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SOLIDARITÉ. Poignant hommage rendu hier soir à Saint-Denis et Saint-Pierre, au professeur d’histoire-géographie tué pour avoir enseigné. Avec un sentiment partagé de résistance indispensable.
Vacances ou pas, Covid ou pas, il y avait du monde, hier soir sur le parvis des Droits de l’Homme à Champ Fleuri. Autour de 800 personnes, peut-être même un millier pour se rassembler en hommage à Samuel Paty. Pour faire bloc, plutôt, “contre l’obscurantisme”, pour ne citer que Dominique Rivière, président de la Ligue des Droits de l’Homme à La Réunion. Dans la foule, beaucoup de professeurs, beaucoup d’élus aussi, d’un peu tous les bords, des croyants, des incroyants, des citoyens parmi lesquels même quelques ados.
“Nous voulons affirmer notre détermination à ne pas céder à la terreur, à continuer à combattre l’obscurantisme, la haine de l’autre et les idéologies mortifères d’où qu’elles viennent, lance Dominique Rivière. Quelle que soit la conception que l’on ait de la divinité, aucun Dieu ne saurait être affecté par des dessins, caricatures ou critiques visant telle ou telle religion. Que l’on soit athée, agnostique ou irreligieux, rien ne nous permet d’interdire à autrui de croire, de pratiquer son culte. La laïcité est un progrès commun, dont l’ADN est la tolérance mutuelle.”
“Serrons-nous les coudes”
Cette laïcité, le président de l’Association des professeurs d’histoire-géographie, Bernard Hay, en rappelle l’un des grands hommes, Ferdinand Buisson. “On le considère souvent comme l’inventeur de la laïcité, lui qui avait présidé la commission parlementaire conduisant à la séparation de l’Église et de l’État en 1905. Il était né en 1841, l’année où Victor Hugo entrait à l’Académie française, tout comme Tocqueville, auteur majeur sur la Démocratie. Il était mort en 1932, l’année même où Bergson écrivait que “L’humanité est une société ouverte qui nous intime des devoirs envers tous les hommes, alors que la nation vise la cohésion sociale devant un ennemi.””
L’urgence de la laïcité, c’est le cheval de bataille de Jacques Penitot, au nom de l’Union des familles laïques (Ufal). “Samuel Paty était sur la ligne de front et il a été tué parce qu’il avait du courage. L’obscurantisme a gagné. Cet assassinat est une mise en demeure de l’institution pour rappeler qu’un professeur a le droit de montrer des caricatures de Mahomet en cours.” Selon lui, si l’institution venait à déconseiller de montrer ces caricatures, elle “transformerait en cible” ceux qui feraient preuve du même courage que le professeur de Conflans Sainte-Honorine. “Et on entend parfois parler de laïcité ouverte, apaisée, plurielle alors que la laïcité ne supporte aucun adjectif : c’est un principe constitutionnel.” Avant de conclure, citant un enseignant en histoire : “Serrons-nous les coudes.”
Nazir Patel, lui, parle “au nom de la composante musulmane de La Réunion, sunnite et chiite de toutes origines” pour dire que “cet acte d’horreur absolue est à l’opposé de nos valeurs, des valeurs républicaines, du caractère sacré de la vie. Notre nation est endeuillée, ensemble nous devons lutter.” Pour lui, le croyant, la laïcité est essentielle, pour ne pas dire vitale : “La laïcité, c’est un principe qui nous protège et que nous devons maintenant protéger.”
D.C.
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