Safaa Al-Saray, martyr de la jeunesse irakienne

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Le portrait de Safaa Al-Saray peint aux abords de la place Tahrir, le 10 novembre à Bagdad.
Le portrait de Safaa Al-Saray peint aux abords de la place Tahrir, le 10 novembre à Bagdad. Laurent van der Stockt pour Le Monde

Le regard déterminé de Safaa Al-Saray, son foulard turquoise sous sa barbe taillée reviennent comme un leitmotiv sur la place Tahrir de Bagdad. Sur les fresques des artistes qui tapissent les murs du tunnel. Sur les bannières accrochées à l’immeuble du « restaurant turc » qui domine la place. Sur les tee-shirts des manifestants. Poète, peintre et musicien, militant politique et blogueur influent, à 26 ans, Safaa Al-Saray est le « martyr » le plus emblématique de la contestation contre le pouvoir en Irak, qui a déjà fait plus de 340 morts depuis le 1er octobre, pour la plupart des jeunes dans la vingtaine, comme lui. Son sacrifice comme le message de résistance et d’espoir qu’il laisse inspirent ceux qui, par milliers, ont repris le flambeau.

Dans la tente érigée en son souvenir place Tahrir, son amie Nour, 26 ans, raconte, la gorge nouée : « Safaa est un héros. Il nous avait demandé d’être ici pour défier le gouvernement. Il m’a dit… qu’il mourrait en ce lieu tant il y était heureux. » Malgré la violence de la répression, il a filmé, documenté leur « révolution ». Malgré la coupure d’Internet par le gouvernement, il s’est débrouillé pour envoyer hors d’Irak les images de ces jeunes hommes, armés de drapeaux et parfois de cocktails Molotov, défiant les forces de sécurité.

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« C’est au peuple irakien que nous devons adresser nos condoléances pour sa mort », ajoute Nour. Safaa Al-Saray a été tué, le 28 octobre, sur le pont Al-Joumhouria, qui relie la place Tahrir à la « zone verte », le quartier ultrasécurisé de la capitale irakienne où sont installées les institutions du pays. Une grenade lacrymogène lui a transpercé l’arrière du crâne ; l’une de ces grenades « brise-crâne » utilisées pour tuer, selon l’organisation Amnesty International. « On a mis son corps en bière et on l’a ramené sur la place Tahrir pour que tout le monde puisse lui rendre un dernier hommage. On a dansé pour lui. On l’a amené à chaque endroit où il s’est rendu et pris des photos », poursuit son amie.

Ce sont les chauffeurs de tuk-tuk, célébrés en héros place Tahrir pour les risques qu’ils prennent lorsqu’ils transportent les blessés, qui ont formé ce cortège funèbre. Dans cette contestation réunissant des jeunes de tous les milieux autour d’une même frustration contre la corruption des élites, le chômage et la déliquescence des services publics, Safaa Al-Saray était un passeur entre deux mondes, entre les jeunes des quartiers défavorisés mus par la détresse sociale et les militants de la société civile, éveillés politiquement. Homme simple et généreux, né dans le ­quartier populaire d’Al-Chaab et dernier d’une fratrie de onze enfants, il prenait soin de tous, en grand frère.

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