[Société] Consultation citoyenne sur le cannabis récréatif : les pro-zamal font de la propagande

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Depuis le 13 janvier, la mission d’information parlementaire sur la réglementation et l’impact des différents usages du cannabis a lancé une consultation citoyenne en ligne sur le cannabis récréatif. À dix jours de la fin de cette consultation, à La Réunion, la révolte s’organise, de petits groupes font du prosélytisme discrètement. Sur les réseaux sociaux ou tout simplement au cours d’un apéro entre amis, ils n’hésitent pas à influencer leurs interlocuteurs pour qu’ils aillent dans leur sens.

 

Un inconnu s’incruste et parle zamal

 

Marc* a assisté à un apéro chez des amis à l’Étang-Salé il y a deux semaines. « On n’était pas nombreux, à cause du Covid mais il y avait ce gars que je ne connaissais pas et que personne n’avait l’air de connaître d’ailleurs ». Ce ‘gars’ inconnu au bataillon, a mis le sujet sur la table « c’est arrivé un peu brutalement, comme un cheveu sur la soupe, au milieu d’une conversation ». Le jeune homme d’une vingtaine d’années semblait maîtriser le sujet « il avait l’air bien informé, au début, je pensais qu’il faisait partie d’une association mais il m’a répondu que non, il n’était affilié à aucun groupe » s’étonne Marc. « Son avis sur la question était assez clair, là où c’est devenu dérangeant, c’est quand il a demandé aux personnes dans l’assemblée de sortir leurs téléphones, a donné le lien pour aller sur le site et que tout le monde a commencé à répondre et surtout, il guidait les gens dans leurs réponses, j’ai trouvé cela un peu abusif » s’exclame le trentenaire.

 

Pour lui, cela ne fait aucun doute, il a fait face à un cas de prosélytisme « on aurait dit qu’il endoctrinait les gens et bien sûr, il a attendu que la soirée batte son plein, l’alcool aidant pour faire son truc ». Quand Marc a fait part de sa volonté de ne pas participer à cela, « j’ai été cloué au pilori, il a commencé à s’en prendre à moi devant tout le monde, à dire que je gâchais l’ambiance, que je ne me rendais pas compte de l’importance de cette consultation citoyenne, on aurait dit qu’on allait sauver le monde » s’esclaffe Marc. Mais en même temps, il explique le paradoxe de son interlocuteur « pendant qu’il poussait tout le monde à répondre, il expliquait que cela n’allait sans doute rien changer car c’est le gouvernement qui a mis en place ce questionnaire donc le résultat sera forcément galvaudé ».

 

Au milieu de la soirée, le ton est monté

 

Mauvaise expérience pour le trentenaire qui pensait passer un bon moment avec des amis. Cette situation, Margot* y a été également confrontée. Lors d’une soirée à Trois-Bassins il y a plusieurs semaines. « C’était un couple, j’avais l’impression que personne ne les connaissait. Ils passaient de personne en personne et invitait les gens à remplir ce questionnaire. Ça faisait vraiment bizarre parce que ça n’avait rien à voir avec l’ambiance ».

 

Lorsque son tour arrive, Margot indique qu’elle n’est pas intéressée « ça m’embêtait de répondre à ces questions, je n’étais pas venue pour ça et puis je ne connaissais pas ces gens ». Selon les dires de Margot, la jeune femme qui l’avait abordée s’est montrée agressive « le ton a commencé à monter, elle me disait que c’était super important, elle me posait des questions personnelles, si je fume du zamal etc, j’étais mal à l’aise ».

 

Un troisième témoignage confirme cette méthode. Des personnes qui s’incrustent à des soirées assez détendues pour venir y semer leurs idées et pousser les convives à répondre à ce questionnaire. Parmi les questions de cette consultation citoyenne en ligne : « pensez-vous que le dispositif actuel de répression de la consommation de cannabis permet d’en limiter l’ampleur ?», « par rapport à la consommation d’alcool ou de tabac, selon vous, les risques liés à la consommation de cannabis sont équivalents plus graves ou moins graves ? », « en cas de légalisation ou de dépénalisation, seriez-vous favorable à la possibilité pour les particuliers de cultiver à des fins personnelles, un nombre de pieds de cannabis fixé par la loi, comme c’est le cas au Canada depuis 2018 ? ».

 

Propagande pour pas grand chose

 

Toutefois, l’impact de cette consultation citoyenne est limité. « La démarche n’est pas de montrer comment légaliser, mais qu’il y a une véritable attente des citoyens sur le sujet » de l’évolution de la législation, a déclaré le député de la Moselle Ludovic Mendes (LREM), un des rapporteurs de la mission d’information sur le sujet. « Le questionnaire va permettre de comprendre comment l’opinion publique perçoit ces sujets, quelles sont ses attentes en terme de politique publique et d’arsenal (législatif, NDLR) associé à la consommation et au trafic de cannabis », a souligné de son côté la députée du Loiret Caroline Janvier (LREM). Pas sûr donc que ces “actions” puissent vraiment changer la donne ou faire plier le gouvernement sur la question de l’usage récréatif du cannabis.

 

Le cannabis thérapeutique avant

 

D’ailleurs, pour le moment, le débat sur la question du cannabis récréatif est encore loin. Il faut d’abord en passer par la phase thérapeutique. Une expérimentation autorisée par l’État sur le cannabis thérapeutique a été lancée au mois de janvier pour une durée de deux ans. Cette expérience fait de la France le vingt-deuxième pays à s’engager sur cette voie. L’utilisation du chanvre médical est, en effet, déjà autorisée, entre autres, en Allemagne, en Autriche, en Norvège, aux Pays-Bas (pionner en matière de cannabis thérapeutique et récréatif, dont la légalisation date de 2003), en République tchèque, ou encore au Royaume-Uni – qui vient de quitter l’UE.

 

La plupart des pays ont, par exemple, listé les pathologies pour lesquelles le cannabis thérapeutique peut être une alternative. Certains pays l’interdisent encore, tels la Lettonie, la Lituanie ou la Slovaquie.

 

D’autres, comme l’Espagne ou la Finlande, n’autorisent le cannabis thérapeutique que pour soulager la spasticité de la sclérose en plaques. Parfois, comme en Irlande, en Roumanie ou en Italie, les possibilités de prescriptions sont un peu plus larges. Les plus fréquentes concernent les effets secondaires des chimiothérapies, certaines formes d’épilepsie pharmacorésistantes, et d’une manière générale, la douleur, notamment due à la spasticité de la sclérose en plaques. Certains pays autorisent également les prescriptions pour atténuer les effets secondaires de divers traitements, tels que la perte d’appétit induite par les thérapies contre le VIH, en gastroentérologie, ou encore en soins palliatifs.

 

Quelques-uns, comme le Danemark ou l’Irlande, ont lancé des programmes pilote destinés à évaluer la question sur le moyen terme, quand d’autres ont immédiatement mis en place une législation spécifique.

 

Une amende forfaitaire au casier judiciaire

 

La position du gouvernement français semble s’être assouplie sur la question, notamment avec la mise en place d’une amende forfaitaire sur l’ensemble du territoire en septembre dernier plutôt que des poursuites judiciaires. Les usagers de cannabis, pris en flagrant délit, peuvent recevoir une amende de 200 €. Si l’amende est réglée sous quinze jours, elle est minorée à 150 €. Au-delà de 45 jours, le contrevenant devra payer une amende majorée de 450 €. L’infraction est constatée par les forces de l’ordre par procès-verbal électronique. Cependant, à partir du 1er juillet 2021, l’amende forfaitaire sera inscrite au casier judiciaire.

 

* les prénoms ont été modifiés

 

FH

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