a-t-il fallu si peu de temps pour produire ce vaccin ?

 

Les ARNm sont bien plus rapides à produire que les composants des vaccins “classiques”. Qui plus est, la technologie utilisée est connue depuis une vingtaine d’années et a été testée chez l’être humain contre le virus Zika, les virus de la grippe et de la rage, et le cytomégalovirus. Ces essais de longue haleine ont permis d’éviter des années d’études et de tests. Par ailleurs, tous les pays du monde s’y sont mis depuis un an, et c’est bien connu, plus on est nombreux à bosser, plus vite la tâche est terminée si elle est bien déléguée. Certains testaient la phase 2 quand d’autres travaillaient sur la phase 3. Un gain de temps évident et précieux.

 

 

6. Que contient ce vaccin ?

 

L’ARN messager (la copie de l’ARN de la protéine S), des lipides (particules nano-lipidiques) qui servent de bulle de protection pour éviter à l’ARNm d’être immédiatement détruit avant d’arriver dans le cytoplasme, des sels (chlorure de sodium, chlorure de potassium, phosphate monobasique de potassium et phosphate dibasique de sodium dihydraté), indispensables pour donner au mélange la même tonicité que son environnement (sinon des cellules éclateraient). Et aussi du saccharose en guise de conservateur et, pour finir, un peu d’eau, pour faciliter l’injection du produit.

 

 

7. Et quel adjuvant ?

 

Aucun. C’est la réponse qui soulagera sans doute tous ceux qui redoutent les sels d’aluminium (entre autres adjuvants controversés).

 

 

8. A-t-on suffisamment de recul ?

 

L’avantage d’une pandémie, c’est qu’on ne manque pas de malades. Ainsi le vaccin à ARNm a été testé sur 20 000 volontaires alors qu’un vaccin classique n’est testé que sur 2 000 patients… faute de combattants disponibles. Soit dix fois plus de recul sur le nombre dans le même espace temps. Et si, en France, on plafonne à quelques milliers de vaccinés à ce jour, en revanche, dans le monde, on ne va pas tarder à manquer de doigts pour compter les millions de vaccinés. Même sur une courte durée, cela donne un peu de recul sur les effets indésirables à court terme. 

 

 

9. Quels effets secondaires possibles ?

 

La grande majorité des effets secondaires observés lors des essais cliniques durent habituellement moins de 3 jours et sont bénins : rougeur au point d’injection, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires, frissons ou fièvre. Aucune réaction allergique grave n’a été rapportée à la vaccination dans les essais de Pfizer-BioNTech et de Moderna, mais il est vrai que les personnes ayant des antécédents allergiques graves n’ont pas été inclus dans les essais. Après le début de la campagne, quelques très rares cas de réactions allergiques graves ont été signalés, résolus sans séquelles. D’où la recommandation émise depuis par les autorités de santé d’éviter de vacciner les personnes présentant des antécédents allergiques importants. 

 

 

10. Pourquoi faut-il conserver les vaccins à -80°C ?

 

Leur structure est composée d’un seul brin (comme un fil qui zizague) et est sensible aux enzymes qui découpent l’ARN, et que l’on appelle des RNAses. Les conserver à -70°C permet d’éviter des dégradations enzymatiques qui seraient problématiques. Sur un vaccin classique, à deux brins qui s’entrecroisent en forme de 8, les enzymes sont protégés entre les deux parois des brins et sont donc moins fragiles. D’où une conservation moins… polaire.

*Pour le vaccin Moderna, validé par l’UE début janvier, sur 196 cas de Covid-19 symptomatiques, 11 cas seulement sont survenus dans le groupe des volontaires vaccinés contre 185 cas dans le groupe placebo.

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