« Sans le Pakistan, les talibans ne pourraient pas tenir plus de six mois »

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Amrullah Saleh, le vice-président afghan, à Kaboul, en septembre 2019.

Vice-président afghan et ancien chef des services secrets, Amrullah Saleh est l’une des principales figures anti-talibans du pays. Ce qui a fait de lui la cible de plusieurs tentatives attentats en 2019 et en 2020. Il critique la façon dont les Etats-Unis se désengagent.

Le retrait américain du pays se fera d’ici au 4 juillet et non d’ici au 11 septembre, comme annoncé par le président Biden. Cela permettra-t-il de sauver la paix avec les talibans 

Pour l’heure, rien ne dit que cette décision fasse revenir les talibans à la table des discussions. Les Américains ont, en effet, prévu de partir avant l’été, mais je ne vois aucune volonté de faire la paix du côté taliban. Depuis la signature de l’accord de Doha, le 29 février 2020, entre eux et les Etats-Unis, la violence n’a jamais cessé. Les gens craignent une offensive de printemps, mais, chaque matin, je lis des rapports sur les attaques de la veille. Le processus de Doha [discussion interafghane, commencée le 12 septembre] n’a pas avancé, c’est une perte de temps.

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Le départ avancé au 4 juillet semble avoir choqué les officiels afghans, comme les internationaux à Kaboul. Pourquoi ?

Cela nous donne très peu de temps pour nous réorganiser. Et ils auraient dû gérer ce retrait dans le cadre de notre accord bilatéral de sécurité. La façon dont les Etats-Unis partent est une atteinte à l’engagement réciproque de coopération. Mais, d’un autre côté, cela clarifie les choses et nous sort de la confusion qui règne depuis deux ans sur leur départ. On ne les a jamais suppliés pour qu’ils restent. Pour autant, ils ne rapatrient pas leurs troupes aux Etats-Unis, ils veulent les mettre en Ouzbékistan et au Qatar. C’est à n’y rien comprendre.

Le retrait américain priverait votre armée d’une partie de ses moyens, notamment aériens, faute de maintenance et d’équipement. N’est-ce pas un risque face aux talibans ?

Des négociations sont en cours pour voir comment on peut continuer à disposer d’une aviation de combat, d’hélicoptères, etc., mais aussi sur le terrain économique. Quand on aura une réponse, on verra si on doit trouver d’autres solutions. Mais cette transition brutale va causer beaucoup de turbulences, car les Etats-Unis sont devenus, en vingt ans, un acteur essentiel de notre fonctionnement.

C’est une guerre afghane qui commence. Pourquoi la précédente n’a-t-elle pas été gagnée ?

Durant vingt ans, ce ne fut jamais une guerre afghane. L’OTAN est venue pour vaincre Al-Qaida, qui est toujours présent sur notre sol. C’est un échec. Ils ont trouvé Oussama Ben Laden au Pakistan. Nous avons combattu ce qu’on appelle la choura de Quetta [instance de direction du mouvement taliban]. Quetta est une ville pakistanaise. L’Amérique n’a cessé de bombarder l’Afghanistan, alors que le problème principal se trouvait de l’autre côté de la frontière. Washington le savait, mais il a préféré ignorer cette réalité, laissant libre cours à la politique de chantage du Pakistan, qui recevait de l’argent des Etats-Unis pour lutter, sur son sol, contre des extrémistes islamistes – Al-Qaida ou talibans, et d’autres – et soutenait ces mêmes talibans qui tuaient des Américains.

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