[Société] “Chouette, pas chouette” : Une série jeunesse pour déconstruire les stéréotypes sexistes

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Depuis le mois de janvier, une série pas comme les autres a fait son apparition sur les chaînes de télévision pour enfants. Intitulée “Chouette, pas chouette”, elle est destinée aux enfants de 4 à 6 ans et vise à déconstruire les stéréotypes sexistes. Un programme à vertu pédagogique, qui est également décliné dans le milieu scolaire.

« Le rose c’est pour les filles », « un garçon ça ne pleure pas », « les filles ne jouent pas au foot »… Ces clichés, même s’ils sont de plus en plus dénoncés, persistent encore dans notre société. Pour lutter contre ces stéréotypes sexistes, qui contribuent à engendrer des inégalités entre les hommes et les femmes, les chaînes de télévision diffusent depuis le mois de janvier la mini-série « Chouette, pas chouette ». Disponible sur Okoo, Disney Channel, Gulli, Piwi+, Nickelodeon, TF1 et sur l’application ludo-éducative Bayam, le dessin animé s’adresse aux tout-petits dès 4 ans et met en scène des animaux colorés et habillés comme des humains. D’une durée d’une minute quarante en moyenne, chaque épisode déconstruit un préjugé. Celui intitulé « La pilote », par exemple, montre que les métiers n’ont pas de genre. Comment ? Grâce à l’empathie. La pastille démarre avec Kiki la brebis et Lili la cochonne qui jouent au jeu des 7 familles. Cette dernière annonce à son amie qu’elle sera pilote plus tard, mais Kiki lui rétorque que c’est une profession de garçon et lui conseille de plutôt devenir hôtesse de l’air. La voix off intervient et Kiki se retrouve propulsée dans un long couloir avec plein de portes, représentant différentes carrières. Mais à chaque fois qu’elle essaye d’entrer dans une pièce, on lui répond que cette voie n’est pas faite pour elle. Agacée, elle finit par crier : « Ce n’est pas juste, je veux pouvoir faire ce que je veux !». Le décor disparaît, la revoilà avec Lili dans la cour de récré. Cette expérience lui a permis de se mettre à la place de sa camarade et de voir les choses sous un angle différent. « Finalement tu as raison Lili, tu peux être pilote d’avion si tu en as envie », reconnait-elle. Puis le dessin animé s’achève avec la même phrase de conclusion : « Fille ou garçon, c’est plus chouette quand on se respecte ».

“C’est plus chouette quand on se respecte”

Ce programme est l’une des actions issues de la Grande Cause “Stop aux violences faites aux femmes”, initiée en 2017 par la plateforme Make.org, en partenariat avec la Fondation Kering. Il a été conçu avec l’association Chiennes de Garde et le Centre pour l’Education aux Médias et à l’Information (CLEMI). Car si la série s’adresse au grand public, la conversation, elle, peut être approfondie dans les salles de classe grâce à des ressources pédagogiques mises à la disposition des professionnels de l’éducation. “Dès le départ on a été associé à la réflexion”, explique Virginie Sassoon, directrice adjointe au CLEMI national. Ainsi, dans le prolongement du dessin animé, les enseignants de la maternelle à la sixième disposent d’un kit d’activités articulées autour de trois thèmes : l’apparence, le comportement et le devenir. “On a tous des préjugés et on a tous été confrontés à des préjugés. L’idée n’est pas de faire la morale, mais d’initier des conversations et de questionner nos comportements”, nuance la directrice adjointe. L’initiative n’en est qu’à ses prémices, mais les premiers retours des enseignants sont déjà très positifs. “Quand on voit que le projet est bien accueilli, on se dit que c’est utile”, se réjouit-elle.

À La Réunion, comme la rentrée scolaire a lieu plus tard en janvier, il ne fait que démarrer. Mais la branche locale du CLEMI s’attache déjà à préparer le terrain pour rendre les ressources accessibles au plus grand nombre. “Avoir des supports communs, ça facilite forcément l’approche”, souligne Alexandra Maurer, directrice du réseau Canopé de La Réunion. Le sujet ne lui est toutefois pas inconnu puisque le CLEMI de La Réunion mène déjà desactions pour promouvoir l’égalité filles-garçons. “Ce qu’il y a d’innovant dans “Chouette, pas chouette”, c’est qu’il s’adresse aux tout-petits”, explique la directrice. Depuis quelques années, l’académie participe notamment au concours Zéro Cliché, ouvert aux élèves à partir du collège. Les candidats sont invités à produire des articles, vidéos, dessins ou reportages audio destinés à déconstruire les stéréotypes sexistes. D’ailleurs, lors de la dernière édition, deux projets réunionnais se sont distingués au niveau national. La nouvelle génération a sûrement des choses à apprendre aux anciens.


Produite par 2 Minutes en coproduction avec Gaumont la série « Chouette, pas chouette » a été conçue par les scénaristes et réalisateurs Franck Salomé, Nicolas Sedel et Fernando Worcel, et l’illustratrice Sandrine Acquistapace. Le programme de 16 épisodes met en scène dix personnages anthropomorphes (5 garçons et 5 filles). “Les scénaristes ont voulu s’émanciper d’une situation stéréotypée en dessinant des animaux. Ils voulaient être plus libres, tout en proposant des héros auxquels les enfants peuvent s’identifier”, souligne Virginie Sassoon du CLEMI national. Au cours du programme on rencontre Fafa le lapin qui est très sensible ; Jaja la panthère qui adore courir ; Lili la cochonne qui aime l’aventure ; Toto le goeland qui adore le football ; Baba l’ourse qui est très grande et très coquette ; Gégé le castor qui a une âme d’artiste ; Lulu le hibou qui adore faire des cascades ; Nono le croco qui se voit comme un « super-garçon » ; Kiki la brebis qui est très girly ; et Wawa le chihuahua qui aime prendre soin de lui. Au fil des épisodes, les marmailles peuvent mal se comporter ou être la cible de préjugés. Comme dans la réalité.

 

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Photo : 2 Minutes/Gaumont


Vice-présidente de l’association Femmes 974, Valeska Boyer salue le lancement de cette mini-série. “Plus tôt on sensibilise les enfants à l’égalité, mieux c’est”, insiste-t-elle. “Les marmailles sont les adultes de demain. S’ils sont exposés à des comportements sexistes dès leur plus jeune âge, cela aura des conséquences sur leur orientation et le choix de leur métier. Tout ceci participe à la sous-représentation des femmes ou des hommes dans certains secteurs d’activité”, pointe-t-elle. Au sein de l’association, la Réunionnaise œuvre justement pour l’égalité entre les sexes et lutte plus largement contre les violences sexistes et sexuelles. Pour elle, ce travail passe par l’éducation, mais pas que. “Pour combattre les stéréotypes on doit aussi en finir avec le marketing sexiste”, précise la bénévole. Même si elle note une amélioration ces dernières années, elle aimerait que le gouvernement prenne le sujet à bras-le-corps. “Soit on récompense ceux qui sont à l’initiative de campagnes anti-sexistes, soit on pénalise les autres, mais il faudrait mieux contrôler la publicité”, ajoute-t-elle.

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Photo : 2 Minutes/Gaumont


Toutes les problématiques attachées à la valeur d’égalité entre les filles et les garçons sont explicitement formulées dans le Code de l’éducation. L’article L312-17-1 stipule par exemple qu’ “Une information consacrée à l’égalité entre les hommes et les femmes, à la lutte contre les préjugés sexistes et à la lutte contre les violences faites aux femmes et les violences commises au sein du couple” doit être dispensée à tous les stades de la scolarité.

 

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