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Alors que les marchés forains tentent de retrouver leurs marques, pour les braderies, pas question encore de réinvestir les centre-villes, dans un contexte sanitaire encore incertain. Du coup, dans certaines communes, les commerçants tentent de créer l’événement comme ils le peuvent. En attendant de pouvoir à nouveau organiser ces rendez-vous très populaires, dont le retour est aussi plus qu’attendu par les forains et commerçants ambulants laissés sans activité depuis des mois.
“Karé Saint-Louis réinvente la braderie dans vos commerces, du 8 au 14 juin”, peut-on lire sur la page Facebook de l’association des commerçants de Saint-Louis. Qui, en des temps plus sereins, auraient déjà sorti les stands sur la chaussée pour la traditionnelle braderie de juin. Mais quelques semaines après la sortie du confinement, l’heure n’est pas encore à la braderie commerciale sous sa forme habituelle. Alors, les magasins du centre-ville de Saint-Louis ont cherché à procéder autrement. Pour d’une part faire profiter leur clients d’offres promotionnelles, mais d’autre part, relancer l’activité après des semaines de fermeture.
“Depuis au moins 20 ans, la braderie du mois de juin, c’est une tradition !” confirme Ismaël Ghanty, président de l’association des commerçants de Saint-Louis, “mais cette année, pour respecter les règles, on a dû trouver des alternatives”. C’est ainsi qu’une soixantaine de commerces du centre-ville s’est mise d’accord pour organiser la braderie non pas sur la chaussée comme en temps normal, mais dans leurs magasins, en proposant des remises importantes. “Certains vont aussi élargir leur emplacement sur le trottoir, dans certaines limites, pour exposer des articles à l’extérieur de la boutique”, précise l’association. Pour qui ces opérations commerciales sont une nécessité après une longue période pendant laquelle les commerces non-nécessaires au quotidien ont dû rester fermés. “La reprise au 11 mai a été très compliquée, les gens sont craintifs, ne sortent pas”, raconte le président de l’association des commerçants saint-louisiens. Ce dernier explique lui-même traverser un moment peu évident, en tant que commerçant dans les vêtements de mariage et de communion. Des célébrations qui n’ont toujours pas repris normalement. “Le peu de clients qui entrent dans le magasin viennent reporter leur réservation”.
Heureusement, le week-end de la fête des mères a été très satisfaisant, notamment grâce à la “nocturne” organisée vendredi soir. Des opérations qui, comme cette braderie “délocalisée”, vont “inciter les gens à réinvestir le centre-ville”, espère le Karé Saint-Louis, qui attend la tenue des prochaines braderies “qui vont nous servir de test”.
Vers un report des fêtes de Saint-Paul
Justement, à quand le retour des braderies ? Outre Saint-Louis, c’est celle de Saint-Paul, traditionnellement organisée au début du mois de juillet pour s’achever le 14, qui est victime des restrictions. La mairie confirme qu’elles n’auront pas lieu le mois prochain, mais qu’elles devraient être reportées probablement au mois d’octobre, sous une forme qui est encore en cours de réflexion. Car il s’en croise du monde, aux fêtes de Saint-Paul : rien que la braderie en centre-ville voit passer 200 000 personnes à chaque édition, selon les estimations de la mairie.
Mais du côté du syndicat des Marchés de France (SMF-Réunion) on aurait aimé que la situation se débloque plus rapidement pour que ces fêtes de juillet puissent se tenir, pas forcément au début du mois, mais un peu plus tard. Histoire de “donner l’exemple”. “Avec le Groupement des Industriels Forains et Marchands Ambulants de La Réunion, nous avons envoyé un dossier la semaine dernière, en proposant d’organiser les fêtes à partir du 14 juillet, le temps que les équipes se mettent en place après les municipales”, annonce Jean-Luc Tailamé, président du SMF-Réunion. La semaine dernière, le syndicat a déjà pris partie à une réunion avec les services de la préfecture, dans le but de relancer les fêtes commerciales le plus rapidement possible. “Les braderies, sous cette forme, pendant dix jours, n’existent nulle part ailleurs sur le territoire français, c’est un élément culturel spécifique à La Réunion, mais aussi un élément économique important : il y a des gens qui ne font que ça comme activité !”, tient à souligner Jean-Luc Tailamé, lui-même commerçant ambulant spécialisé dans la vente de t-shirts personnalisés.
Des centaines de forains et commerçants ambulants dans l’attente
Sa dernière braderie à lui remonte à janvier, pour Miel Vert au Tampon. Depuis, c’est le vide, pour lui comme pour les centaines de forains et commerçants ambulants qui n’ont pas d’autre activité que celle-ci pour faire bouillir la marmite. D’où l’urgence à pouvoir retourner dans les braderies, foires, marchés… D’ailleurs, le nouveau guide méthodologique applicable sur les marchés de plein air pourrait “servir de référence pour les préconisations préfectorales pour les braderies et fêtes commerciales de La Réunion”, notamment pour les espacements entre les stands, souligne le SMF-Réunion, pour qui toutes les propositions sont à étudier. “Il y a quelques années, le plan Vigipirate est venu compliquer l’organisation des braderies, mais on s’y est adaptés”, cite à titre d’exemple Jean-Luc Tailamé.
La contrainte de se laver les mains – à l’eau et au savon ou à la solution hydro-alcoolique – à l’entrée du marché n’est pas non plus incontournable, selon lui. “C’est juste une question de logistique”. Quant au port du masque, il pourrait faire lui aussi partie des solutions, même si, comme il le fait remarquer, son port n’est pas toujours obligatoire, mais au moins recommandé lorsque la distanciation sociale n’est pas respectée. Ce qui est le cas, pour sûr, lors des braderies qui attirent à chaque édition des milliers de promeneurs, flâneurs, et bien sûr acheteurs. “De toute façon, ça se passe partout pareil : dans la grande distribution, les gens se croisent dans des allées de moins de 2 mètres de large”, fait remarquer Jean-Luc Taïlamé.
Si la réunion en préfecture de la semaine dernière semble avoir fait avancer la réflexion sur la reprise des braderies, aucune date de reprise n’est pour le moment annoncée, au grand dam tant des forains que des commerçants des centres-villes. Et la perte d’activité risque, si les restrictions perdurent, de se faire d’autant plus sentir que mois d’août et les semaines précédant la rentrée scolaire sont l’occasion de la traditionnelle braderie de l’Océan à Saint-Denis, de celle du Tampon, mais aussi du Port. Suivies, en septembre, de celle de Saint-Joseph, et de celle de Saint-Pierre en octobre ou novembre.
Johanne Chung To Sang
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