[Société] Baromètre CSA : La diversité (et les ultramarins) zappés par la télé

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Fin septembre, le CSA a publié son baromètre sur la diversité dans les médias en 2019. Résultat : il existe encore un décalage entre ce qui est représenté à la télévision et la réalité de la société française. Et les ultramarins font partie des catégories de population les plus invisibles.

 

Depuis 10 ans, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) établit un “baromètre de la diversité” pour évaluer la “perception de la diversité de la société française” à la télévision. En clair, cet outil sert à déterminer si le petit écran donne une image fidèle de la société française. Pour cette vaste étude, les chercheurs ont visionné 17 chaînes gratuites de la TNT ainsi que Canal+. Du 11 au 17 mars 2019, puis du 9 au 15 septembre 2019, ils ont regardé des programmes diffusés entre 17h et 23h et les JT de la mi-journée. Des centaines d’heures de fictions, de journaux, de documentaires, d’émissions sportives et de divertissements en tout genre ont été passées à la loupe par le CSA. Et cette année encore, les résultats ne sont pas très glorieux.

Ce baromètre ne s’attarde pas uniquement sur la couleur de peau des intervenants, mais aussi sur leur genre, leur âge, leur lieu d’habitation et leur catégorie socio-professionnelle. Dans le détail, en un an, on note une diminution de la part des personnes « non-blanches » (terme utilisé par le CSA) à la télévision (17% en 2018 contre 15% en 2019). Ça commence mal. Toutefois, par rapport à 2018, elles ont des rôles plus positifs. « Seulement 16% des personnes perçues comme « non-blanches » ont des activités illégales ou marginales (contre 43% en 2018) », note le Conseil. Concernant le genre : si la part des femmes reste stable, ces dames sont tout de même sous-représentées. On ne compte que 39% de personnalités féminines sur les plateaux, alors qu’elles représentent 52% de la population française. Même constat sur le critère de l’âge : les jeunes et les séniors sont très peu visibles dans les programmes télévisuels. Autre inégalité frappante : les catégories socio-professionnelles supérieures sont sur-représentées au détriment des autres groupes. Sur les chaînes françaises, le CSA compte 73% de CSP+, 12% de CSP- et 15% d’inactifs. Pourtant, dans la société, les premiers représentent 28%, les seconds 27% et les derniers…45%. Les personnes porteuses de handicap entrent également dans le champ de cette enquête. Et autant dire qu’elles sont particulièrement invisibles puisque seulement 0,7% de personnes indexées par le CSA en 2019 ont un handicap. Dernier point particulièrement intéressant pour notre île et les DOM, en excluant France Ô, seulement 0,4% des individus recensés résident dans les territoires ultramarins. Or, selon l’INSEE, les DOM représentent 3,26% de la population française. À titre de comparaison, ce chiffre grimpe à 10% en comptabilisant les programmes de France Ô. Pourtant, le 23 août dernier la chaîne dédiée aux Outre-mer a cessé d’émettre, sur décision de la ministre de la culture Roselyne Bachelot. Hasard du calendrier, ce même jour on célébrait la journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition.

Où sont les ultramarins ?

Cette suppression a été vécue comme une marque de mépris par le Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer (CREFOM), qui a interpellé le Président de la République, le ministre des Outre-mer mais aussi le CSA et France Télévisions. En parallèle, une tribune publiée dans le journal Libération et signée par 125 personnalités, réclamait le maintien de France Ô. Aussi, une pétition lancée en ligne a recueilli plus de 100 000 signatures. Malgré les protestations, le gouvernement et France Télévisions n’ont pas cédé et ont présenté à la place un Pacte de visibilité, riche de 25 engagements censés « ancrer un réflexe Outre-mer » sur les autres chaînes du groupe. En complément, un nouveau portail numérique est venu renforcer les ambitions de ce Pacte. Mais cette solution de substitution n’a apaisé ni les inquiétudes, ni la colère du CREFOM, qui doute de l’efficacité de cet outil (voir plus loin). Un départ peu engageant qui va probablement se voir dans le prochain baromètre du CSA.


À l’annonce de la mort de France Ô, le Conseil Représentatif des Français d’Outre-mer a alerté de nombreux acteurs, dont le Président de La République. En vain. Deux mois après l’arrêt de la chaîne et malgré la signature du Pacte de visibilité, les craintes du président du CREFOM, Daniel Dalin, demeurent intactes. Réaction :

« Le Pacte de visibilité des Outre-mer prévoyait 25 engagements approuvés par les Ministères de la Culture et des Outre-mer dont un qui permettrait de veiller au respect de la mise en oeuvre de ceux-ci. Malheureusement, aujourd’hui il ne s’agit plus seulement de la visibilité des ultramarins. La question est plus large : elle est aussi celle des productions ultramarines, de leur narration et de leur monstration. La fermeture de France Ô signe pour nous la négation des distances, celles qui séparent nos territoires entre eux, et celles qui nous séparent du territoire national. La fermeture de France Ô, signe aussi le désintérêt pour une autre histoire de France. Or ces bouts de France existent et ont des histoires particulières à raconter, des traumas et des enjeux spécifiques à porter au débat public. France Ô était une plateforme permettant cet espace de dialogue. Le danger c’est aussi que nos îles soient racontées d’ailleurs et seulement d’ailleurs. Que les chaînes choisissent des auteurs qu’elles connaissent pour raconter les territoires éloignés avec un regard lointain sans connaissance du contexte local. Dans ce cadre là, nous n’avons pas la parole. Il ne s’agit plus pour nous maintenant d’être seulement vu, mais de trouver des espaces où nous pouvons nous exprimer. Une Commission de suivi de l’exécution du Pacte, dont la composition n’a toujours pas été clairement définie, devrait associer des personnalités, des associations, et des professionnels des Outre-mer pour dénoncer les violations, mais aussi avoir la capacité de sanctionner. Il va de soi que le CREFOM sollicitera sa participation comme membre de la Commission, si elle devait se mettre en place…À ce jour rien de tout cela n’existe, il appartient à chacun d’en tirer les conclusions… »

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clicanoo

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